Pendant ce temps au CHSLD

2021mars250Quittant 2020, année exceptionnelle marquée par la pandémie de la COVID-19 qui hantera à jamais la mémoire des Québécois, comme la grippe espagnole entre 1918 et 1920, il est plus que temps de faire un bilan de cette pandémie. En date du 31 janvier 2021, celle-ci a causé le décès de 9 824 Québécois, majoritairement des aînés vulnérables qui vivaient principalement dans des Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD), des Résidences pour aînés (RPA) et des Ressources intermédiaires (RI). Ces aînés vulnérables, au nombre de 7 550, représentent 76,9 % de tous les décès1.

Ce document examine le taux de mortalité au Québec entre le 25 mars 2020 et le 31 janvier 2021. De plus, le taux de mortalité et le taux de contagion communautaire sur l’île de Montréal pendant la même période, soit entre le 25 mars 2020 et le 31 janvier 2021, font l’objet d’une recherche spécifique. Pour ce faire, un cadre d’analyse qui se déploie sur deux périodes constituera le cœur de cette investigation. La première phase, par conséquent la première vague, s’étend du 25 mars au 31 août 2020. La deuxième phase s’étale du 1er septembre au 31 janvier 2021.

Cette périodisation facilite la compréhension de l’évolution du taux de mortalité au Québec. Elle fait découvrir que la dynamique de la pandémie est marquée par de nombreux changements.

Nous avons fait des choix :

  • étudier seulement l’évolution de la mortalité au Québec, mais allonger notre étude au développement de la contagion communautaire pour l’île de Montréal.
  • inclure le nombre de décès dans les RI dans celui des CHSLD et des RPA.

Notions préalables

Nous avons choisi d’intégrer 80 % des décès dans les RI dans ceux des CHSLD et 20 % dans ceux des RPA. Pourquoi faisons-nous ce choix ? D’une part, depuis le début de la pandémie, les décès dans les RI ne comptent que pour 3,7 % des morts au Québec, soit 362 décès. Nous voulons alléger ce document en ne noyant pas le lecteur sous une tonne de chiffres. D’autre part, le statut d’une RI est équivoque, car c’est une ressource d’hébergement à fois publique et privée dont les liens sont très étroits avec les Centres intégrés universitaires de santé et services sociaux (CIUSSS) et les Centres intégrés de santé et services sociaux (CISSS). De plus, plusieurs RI sont situées dans des RPA. Ajoutons que la façon de transmettre les données sur les RI a été modifiée à plusieurs reprises par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Notre décision de les insérer principalement dans les CHSLD à hauteur de 80 % reste ouverte, mais nous pensons que leur intégration soit dans un CHSLD ou une RPA ne change pas les grandes constantes que nous dégageons des différents tableaux.

État de la situation au début de l’automne 2020

Le gouvernement Legault a annoncé seulement le 19 août 2020 qu’il donnait à la Commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, le mandat d’enquêter sur la tragédie qui avait emporté des milliers d’aînés dans les CHSLD et les RPA. Il nous faudra aussi tirer des leçons de la seconde vague.

Au 31 août 2020, le Québec a un des pires bilans au sein des pays occidentaux (à part la Belgique) quant à la proportion d’aînés vulnérables morts de la COVID-19 dans des institutions qui devaient les protéger. Ce constat aurait dû mettre sur pied une commission d’enquête indépendante, comme celle mise sur pied par le premier ministre de l’Ontario Doug Ford en juillet, pour faire la lumière sur la gestion de la crise dans les foyers de soins de longue durée en Ontario.

Bien que la crise dans les CHSLD et les RPA du Québec ait été beaucoup plus intense et meurtrière que celle vécue par l’Ontario, le gouvernement Legault a plutôt choisi de mettre cet examen dans les mains d’une haute fonctionnaire qu’il a lui-même engagée en décembre 2019 (Décret 1289-2019)2, au traitement annuel de 169 910 $. Cette décision est surprenante si nous considérons l’ampleur de la tragédie et du rôle central du gouvernement et du MSSSQ dans la gestion de la crise dans les CHSLD et les RPA.

