Andrée Ferretti : femme de tête et femme de cœur

Écrivaine et militante pour la libération nationale du peuple québécois, Andrée Ferretti a été un modèle de pugnacité et de persévérance. Elle avait une conception exigeante de la démocratie qui supposait que le peuple exerce véritablement le pouvoir et soit responsable de son destin. Cette ambition valait autant sur le plan social que national. Pour y arriver, elle misait sur le développement de la conscience des rapports de domination. Il revenait aux mouvements et aux partis de développer cette conscience. La formation politique devait être le moteur de la vie civique et elle s’y est investie pleinement dès les années soixante au sein du Rassemblement pour l’indépendance nationale. En 1966, elle se porte candidate pour le RIN dans la circonscription de Laurier, où elle affronte René Lévesque. En 1967, elle sera élue vice-présidente du RIN.

Dans l’arrière-boutique de la librairie de son mari Febo, elle réunissait toutes les semaines de jeunes militants à qui elle enseignait la théorie de la décolonisation et les pratiques de l’agit-prop. Pour elle, un parti n’était pas une machine électorale, mais une école de formation politique. Entre les élections, un parti indépendantiste devait déployer une panoplie d’interventions : diffusions de tracts, cours d’histoire politique, multiplication des assemblées de cuisine et organisation de manifestations contre des entreprises anglophones comme Ayers à Lachute ou Seven-Up à Montréal.

Sa fougue, sa lucidité et sa détermination ont inspiré toute une génération de militants dont j’étais. Elle n’a jamais lâché le combat parce que férue d’histoire, elle savait que les projets qui vont au fond des choses et remettent en cause l’ordre établi doivent s’inscrire dans le temps long. Elle savait que l’indépendance du Québec était un projet révolutionnaire et qu’il ne se réaliserait pas seulement par l’action électorale. Au lieu de se complaire dans le désabusement et la désespérance comme l’ont prêché trop de dirigeants souverainistes, elle croyait que par l’analyse rationnelle et l’esprit critique, on pouvait convaincre les Québécois de changer la nature du régime politique. Elle a soutenu son pari pédagogique en publiant des ouvrages théoriques et des romans qui sont des défenses et illustrations de la liberté.

Merci Andrée.

* Politologue.

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