Éditorial - Gazoduq et la politique des autres

2019juin250Version PDF

Le Canada est un état pétrolier. Son modèle de développement économique est essentiellement extractiviste. Qu’il s’agisse d’énergies fossiles ou de minerais, son économie repose sur une exploitation de la matière brute destinée à l’exportation, une matière qu’il laisse exploiter, pour la plus grande part, par le grand capital multinational, se contentant des retombées économiques, pour ce qui est de l’emploi, et des occasions de financement qu’y trouvent les banques. Le reste est affaire de politique ou plutôt de renoncement à construire sur d’autres bases. La politique ou plutôt ce qu’il en reste s’épuise dans les efforts pour arracher les consentements, faire financer par les fonds publics les infrastructures requises et se servir des retombées fiscales pour financer des programmes dont l’existence est chaque fois davantage dépendante des entrées produites par la rente d’extraction.

Hauris Lalancette (1932-2019). L’homme qui ne parlait que d’une seule voix

Si vous avez mis les pieds récemment dans une salle de cinéma, vous l’avez sans doute remarqué : les films de superhéros ont la cote. Entre les Avengers, Capitaine Marvel et le toujours aussi attendu Superman, on note un appétit pour l’invincibilité, les missions plus grandes que nature, la défense du royaume.

Si les superhéros font rêver, certains d’entre eux ne portent ni la cape ni l’épée et vivent parmi nous. Ceci n’a rien d’une blague, il suffit d’ouvrir les yeux.

C’est le cas d’Hauris Lalancette, cultivateur de Rochebaucourt. Le célèbre colon abitibien a rendu l’âme le 23 avril dernier, mais il avait été convenu qu’il passerait à postérité. L’agriculteur a sacrifié sa vie au profit de l’avenir. Celle-ci ne se conjuguera pas au passé.

Comme tous les superhéros, on l’a d’abord vu dans les films. Au milieu des années 1970, le cinéaste Pierre Perrault cherchait une histoire. En arrivant en Abitibi, il a plutôt rencontré un personnage et, par ricochet, réalisé beaucoup plus qu’un film.

Pour se rappeler la mémoire d’Hauris Lalancette, revisitons cette belle aventure.

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Laïcité et démocratie. Mémoire sur le projet de loi 21

La Ligue d’Action nationale et la revue L’Action nationale accordent leur appui au projet de loi 21.

Voilà plus de dix ans que les débats autour de la laïcité de l’État du Québec s’enlisent dans des arguties innombrables où les sophismes s’ajoutent aux injures pour empoisonner la vie de la nation et brouiller les esprits. L’affrontement des points de vue n’a pas donné les progrès qu’on aurait été en droit d’attendre d’un débat démocratique sain et responsable. Il faut souhaiter que la présente commission permette au moins de donner au Québec une base fiable pour continuer d’avancer dans la reconfiguration des institutions rendue nécessaire aussi bien par les limites du régime qui l’enferme dans une constitution qu’il n’a pas choisie que par les transformations sociales et culturelles du temps présent.

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Génération 2012

Maîtrise science politique, UQAM

En 2012, une génération qu’on disait endormie se serait réveillée. Sans crier gare, elle aurait pris le chemin de l’existence. Cette génération était donnée pour morte, enterrée sans avoir vécu. Entre autres choses, on disait d’elle qu’elle n’avait pas l’esprit de groupe. Les forces jeunes se seraient alors déployées : elles devaient propulser une génération hors des mains rugueuses de celui qu’elle croyait être un parâtre, Jean Charest. Au Québec, un mythe s’est construit autour de l’année 2012, surtout dans l’esprit des étudiants, mais aussi dans l’imaginaire populaire. Je n’entends pas ici faire le récit de la plus importante grève étudiante de l’histoire du Québec. Cette suite d’événements est à la fois un départ et un sommet dans le parcours de cette génération à laquelle j’appartiens par acte de naissance. Une conscience qui s’éveille ne sait pas tout du monde qui l’entoure. Le récit qui précède cette prise de conscience générationnelle importe en ce qu’il permet d’éclairer le rapport de la « génération 2012 » à la société québécoise.

Gérard Bouchard ou penser dans l’œil de l’autre

« Qu’est-ce que les autres vont penser ? ». Cette question, combien de fois l’ai-je entendue durant mon enfance et mon adolescence ? D’ailleurs, ce n’était pas du tout une question, mais plutôt la formule incantatoire par laquelle ma défunte mère tentait d’échapper, par le biais du langage, à la dure réalité qui l’accablait ; une parole de fuite qui l’aidait sans doute, en sublimant son malheur dans un « on » anonyme (les autres), à en supporter le poids. Je me souviens à quel point, à l’époque, ces mots-là me hérissaient, sans que je sache trop pourquoi. Plus tard, devenu adulte, j’ai compris que la question tout oratoire de ma mère traduisait au fond sa profonde aliénation. Prisonnière des habitus du milieu dans lequel elle avait grandi, elle ne pensait que dans l’œil de l’autre. À son insu, elle disposait toutefois d’un parfait alibi. Née en 1921 dans la pauvreté, elle avait dû quitter l’école en quatrième année pour travailler et subvenir aux besoins de ses onze frères et sœurs. Sa vie de Canadienne française ne fut pas facile, plus misérable et plus étouffante encore que celle des Belles-Sœurs de Michel Tremblay.

Le Canada a-t-il vraiment sauvé les meubles ?

à propos de l’Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique

Le présent texte sur le récent Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) apporte un point de vue différent par rapport à celui diffusé à grande échelle par nos médias d’information souvent contrôlés par des intérêts fédéralistes ou encore par certains journalistes et chroniqueurs peu spécialisés dans les questions économiques ou inféodés au régime en place.