En outre, il est curieux que le premier ministre ait choisi de récompenser Horacio Arruda pour son travail en tant que directeur national de la santé publique du Québec à la fin juin. Par le décret 690-20203 publié le 30 juin, le gouvernement offre à Horacio Arruda un contrat de trois ans au salaire initial de 305 000 $, prenant effet le 1er août 2020 et indexé annuellement jusqu’au 31 juillet 2023. De plus, Horacio Arruda reçoit une allocation mensuelle de 1 250 $ pour ses frais de séjour à Québec. Il aura aussi une voiture de fonction et un garde du corps pour la durée de son contrat. Il s’agit d’une augmentation de 11,4 % par rapport au salaire offert en 2017, soit 273 800 $. Ce nouveau contrat en fait l’un des hauts fonctionnaires les mieux payés du Québec, égalant les salaires de nos mandarins à la tête des CIUSSS et des CISSS. Il est vrai que le précédent contrat du docteur Arruda se terminait le 31 juillet 2020, mais cet empressement et, surtout, les modalités du contrat démontrent que le gouvernement évalue de façon très indulgente sa politique générale face à la pandémie. Il procède ainsi avant d’avoir en main toutes les conclusions que pourrait tirer une commission d’enquête sur la stratégie de gestion de cette pandémie et le nombre inhabituel et spectaculaire de morts dans les ressources d’hébergement de longue durée au Québec.

Selon les chiffres émis par l’INSPQ4 au 31 août 2020, le Québec, derrière la Belgique (854), était au deuxième rang des pays occidentaux, en ce qui concerne le taux de décès pour 1 000 000 avec 675, suivi par l’Espagne (624) et le Royaume-Uni (611). De ce nombre, 485 sont survenus uniquement dans les CHSLD et les RI. Si nous ajoutons les décès dans RPA, le taux augmente à 566. Comment expliquer que le gouvernement du Québec manifeste un tel déni devant cette réalité ? Si nous ajoutons la deuxième phase entre 1er septembre et le 31 décembre, le Québec connaît une croissance notable du taux de mortalité : 967 décès pour un million d’habitants, dont 774 correspondent aux morts de la COVID-19 dans les milieux fermés (non inclus, les décès dans les Centres hospitaliers (CH). Le Québec a su ralentir la progression des décès dans la deuxième phase, mais beaucoup moins que ce à quoi on pouvait s’attendre ; plusieurs régions ont répété les erreurs qui avaient été faites sur l’île de Montréal et avaient produit une tragédie lors la première vague dans les CHSLD et les RPA de la métropole. Au 28 janvier 2021, le Québec a ralenti son taux de mortalité pour 1 000 000, et pointe à 1 128, ce qui le place plus favorablement que lors de la première vague.

Ce présent document fait suite à un article paru dans L’Action mationale5. Rédigé en pleine pandémie, entre le 20 avril et le 9 mai, il faisait ressortir certains faits à partir des données partielles alors disponibles. Il démontrait qu’au début de la pandémie, entre le 25 mars et le 9 mai, la situation sociosanitaire instaurée par la réforme Barrette avantageait les secteurs anglophones par une situation sanitaire plus facilement gérable.

À partir de ce premier jet, nous poursuivons la réflexion pour cerner les changements survenus jusqu’au 31 janvier 2021. Les conclusions de ce premier regard en mai convergent-elles avec les nouvelles données sur la pandémie obtenues entre la fin mai et le 31 janvier 2021 (taux de mortalité et taux de contagion communautaire sur les territoires des cinq CIUSSS sur l’île de Montréal) ?

Ce document va illustrer clairement le rôle néfaste et générateur d’iniquités de la réforme Barrette.

D’une part, dans l’article publié précédemment sur le sujet6, nous affirmions que la réforme Barrette était avant tout politique. En prenant l’exemple de l’application de cette réforme sur l’île de Montréal, nous avancions l’idée suivante : la création des cinq CIUSSS sur l’île de Montréal et, surtout, le partage des territoires correspondants étaient avant tout partisans. Deux des cinq CIUSSS (CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal et le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal) étaient gérés par la communauté anglophone. La réforme consolidait la mainmise de la minorité anglophone sur des institutions de santé et services sociaux dans le centre ouest et l’ouest de l’île de Montréal. Le Parti libéral du Québec (PLQ) satisfaisait les demandes de sa clientèle électorale. Par contre, la nouvelle répartition rendait plus inéquitable l’offre de services en santé et services sociaux puisque les deux CIUSSS (Centre-Ouest et Ouest) comparativement aux trois autres CIUSSS (Centre-Sud, Nord et Est), étaient avantagés par une population moins nombreuse, plus homogène et, en moyenne, beaucoup plus fortunée et moins problématique sur le plan de la santé et des problèmes sociaux7.

