L’interchangeabilité contre la diversité

Justin Trudeau répète sans cesse sa marotte « la diversité est notre force » et il varie parfois en évoquant « la diversité est une richesse ». On entend périodiquement des demandes pour voir plus de diversité dans les milieux médiatiques, théâtraux, cinématographiques, musicaux ou littéraires. On peut lire sur le site du ministère de l’Immigration que « depuis des décennies, l’immigration contribue au renouvellement de la population active et au développement social, économique et culturel du Québec. Cet apport bénéfique permet de faire du Québec un État moderne, ouvert sur le monde et fier de sa diversité1 ». On retrouve aussi sur les sites Internet de toutes les universités québécoises des pages dédiées à la promotion de la diversité.

Sur Internet, on peut consulter un site2 qui évalue quantitativement le nombre de fois que certains mots ont été utilisés par le New York Times, un des journaux les plus importants aux États-Unis et jouissant d’une réputation internationale. En regardant les chiffres, on constate que ce quotidien utilise deux fois plus le mot « diversité » qu’au début du millénaire. Soulignons aussi que la tendance s’est largement accentuée dans les cinq dernières années.

Les exemples ne manquent pas pour comprendre qu’il est de bon ton de chanter les louanges de la diversité et reconnaissons qu’il y a assurément de bonnes intentions derrière tous ces slogans. Ceux qui veulent promouvoir la diversité cherchent à inclure les individus appartenant à des groupes moins visibles dans la société. Dans certains cas, ces groupes furent stigmatisés au fil des siècles, on pense généralement à trois cas au Québec : les Noirs, les Autochtones et les femmes, mais dans les dernières années les musulmans se sont ajoutés à ce trio3. Malgré toutes ces bonnes intentions, il n’en demeure pas moins que les contre-exemples affluent pour défaire le mythe de « la diversité est une richesse » : la mutilation génitale, le Ku Klux Klan et les crimes d’honneur sont des exemples éloquents d’éléments qui participent à la diversité, mais qui ne constituent pas une richesse ou une force aux yeux d’une grande majorité de Québécois.

Manifestement, le mot vedette de notre époque souffre d’un immense déficit de réflexion. Dans cet article, nous nous donnons donc comme tâche de réfléchir plus en profondeur à ce concept. La philosophie se comprend depuis les Grecs comme l’analyse de concepts, c’est donc à l’aide de cette discipline qu’on entend approfondir notre réflexion.

Contrairement à une idée communément admise, la philosophie ne consiste pas à penser par soi-même. Pour paraphraser une idée du philosophe des sciences, Étienne Klein, la philosophie c’est plutôt penser par soi-même par les autres. Autrement dit, nous devons penser à l’aide des personnes qui ont plus pensé que nous. Pour ce faire, nous utiliserons les réflexions du philosophe français d’origine juive, Alain Finkielkraut. Ce dernier travaille depuis des décennies sur le concept de diversité. Que ce soit explicitement ou implicitement, à peu près tous ses essais en traitent. Comme la « diversité » est le mot vedette de notre époque, il n’est pas surprenant de savoir que ses essais de la décennie 2010 – particulièrement L’identité malheureuse (2013) et La seule exactitude (2015) – sont fortement marqués par ce terme. Avant d’entrer dans notre analyse inspirée de la pensée de Finkielkraut, certaines remarques préliminaires sont nécessaires.

La diversité, l’Europe et l’Occident

Comme nous venons de le voir, notre époque somme les populations occidentales de faire progresser la diversité, et ce peu importe la signification de ce terme. Le sous-entendu d’une telle injonction est que l’Occident d’hier, et assurément l’Europe des derniers siècles, n’étaient pas assez diversifiés. Posons-nous donc la question : est-ce que l’Europe était uniforme ?

Reculons de quelques décennies voire de quelques siècles et regardons les cultures italiennes, françaises, allemandes, anglaises, etc. Toute personne intellectuellement honnête prétendrait que ces cultures étaient diverses. Les architectures de Londres, de Rome ou de Prague sont discernables entre elles en un coup d’œil. Les œuvres artistiques proposées par ces cultures sont différentes, pensons à la Renaissance italienne, l’impressionnisme français ou l’expressionnisme allemand. Pour ce qui est des langues, on parlait français en France, italien en Italie et allemand en Allemagne. La gastronomie, tout comme les manières de vivre, étaient propres aux nations, que ce soit la sieste en Espagne ou la séduction à la française4.