Le chroniqueur et ex-éditorialiste en chef du journal Les Affaires, Jean-Paul Gagné, écrivait le 20 octobre 2018 que le Canada venait de sauver les meubles, mais avouait toutefois que les É.-U. conservaient le droit d’imposer des tarifs douaniers de 25 % sur l’acier, de 10 % sur l’aluminium et de 20,9 % sur le bois d’œuvre ! Selon M. Gagné, la principale concession que le Canada aurait faite aux États-Unis concernait nos produits laitiers. Le Canada a donné accès à 3,6 % de son marché, aux produits laitiers et fromagers américains, mais a conservé la gestion de l’offre. Rappelons qu’il avait déjà accordé 2 % de son marché aux produits laitiers des pays de l’Union européenne lors du récent traité de libre-échange signé avec eux. De plus, en 2016, le Canada ouvrait 3,2 % de son marché aux produits laitiers du Partenariat transpacifique1. Au total, les producteurs laitiers de ces trois entités commerciales auront accès à 9 % du marché canadien du lait et environ 50 % des producteurs laitiers canadiens affectés proviennent du Québec2.

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Le fjord du Saguenay : une valeur universelle exceptionnelle

L'auteure détient une maîtrise en environnement de l’Université de Sherbrooke

De 2010 à 2017, les régions du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de Charlevoix et de la Côte-Nord–Manicouagan, ainsi que les nations innues et la nation huronne-wendat se sont mobilisées pour que le fjord du Saguenay soit retenu sur la liste indicative du patrimoine mondial au Canada, étape essentielle à la présentation d’un dossier de candidature à l’UNESCO. Un comité de promotion a coordonné ce grand mouvement de mobilisation qui avait comme mandat le dépôt d’un dossier de candidature à la date décidée par le gouvernement canadien, soit le 27 janvier 2017. Malgré la qualité du dossier présenté, la candidature se soldera par un refus en décembre 2017. Le comité mettra alors fin à ses activités, car la liste indicative canadienne n’est ouverte que tous les 10 ans. Toutes ces années de mobilisation et la rédaction du dossier de candidature nous ont permis de mieux connaître ce patrimoine naturel et culturel unique. Nous devons le garder en mémoire et continuer à le protéger en attendant qu’un nouveau comité reprenne le dossier. Voici des extraits du dossier de candidature afin que le Fjord du Saguenay soit mieux connu pour être enfin reconnu !

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Les luttes environnementales passées pour inspirer celle contre le projet Gazoduq – Énergie Saguenay

* Militant progressiste et indépendantiste, chargé de cours en travail social à l’UQAC.

Les luttes citoyennes liées à l’environnement et à l’énergie (principalement le gaz) ont connu divers contextes, enjeux stratégiques et ont pris diverses formes depuis une vingtaine d’années. Un solide mouvement social s’est construit à même ces luttes au fil des ans1. Au moment où le Québec fait face à une nouvelle offensive des vendeurs d’énergie fossile, et où, plus que jamais, sonne l’alarme de l’urgence climatique, il peut être utile de rappeler quelques acquis de luttes victorieuses ayant un potentiel d’enseignement pour celle qui s’amorce dans l’Abitibi-Témiscamingue, la Mauricie et plus spécifiquement le Saguenay–Lac-Saint-Jean, autour de Gazoduq – Énergie-Saguenay. Cet exercice est exploratoire et méritera d’être approfondi pour en dégager des pistes de travail concrètes pour la lutte d’aujourd’hui.

La Terre est mon pays et sa protection est vitale

Avec l’émergence dans nos vies de la crise climatique mondiale et les efforts déployés de toutes parts pour renverser la vapeur et nous ramener sur une voie écologiquement viable, dans l’espoir que nos enfants et leurs propres enfants aient la chance de profiter comme nous d’une nature en santé et toujours aussi riche de sa merveilleuse biodiversité, l’enjeu de la protection de l’environnement est désormais au centre des préoccupations de la majorité de nos concitoyens. Le Québec se démarque particulièrement par la vigueur rassurante de la mobilisation citoyenne, particulièrement chez les jeunes, face à la menace existentielle du réchauffement climatique mondial et des dérèglements catastrophiques qui l’accompagnent.

Municipalités locales et MRC : proximité avec qui ?

La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, et plus particulièrement la ville de Saguenay et les municipalités de la MRC du Fjord-du-Saguenay, est le lieu de convergence de plusieurs enjeux qui dépassent largement les limites administratives de son territoire. La zone industrialo-portuaire de Saguenay (ci-après Zone IP), reconnue par le gouvernement du Québec en 2016 dans le cadre de sa stratégie maritime, a attiré plusieurs projets industriels devant se concrétiser au cours des prochaines années : usine de transformation de concentré de fer en fonte brute et en ferrovanadium, usine cryogénique, complexe d’exportation de gaz naturel liquéfié et construction d’un terminal maritime en rive nord du Saguenay (dans la municipalité de Sainte-Rose-du-Nord)1. La protection de l’environnement et du fjord du Saguenay, les changements climatiques, le développement et la diversification économique en région éloignée traversent le débat sur le développement de ces projets industriels de la zone industrialo-portuaire. La confrontation des enjeux locaux, supralocaux, nationaux et mondiaux, soulève plusieurs questions, dont celles du rôle, des compétences et du pouvoir des autorités locales (municipalités) et supralocales (MRC) face aux défis du XXIe siècle. Notre texte se penche spécifiquement sur ce sujet avec une attention particulière concernant la place des citoyens qui sont les premiers visés par les impacts et retombées des projets.

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action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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