Mélikah Abdelmoumen. Baldwin, Styron et moi

Mélikah Abdelmoumen
Baldwin, Styron et moi
Montréal, Mémoire d’encrier, 2022, 179 pages

Parcours d’écrivaine, itinéraire d’auteure, peu importe quels mots servent à décrire cet ouvrage, il vaut le détour, surtout si on cherche à percer certains effets d’immigration et si les modes de subjectivation nous préoccupent, autrement dit la manière dont on s’approprie les auteurs lus et les événements vécus pour se constituer en sujet.

Si ce livre explorait l’amitié entre deux écrivains, ce serait un simple essai littéraire. Or, les écrivains James Baldwin (1924-1987) et William Styron (1925-2006) sont issus de généalogies radicalement opposées en ce qui a trait au problème de l’esclavage aux États-Unis. L’écrivaine québécoise décrit sa relation avec leurs écrits et biographies. Comment ?

Depuis son Saguenay natal, en passant par Montréal, puis Lyon, puis retour à Montréal, l’écrivaine raconte les pratiques et expériences relatives à une forme de vie, la sienne, où la lecture, l’écriture et le dialogue marquent la route et montrent les avancées. Et elle sait raconter… comme si elle tenait la main du lecteur et l’accompagnait pas à pas.

Son parcours, celui d’une sujet-femme québécoise, compose avec trois sites interreliés : la société au Québec, la France lyonnaise, le rapport social de race dont deux écrivains états-uniens ont fait leur objet. Son livre établit que la sujette, par allers-retours dans et entre ces trois sites, se déploie sur le sol de la langue d’ici.

Des « jeux de vérité », pour reprendre le concept de Michel Foucault, sont manifestes sur chacun des trois sites, comme autant de résonnances et dissonances qui se prolongent et jouent sur un soi non monologique engagé dans un mode de subjectivation.

Le site de la société au Québec ? Sa parenté du Lac-Saint-Jean vers laquelle elle revient périodiquement est ouverte et chaleureuse ; ses amitiés éclectiques sont des repères pour son écriture et son déplacement.

Le site de la France lyonnaise ? Un réseau d’amis la conforte, l’accompagne, entre en débats avec elle. Cette France est aussi un contexte, ni abstrait ni objet, qui la confronte, à même le nom qu’elle porte, les Roms qu’elle fréquente et le lieu qu’elle habite.1

Et puis, de part en part du livre, le rapport social, ni figé, ni gelé, entre ces deux écrivains qui sont chevillés au mouvement et à l’histoire des droits civiques aux États-Unis. Elle décrit leur écriture et leur vie pour faire ressortir leur sensibilité, leur intelligibilité.

Sur et entre chacun des trois sites, elle donne à penser. Pas par hasard. Tel est l’objectif du livre. Elle esquisse une problématique avec laquelle on n’a pas fini de se colleter. La problématique a trait à la société qui vient. À propos de laquelle, il faut multiplier les écrits pour trouver les logiques et les effets de rapports sociaux à transformer.

Baldwin, Styron et moi est un livre en recherche d’humanité. Il souligne que la migration se transmet entre générations et il retrace une « série de passations ». L’auteure chemine à même les amitiés qu’elle recherche et cultive. Elle dit qu’une interprétation n’est pas une absolution et un dialogue n’est pas une recherche de consensus.

Mélikah Abdelmoumen se penche sur les « irréductibles complexités » de relations sociales difficiles à cerner et s’efforce de « tirer les classifications vers la vie ». Elle fouille des situations piégées et pose un regard inquiet sur elles. Elle cherche la résonnance humaine. Son option politico-symbolique est le dialogue, résolument contemporain.

André Campeau
Anthropologue

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