Remarquons aussi que le territoire européen varie à plusieurs égards. La neige recouvre 365 jours par année certaines régions alors que d’autres, à quelques centaines de kilomètres, ne voient pas un seul flocon sur la même période. Certaines étendues sont montagneuses comme dans les Alpes, alors que d’autres, comme la Belgique, sont tout à fait plats, d’où son surnom popularisé par une chanson de Jacques Brel, « Le plat pays ».

Ces exemples sont positifs, mais il y en a des plus macabres. Les guerres qui ont marqué l’Occident aux fils des siècles, démontrent une diversité dans les manières de vivre, dans les visions, dans les intérêts, etc.

Bref, avec ces quelques observations, il ne fait absolument aucun doute que l’Europe, qui possédait assurément sa part d’unité, était aussi très diverse. Devant un tel constant, nous pouvons nous demander si l’Europe et l’Occident, tout comme le monde dans son ensemble, sont plus divers qu’ils ne l’étaient. C’est ici qu’entrent en jeu les réflexions de Finkielkraut.

L’interchangeabilité des hommes et des choses

Une première étape dans la démarche de Finkielkraut consiste à observer l’interchangeabilité qui règne sur notre monde : ce qui se passe à un endroit « x » aurait bien pu se passer à un endroit « y ».

Le nouveau pont Samuel-de-Champlain illustre bien cette interchangeabilité. Lors du communiqué initial qui annonçait que l’architecte danois Poul Ove Jensen allait concevoir le pont, on se gargarisait des exploits de l’homme. L’architecte ayant dessiné des ponts en Suède, en Algérie, à Hong Kong et à Johannesburg allait proposer un autre de ses chefs-d’œuvre pour la métropole québécoise. Il ne s’agit nullement de déprécier le travail de l’architecte danois, mais il n’en demeure pas moins qu’on peut observer des ponts semblables un peu partout dans le monde. C’est même avec cet argument qu’on a convaincu la population de la qualité du projet. Bref, force est donc de constater qu’aucune spécificité montréalaise ou québécoise n’est visible sur ce pont.

Cette interchangeabilité connaît sans doute son apothéose grâce à Internet. Sommes-nous réellement au Québec lorsque nous naviguons sur la Toile ? Nous pouvons visiter virtuellement des milliers de villes, de musées et de bibliothèques ; nous pouvons travailler en télétravail avec des personnes aux quatre coins du globe et plusieurs entreprises comme les GAFAM flottent en apesanteur sur la Terre, ce qui leur permet de faire de l’évitement fiscal.

Ajoutez à Internet le phénomène de la mondialisation et le territoire n’impose plus d’obligations. Pour les amateurs de mode, nul besoin d’aller dans les grandes métropoles comme New York ou Milan pour s’acheter les grandes marques. Dans le confort de son salon, que nous soyons à Paris, Alger, Sydney ou Abu Dhabi, on peut tous commander le même vêtement. En visite dans un autre pays, on peut facilement éviter les produits locaux en allant manger un hamburger dans une chaine de restauration rapide qu’on retrouve aussi à quelques kilomètres de notre chez-soi. Les grandes chaines de restauration rapide se basent même sur cet élément de marketing pour mieux vendre ses produits. On peut lire sur le site de McDonald : « La recette du Big Mac que nous connaissons et que nous aimons tous est la même partout dans le monde. Rassurant, n’est-ce pas5 ? »

L’empire de l’interchangeabilité ne s’arrête pas ici. Finkielkraut ajoutera que là où les choses et les lieux sont substituables, les hommes le deviennent également. Au Québec comme en France et ailleurs dans le monde6, les élites politiques proposent l’immigration comme solution au vieillissement de la population et par le fait même, à l’économie du pays. Les démographes et les économistes proposent une réponse plus nuancée7, mais l’intérêt ici réside dans l’aspect philosophique de la réponse de ces politiciens. Une telle conception de l’immigration pose l’être humain comme interchangeable et l’immigrant comme une pièce de rechange à une démographie déficiente. Aujourd’hui, les êtres humains sont interchangeables d’une communauté à l’autre selon une pensée strictement quantitative.

La réaction contemporaine face à cette interchangeabilité est de chanter la victoire de la liberté, car une pléthore de choix nous est offerte. En effet, nous avons des options plus diverses que jamais. Qui pourrait s’en plaindre ? Allant à contresens de son époque, Finkielkraut dira à propos de cette situation que « ce n’est pas une victoire de la différence. C’est une victoire sur la différence8 ».

