L’histoire en marche ?

Quelques-uns d’entre nous pensaient que notre histoire était finie.
– Pierre Vadeboncoeur (La Ligne du risque, p.73)

En ce printemps de pandémie à l’avenir incertain, l’attrait de la liberté politique pour le peuple québécois peut-il encore séduire les jeunes générations ? Pour tenter de répondre à cette question et en faire l’objet de ma collaboration au présent ouvrage, j’ai voulu connaître le programme adopté, les 7 et 8 mars dernier, lors d’un congrès fort animé du comité national des jeunes du Parti Québécois. En fait, je voulais tester auprès ce cette génération la notion de « fatigue politique subséquente aux deux référendums perdus… » du philosophe et auteur Daniel Jacques.

 

Or donc, le programme, adopté en congrès, porte le titre de LIBERTÉ DE LA NATION et indique dans son préambule : « La marche vers l’indépendance commence maintenant. Elle sera incarnée par des gestes forts ». On y retrouve également ceci : « la troisième fois sera la bonne ».

 

La proposition, qui porte le numéro 1, se lit comme suit : « […] mise en branle du processus d’accession à l’indépendance dès l’élection du Parti québécois, par la tenue d’un référendum dans un premier mandat. » Incidemment, le reste du programme est bien articulé et documenté, fortement progressiste et projeté vers le Québec pays.

Par la suite, confinement oblige, j’ai poursuivi ma recherche à l’occasion d’un entretien téléphonique avec la présidente sortante du comité, Me Frédérique Saint-Jean, qui est née l’année du référendum de 1995, il y a vingt-cinq ans. Je dois dire que son aplomb, son implication et le courage de ses convictions progressistes et souverainistes, son parcours personnel, notamment ses études de droit à McGill, m’avaient déjà impressionnée via les médias. Je mesurais d’autant plus les changements survenus au Québec depuis cinquante ans, ayant été impliquée dans l’organisation de la manifestation « McGill français ».

J’ai pu constater qu’au sein de cette nouvelle génération de souverainistes, un regard critique allait de soi sur les défaites du passé, en particulier sur cet engagement d’être un « bon gouvernement » d’une province, à défaut d’être un pays et sur le calendrier référendaire qui s’en est suivi. Lors de cet échange est apparue tout aussi clairement la nécessité de réhabiliter, chez la jeune génération, la primauté du politique et des pouvoirs d’intervention d’un État pour obtenir leur adhésion à l’obtention de la plénitude des pouvoirs pour le Québec.

Ceci étant, leur proposition d’un engagement en faveur de la souveraineté, sans compromis électoral lors d’un prochain scrutin trouvera-t-elle preneurs au sein de leur parti ? Plusieurs des membres des IPSO, en lisant ceci, ont sans doute l’impression d’avoir déjà été impliqués, sans succès, dans un tel scénario. Accordons cependant le bénéfice du doute à une majorité qui choisirait dorénavant d’emprunter cette voie. La question inévitable qui se pose alors est la suivante : comment réanimer le désir d’émancipation nationale au sein d’une population dont la majorité se satisfait d’être une nation sans autre engagement que d’en être fiers, tout en restant provincial ?

J’indique d’ailleurs mon malaise à ajouter le mot « nationale » à celui d’émancipation, tant le mot nation semble être devenu incantatoire, utilisé pour lutter contre le virus, ou inviter au confinement ou à quelque autre usage à des fins politiciennes. Dans les propos de l’actuelle classe dirigeante à Québec, le mot nation a été vidé d’un projet politique porteur d’émancipation, comme le fut la motion de Stephen Harper, adoptée à la Chambre des communes en 2006, selon laquelle que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni !

Faut-il rappeler que malgré ces prétentions, le Canada refuse de se reconnaître comme étant un État multinational et agit en conséquence ! Le rapatriement et l’adoption unilatérale de la constitution canadienne et du multiculturalisme en sont d’évidentes démonstrations. Il est vrai que de nouveaux arguments de poids, comme la lutte à l’évasion fiscale, la protection de l’environnement, la promotion des énergies renouvelables, la négociation avec les Premières Nations, la taxation des GAFA, et combien d’autres encore, s’ajoutent à l’argumentation historique, sociale, économique, culturelle, constitutionnelle, invoquée à l’appui de la souveraineté par les générations précédentes.

Il faut cependant quelque chose de plus pour mettre l’histoire en marche sans retour, il faut un élan, une ferveur, un attrait irrésistible pour la liberté. Comment en répandre la contagion ? Je voudrais tant en défricher le secret !

 

Députée du Parti québécois (1981-2008). Ministre, présidente de l’Assemblée nationale.

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