La couleur CAQ

Mathieu Lévesque
La couleur CAQ
Gatineau, CAQ, 2022, 225 pages

Depuis la création de la Coalition avenir Québec, et plus encore depuis sa prise du pouvoir en octobre 2018, les commentateurs sont nombreux à tenter de cerner son positionnement idéologique précis, et sa place dans l’histoire longue de nos débats politiques. La tâche est plus difficile qu’elle n’en a l’air, car on a affaire à une formation politique plus pragmatique que dogmatique, qui se tient généralement loin des grands manifestes et des traités philosophiques. C’est là tout l’intérêt de La Couleur CAQ du député caquiste Mathieu Lévesque, qui a tenté de définir davantage l’identité de sa formation politique par écrit, quelques mois seulement avant l’élection du 3 octobre 2022.

 

Le livre se présente d’abord comme une autobiographie de Mathieu Lévesque, avocat originaire de l’Outaouais ayant débuté son implication politique au Parti libéral du Québec auprès de Benoît Pelletier, longtemps une figure phare de l’aile nationaliste du parti. Il a cependant « guéri de [son] rougisme » (p. ٣٥) dès ٢٠١٢, en devenant l’un des premiers membres de la CAQ naissante. Comme bien des électeurs fédéralistes qui demeurent Québécois avant tout, Mathieu Lévesque fut en quelque sorte expulsé de son propre parti par la radicalisation multiculturaliste entamée sous Jean Charest et officialisée sous Philippe Couillard.

Membre de l’équipe de tournée du chef lors de la campagne électorale de 2012, puis président de l’aile jeunesse de la CAQ de 2013 à 2014, Mathieu Lévesque est ensuite nommé candidat dans Chapleau en 2018. En remportant la circonscription, qui était celle de son mentor Benoît Pelletier, il inflige au PLQ sa première défaite dans cet ancien château fort, rouge depuis sa création en 1981.

Si bon nombre d’éléments de la majeure partie du livre, qui résume le premier mandat caquiste, seront familiers aux lecteurs qui suivent l’actualité, le chapitre de loin le plus intéressant de La Couleur CAQ s’intitule « Le réalignement des astres politiques ». Dans ce passage, Lévesque prend de la hauteur et remonte jusqu’au début de la Confédération canadienne pour inscrire la Coalition dans l’histoire, dans le but avoué de prouver que cette nouvelle force politique est loin d’être une anomalie, mais qu’elle se situe plutôt dans une longue tradition nationaliste qui a de profondes racines dans le passé québécois.

En faisant appel à la notion de « parti générationnel » du politologue Vincent Lemieux, le député de Chapleau place la CAQ dans la continuité de trois grandes formations politiques : le Parti national d’Honoré Mercier, l’Union nationale de Maurice Duplessis et le Parti québécois de René Lévesque. Au-delà de l’analyse sociologique qui est celle de Lemieux, le grand point de convergence entre ces partis est évidemment leur capacité à incarner le nationalisme québécois à une époque donnée. On comprend donc que la « couleur CAQ » que décrit Mathieu Lévesque est en quelque sorte une nouvelle teinte de bleu, qui inclut d’anciens rouges comme lui-même. Cette nouvelle synthèse du nationalisme apparaît comme le produit d’un contexte politique où la question identitaire a pris le dessus sur la question constitutionnelle.

Lorsqu’il explique le programme de la CAQ avec « un esprit franchement partisan » (p. 17) revendiqué, l’auteur donne effectivement l’impression d’appartenir à une formation politique qui cherche à se définir idéologiquement autour du nationalisme. Face aux libéraux « obnubilés par leurs bases montréalaises » (p. 64) et à la « gauche radicale » (p. 67) de Québec solidaire, Mathieu Lévesque décrit un parti déterminé à « assumer la primauté, sur notre territoire, de la spécificité culturelle québécoise face à l’idéal pancanadien du multiculturalisme » (p. 115). On apprend également dans l’essai que la « culture de convergence », défendue par Fernand Dumont et plus récemment par Guillaume Rousseau, est le modèle d’intégration préconisé par la CAQ, selon lequel « la langue française et la culture québécoise constituent le foyer de convergence de tous les Québécois, qu’ils soient de souche ancienne ou récente » (p. 116). Voilà un ajustement nécessaire, après que tous les partis nationalistes aient erré du côté de l’interculturalisme de Gérard Bouchard, identique dans son application concrète au multiculturalisme.

Au final, La Couleur CAQ de Mathieu Lévesque apparaît comme une tentative bienvenue de définir plus précisément l’identité idéologique d’un parti qui semble insaisissable pour bon nombre d’intellectuels et d’observateurs. Surtout, pour une jeune formation politique, il est fondamental de s’inscrire dans la durée, comme le résume d’ailleurs François Legault lui-même en préface : « En incarnant cette volonté de défendre nos valeurs, notre langue, notre culture et notre histoire, la CAQ succède à une longue lignée politique. Et même si notre formation est encore jeune, son enracinement historique ne fait aucun doute » (p. 13). Néanmoins, ne marche pas dans les pas de Mercier, Duplessis et Lévesque qui veut ! Maintenant qu’elletro les a identifiés comme ses inspirations, la CAQ devra être à la hauteur de ces grands personnages dans sa défense du Québec, de son identité, de ses valeurs et de ses aspirations.

Étienne Beauregard
Étudiant, Université Laval, et auteur.

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