Penser la diversité à différentes échelles

Le Québec s’est diversifié sous plusieurs aspects au cours des dernières décennies : religion, origine ethnique, langue parlée à la maison, gastronomie, etc. On pourrait reprendre exactement cette dernière phrase et changer « Québec » par à peu près n’importe quel pays d’Occident et elle garderait toute sa véracité. Où les hommes deviennent interchangeables, les identités nationales le deviennent également.

Cette observation a poussé Alain Finkielkraut à dire que « l’amour de l’Autre veille donc à ce que le présent ne sorte pas de soi. Et peu à peu s’efface pour faire droit à la diversité, la contribution française à la diversité du monde9 ». Si le Québec s’inscrit dans le multiculturalisme qui ne prescrit aucune culture de référence ou de convergence et que les pays occidentaux empruntent cette même tangente, y aura-t-il plus ou moins de diversité dans le monde ? Autrement dit, si nous décidons que nos pays se caractérisent exclusivement par les droits de l’homme et l’ouverture à l’autre, qu’est-ce qui nous différentie les uns des autres ? Rien, pensera Finkielkraut, car la spécificité de chacune de ces cultures ne résistera pas à l’interchangeabilité et on tendra vers l’homogénéisation du monde.

Finkielkraut présente donc finement le paradoxe de notre époque. Les nations devenant multiculturelles encouragent la diversité à l’intérieur de leurs frontières. En revanche, à l’échelle internationale, il y a de moins en moins de diversité puisque la contribution des cultures nationales à la diversité du monde devient grosso modo la même que celle de tout autre pays ; elles sont, autrement dit, interchangeables. À propos de ce crime contre la diversité, Finkielkraut remarquera que « l’assassin portant le même nom que la victime, on ne s’est aperçu de rien : c’est le crime parfait10 ».

L’ouverture à la diversité et à l’Autre a donc tendance à empêcher la mise en place de toute culture de convergence. C’est aussi l’idée du multiculturalisme qui consiste à inverser le devoir d’intégration, c’est maintenant à la société d’accueil de se plier à l’Autre pour paraphraser une idée de Mathieu Bock-Côté. Pourtant, remarque Alain Finkielkraut, « ne sommes-nous pas nous-mêmes l’autre de l’Autre ? Et cet autre n’a-t-il pas droit lui aussi d’être et de persévérer dans son être11 ? » L’autre que nous sommes s’inscrit dans une histoire, une culture, une langue ; ce n’est pas qu’une terre d’accueil pour reprendre une autre expression bien à la mode.

Certains ont voulu faire porter le chapeau du repli sur soi aux penseurs conservateurs comme Finkielkraut. Or, tout son travail rappelle que pour être ouvert à autre que soi, il doit d’abord y avoir un soi. Auquel cas, le soi des Français, et à plus forte raison celui des Québécois, est bien réel, mais il demeure fragile dans un monde où règne l’interchangeabilité des lieux, des cultures, des hommes et des femmes. Bref, cette critique de l’homogénéisation du monde va dans le sens d’une véritable apologie de la diversité et de la différence culturelle.

La permanence des identités nationales

Même si les identités nationales tendent à disparaître, il est encore commun dans le vocabulaire de tous les jours d’entendre des références à ces identités, peut-être même plus qu’à toute autre époque. Nous dînons dans un restaurant italien, nous soupons des sushis japonais, nous buvons une vodka russe et nous terminons la soirée en dansant le flamenco espagnol. Nous sommes d’ailleurs très attachés à ces dénominations, elle témoigne d’une certaine ouverture et d’un degré élevé de sophistication. Notre époque désire et reconnaît le multiculturalisme des pays, mais en même temps, notre langage commun nous trahit, car il reconnaît et même valorise les identités nationales. C’est d’ailleurs un paradoxe qu’on voit chez les « citoyens du monde » qui ne veulent donner aucune substance à l’identité culturelle de leur pays, mais qui s’enchante de découvrir une nouvelle culture et pas seulement un agrégat de toutes les cultures du monde. On voit ce paradoxe sous une autre forme chez Justin Trudeau : l’indépendance et le nationalisme de tous les pays sont à célébrer sauf celui du Québec.

Dans le langage courant, ce que nous considérons comme appartenant aux identités nationales tire généralement son origine très loin dans le temps et penser le contraire serait une erreur. En revanche, cette situation soulève une lourde question : est-ce que les identités nationales sont condamnées au folklorique ou bien si un apport actuel à ces identités est envisageable ?

