Automne 2020 - Compagnons des jours gris

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Un sondage mené par l’Association des bibliothèques publiques auquel faisait écho le journal Le Devoir du 19 octobre donnait des résultats réconfortants. Il faut les apprécier, la pandémie apporte déjà son trop lourd paquet de mauvaises nouvelles. Dans l’univers du livre, la crise sanitaire aura eu au moins un effet accélérateur bénéfique. « Pendant le confinement (de mars à juin), les prêts numériques ont bondi de 117 %, tandis que le nombre d’utilisateurs a crû de 175 % » nous apprend le sondage. Ainsi donc les pratiques de lecture auront connu une évolution accélérée. Comme le télétravail, les nouvelles habitudes réalisent désormais des virtualités qui, jusqu’à il y a peu, tardaient à s’implanter.

Même s’il est encore trop tôt pour évaluer avec précision si ces changements seront durables, une chose est déjà certaine : la lecture, comme la fréquentation des médias électroniques, se présente désormais indiscutablement dans une combinatoire propre aux préférences des usagers quant au confort que leur apportent ou inspirent les divers supports. Cela modifie d’ores et déjà l’offre des bibliothèques et des éditeurs. Dans quelles proportions ? Cela reste à voir.

Mais cet éclatement des pratiques aura fait ressortir une dimension cardinale de la vocation des bibliothèques et des librairies. Le confinement aura accéléré les prises de conscience quant aux fonctions de socialisation et d’échanges inhérentes aux institutions de diffusion et de promotion du livre et de la lecture. Les clubs de lecture, les rencontres avec les auteurs, les conversations avec les bibliothécaires ou les libraires, le grand public le réalise mieux maintenant, ne sont pas des avantages accessoires aux pratiques de lecture. Parce que le confinement les a rendues impossibles ou moins attrayantes, les activités qui placent la lecture dans des rapports de sociabilité ont trouvé une valeur bonifiée et, dans bien des cas, plus franchement appréciée quand ce n’est pas tout bonnement découverte. C’est un acquis sur lequel il faudra bâtir plus hardiment.

Les groupes de discussion en ligne, les clubs de lecture virtuels, les multiples innovations favorisant la circulation des livres comme le service à l’auto, la réservation en ligne et la livraison à domicile, pour ne nommer que ces initiatives, ont certainement rendu l’isolement moins pénible pour nombre de personnes. Elles ont aussi révélé une capacité d’innovation insoupçonnée dans bien des cas. Le génie étant désormais sorti de la bouteille, ce n’est point délirer d’optimisme que de s’attendre à ce que le meilleur soit à venir.

On peut déjà compter sur une mobilisation extraordinaire de la part des acteurs des institutions de la lecture publique qui n’ont rien négligé pour continuer d’accompagner les usagers. On peut même penser que leurs efforts ont contribué à accroitre la lecture et peut-être même à accroitre le nombre de ceux et celles qui ont renoué avec sa pratique ou l’ont intensifié à cause du confinement. On en peut qu’espérer un retour critique sur les événements qui pourra éventuellement permettre d’en tirer tout le potentiel novateur. Ce serait là une mission forte que devraient se donner l’Association des bibliothèques publiques, les regroupements de bibliothécaires et l’ensemble de la chaîne du livre. L’éditorial de la précédente livraison des Cahiers faisait appel à une telle mobilisation.

Les constats qui commencent à poindre et les résultats que commencent à mesurer les sondages et les divers observateurs apportent de puissants arguments à cet appel. À quelque chose malheur est bon, comme le dit l’adage. Il y a suffisamment de signes encourageants pour dédouaner les audaces.

La présente livraison fournit un matériau de première qualité pour se convaincre de la puissance de la lecture, de sa capacité à projeter dans le monde une pensée capable d’en renouveler l’appréciation. On goûtera particulièrement en ces pages ce qu’inspirent les livres qui invitent à la méditation. La matière de ces ouvrages est riche et nourrissante « pour affronter le difficile et l’inutile » comme le chante Félix. Voilà des compagnons des jours gris qui méritent attention et gratitude.

L’entrevue qu’a réalisée Frédéric Morneau-Guérin avec Normand Baillargeon donne la mesure de quelques-uns des défis les plus urgents que le Québec devra relever pour élargir et renouveler la vie de l’esprit. En éducation d’abord, bien sûr, puisque c’en est le domaine de prédilection. Mais aussi dans l’écho plus large que devrait faire à la curiosité et à la connaissance l’ensemble de nos milieux. À cet égard, il demeure du plus grand intérêt de revenir, comme le fait Pascal Chevrette sur les enseignements de Marie-Victorin dont les textes colligés par Yves Gingras restent de véritables points de repère. L’homme de sciences qu’il a été a porté sur le monde un regard d’émerveillement qui n’a rien sacrifié à la rigueur non plus qu’à la solidarité humaine. En cette période difficile, il fait des rappels salutaires sur lesquels il fait bon de revenir.
Encore une fois cette saison, les Cahiers de lecture fournissent la matière et les occasions de se faire de l’amitié des livres une puissante ressource pour affronter le temps dur.

Robert Laplante
Directeur des Cahiers de lecture

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