Les artistes et artisans ont toujours utilisé leur territoire pour créer. On utilisait les matériaux à portée de main pour sculpter ou construire des bâtiments, on dessinait les paysages nous entourant et on écrivait sur les problématiques nous touchant. Cela explique pourquoi les créations artistiques et culturelles étaient propres aux identités nationales. À cause de l’interchangeabilité qui règne sur notre époque, le territoire n’impose plus ses obligations aux artistes. Ajouter à cet état de fait le refus d’instaurer une culture de convergence et tout nous porte à croire que, dans le futur, l’art québécois se caractérisera uniquement pas un art qui est pratiqué à l’intérieur des frontières québécoises, mais qui ne sera pas marqué par sa culture, sa langue, son territoire et sa trame narrative. On peut donc redouter ce jour, mais heureusement ce n’est pas le cas aujourd’hui, encore bien des œuvres s’inscrivent en continuité avec la culture québécoise.

Nous voyons donc les risques de cette interchangeabilité pour toutes les cultures nationales, mais certains éléments de ce concept devraient inquiéter particulièrement les Québécois, car leur histoire se définit par la lutte contre le caractère prétendument remplaçable de leur peuple. Une part importante de l’histoire du Québec consiste en la bataille juridique, politique et parfois armée pour la reconnaissance de son identité nationale. Ce désir de reconnaissance a pris plusieurs formes au fil des siècles et il serait faux de penser qu’il s’est manifesté uniquement dans les deux référendums. La majorité historique francophone du Québec se comprend depuis très longtemps à l’inverse de l’interchangeabilité : elle ne se réduit jamais aux droits de l’homme et elle combat le multiculturalisme canadien qui tente de réduire les Québécois à une communauté parmi tant d’autres. Le Québec, qui a souvent voulu se présenter comme à l’avant-garde, est peut-être aujourd’hui à l’avant-garde des problèmes de l’Occident.

Notre analyse inspirée de celle de Finkielkraut laisse entrevoir un avenir peu reluisant pour les Québécois, mais heureusement, le philosophe français ne nous laisse pas sans solution. Voyons ce qu’il nous propose.

Que faire ?

Une culture, c’est une évidence, s’inscrit largement dans l’histoire et par le fait même, dans le passé. Notre époque est celle de l’interchangeabilité et de l’instantanéité. Pour retrouver les cultures et ainsi la diversité, on doit se réapproprier un rapport au monde qui n’est plus en vogue.

Finkielkraut propose trois dispositions pour se lancer dans la redécouverte de la diversité et nous les analyserons mot par mot :

La tâche indissolublement existentielle et philosophique qui nous incombe, dans une telle situation, est de retrouver le sens de l’indisponibilité de l’Autre en rompant avec le credo de l’interchangeabilité et de redécouvrir aussi l’altérité de l’être en cultivant pour ce que nous n’avons pas fait, pour ce qui est donné, les dispositions oubliées de l’attention, de l’égard et de la gratitude12.

À notre époque, chaque solution est envisagée différemment selon nos allégeances politiques. Pour la droite, on résout généralement un problème par les technologies ou l’entreprise privée, alors que pour la gauche, c’est par une politique publique. Ici, Finkielkraut nous dit que la tâche de retrouver le sens de l’indisponibilité de l’Autre et donc par le fait même, la diversité des nations, est indissolublement existentielle et philosophique. En faisant fi des tendances de notre époque, Finkielkraut évoque la philosophie, c’est-à-dire notre rapport au monde, pour résoudre ce problème, ce qu’aucune politique publique ou entreprise privée ne peut faire. C’est d’ailleurs une solution commune chez les conservateurs de ne pas se tourner vers les institutions, mais plutôt vers les individus pour changer le cours de l’histoire.

Notre époque éprouve beaucoup de difficultés avec une telle solution, on en dira avec beaucoup de mépris que c’est du « pelletage de nuages ». La reconnaissance de la vulgarité de cette critique n’efface toutefois pas la pertinence de son fondement. Encourager les individus à changer leur rapport au monde pour bousculer la mondialisation et les GAFAM semble être un vœu pieux. Finkielkraut est un lettré qui continue de penser que l’art et la philosophie nous donnent un accès au monde particulier que d’autres médiums ne peuvent nous procurer. Il est légitime de croire que sa solution ne se réalisera pas, mais cette dernière est néanmoins valide.

Les premières lignes de la citation étant explicitées, continuons en regardant de plus près la solution au problème de l’interchangeabilité, c’est-à-dire les trois dispositions que nous devons entretenir avec « ce que nous n’avons pas fait », autrement dit, notre culture.

Premièrement, Finkielkraut nous demande d’être attentif à notre culture nationale. Elle nous entoure généralement sans même qu’on puisse la reconnaître. C’est parfois aussi simple que le nom d’une rue ou d’un parc ; le patrimoine architectural ou le paysage, bref tout ce qui fait du Québec le Québec. Nous l’avons dit précédemment, l’interchangeabilité fait en sorte que le territoire n’impose plus ses obligations et notre changement de perspective doit aussi passer par une reconquête de notre territoire en y étant attentif. Le cinéaste Pierre Perreault disait qu’il préférait se « payser » plutôt que de se dépayser lorsqu’il était jeune. Cette citation illustre bien cette première disposition.

Quand Finkielkraut évoque l’attention, on pense inévitablement à la lecture qui occupe une place centrale dans son œuvre. L’attention va de pair avec la littérature, cette dernière est impossible sans la première. Finkielkraut encourage donc les Français à faire un retour à la littérature qui permet de vivre selon toutes les nuances qu’elle découvre. Finkielkraut encouragerait sans doute les Québécois à faire de même. D’ailleurs, notre langue et notre histoire nous font ce cadeau de pouvoir apprécier à sa juste valeur la contribution française à la diversité du monde.

Deuxièmement, l’égard, c’est-à-dire la considération avec respect, nous permettrait de renouer avec notre culture nationale. Le respect, le véritable respect qu’on voue à un ami ou à soi, impose de souligner nos épisodes glorieux et déshonorants. Le premier pas pour témoigner de l’égard envers le passé est donc de le connaître.

Finalement, la gratitude nous permettrait de renouer avec notre apport à la diversité comme celui des autres cultures. Nous devrions être reconnaissants envers les époques qui nous ont précédés, envers ce que nous avons aujourd’hui, et le chérir. Si nous chantons autant les vertus de notre époque, c’est en grande partie grâce à nos prédécesseurs.

On peut déjà prévoir le sursaut des progressistes en entendant toutes ces dispositions que nous devrions entretenir envers le passé. Reconnaissons avec eux sans tomber dans le fatalisme qu’elles portent en elles la possibilité de l’idéalisation de la tradition. Cependant, à notre époque où règne le culte du présent, on peut légitimement penser qu’un regard non pénitentiel vers notre histoire est un juste retour du balancier et permettra un heureux mélange entre la préservation de l’héritage et l’ouverture de cet héritage à d’autres apports.

Conclusion

L’interchangeabilité règne sur le monde et malgré les apparences, l’Occident s’homogénéise. Certaines solutions existent, mais leur réalisation est loin d’être chose faite. Pour l’instant, nous devons être suspicieux envers tous les projets qui prétendent encourager la diversité, nous savons que cette dernière est plus équivoque qu’elle n’y paraît et ses conséquences peuvent être désastreuses pour la culture québécoise.

 

 


1 Québec interculturel, « Diversité ethnoculturelle au Québec », http://www.quebecinterculturel.gouv.qc.ca/fr/diversite-ethnoculturelle/index.html

2 New York Times Media Analytics, https : //media-analytics.op-bit.nz/timeline

3 Plusieurs intellectuels vont d’ailleurs tenter de défaire certaines idées comme le fait que le Québec a été fortement marqué par l’esclavage ou bien que Montréal est une terre autochtone non cédée.

4 Évidemment, ces lieux communs ne représentent pas adéquatement ces cultures et beaucoup plus de nuances sont nécessaires. Ici, l’objectif est de comprendre la diversité de l’Europe d’hier et ces lieux communs servent bien ce propos.

5 McDonald, « Nos aliments, vos questions », https://vosquestions.mcdonalds.ca/answer/estce-que-la-recette-du-bigmac-est-la-m%C3%AAme-partout-dans-le-monde-/

6 La question de l’immigration et ses corollaires se posent à peu près partout en Occident. Il semblerait que même nos problématiques soient interchangeables.

7 L’immigration a un effet marginal sur le vieillissement de la population. Il y a certains débats autour de la question à savoir si l’effet sur l’économie est positif ou non, mais dans les deux cas, l’effet est aussi marginal. Voir Guillaume Marois & Benoît Dubreuil, Le remède imaginaire, Montréal, Boréal, 2011.

8 Alain Finkielkraut, La seule exactitude, Paris, Stock, 2015, p. 146.

9 Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, Paris, Stock, 2013, p. 163.

10 Alain Finkielkraut, La seule exactitude, Paris, Stock, 2015, p. 179.

11 Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, Paris, Stock, 2013, p. 133.

12 Alain Finkielkraut, La seule exactitude, Paris, Stock, 2015, p. 125.

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