Est-ce que les écarts constatés, tant sur le taux de mortalité que celui de la contagion communautaire qui avantageaient les deux CIUSSS anglophones, se sont réduits ou accrus ? Nous avons ce devoir d’enquête et de mémoire pour toutes ces personnes qui sont mortes en pensant que leur gouvernement les protégeait. Avant de regarder la situation de Montréal, il faut faire un bilan de la pandémie au Québec entre le 25 mars 2020 et le 31 janvier 2021. Comme annoncé plus haut, notre regard portera essentiellement sur l’évolution de la mortalité au Québec.

Un bilan de la pandémie au Québec entre le 25 mars 2020 et le 31 janvier 2021

Même si nous voulons étudier plus profondément la pandémie sur l’île de Montréal, il faut brosser ici un tableau général de la pandémie au Québec. Comprendre ce phénomène aiderait à outiller les gestionnaires dans leurs efforts pour mieux contrer cette seconde vague déjà très présente et qui augmente au fil du temps le nombre de victimes.

La pandémie n’est pas un long fleuve tranquille. Son évolution est parsemée de variations autant dans le temps que dans l’espace, qu’il nous faut extirper des statistiques. Le meilleur moyen de découvrir ces modifications, c’est de périodiser la pandémie par un temps long découpé en périodes plus courtes.

D’une part, nous estimons que la pandémie se déroule sur deux phases longues, qui correspondent aux deux vagues de la contagion. La première phase s’étend du 25 mars au 31 août 2020. La deuxième débute le 1er septembre 2020 et se poursuit au-delà du 31 janvier 2021.

D’autre part, pour affiner notre analyse, nous utilisons des intervalles plus brefs, à savoir des périodes de deux semaines. Nous observons que si des constantes demeurent tout au long de la pandémie, de nombreuses variations majeures apparaissent tout au long de ces épisodes.

Finalement, nous avons choisi l’indicateur du taux de mortalité comme angle d’attaque. Nous renvoyons à d’autres textes l’analyse de certains aspects politiques qui ont pu jouer dans l’aggravation de cette pandémie au Québec8.

La seconde partie du document se penche sur l’évolution de la mortalité et de la contagion communautaire sur l’île de Montréal. Nous comparons la situation entre mai et le 31 août pour ensuite observer les fluctuations entre le 31 août et le 31 janvier 2021. Nous cernons les facteurs qui ont pu jouer sur les nouvelles variations entre les territoires des CIUSSS anglophones et des CIUSSS francophones.

Voici maintenant une brève image globale de la pandémie entre le 25 mars 2020 et le 31 janvier 2021. Nous estimons qu’au Québec, le nombre de décès dû à la COVID-19 se chiffre à 9 824 morts ; la majorité de ces décès (7 550 personnes âgées) sont survenus dans les CHSLD et les RPA. Plus précisément, les aînés vivant dans les milieux fermés comptent pour 76,9 % de tous les décès. Cette majorité habite surtout dans les CHSLD (5 479 personnes), soit 72,6 % des milieux fermés alors que la proportion de ceux qui résident dans une RPA correspond à 27,4 % (2 071 personnes). Si la contagion de la COVID-19 rejoint des personnes de tout âge, la mort, elle, était et est encore, réservée majoritairement aux personnes âgées, principalement celles qui habitent des établissements qui devaient les protéger.

Voici d’abord le premier tableau : c’est la première vague de la pandémie au Québec qui s’étendra du 25 mars au 31 août 2020. Que pouvons-nous tirer de ce premier tableau ?

Tableau I

Nombre de morts dans les CHSLD et les RPA et taux de mortalité dans les milieux fermés en fonction de la totalité des décès, selon les périodes entre le 15 mars 2020 et 31 août 2020, au Québec

Période

CHSLD

RPA

Total

Totalité des décès

%

15 mars - 31 mars

41

11

52

79

65.8

1er avril - 15 avril

631

121

752

910

82,6

16 avril - 30 avril

1 247

236

1 483

1 806

82,1

1er mai - 15 mai

891

311

1 202

1 431

84,0

16 mai - 31 mai

643

151

794

992

80,0

1er juin - 15 juin

191

51

242

318

76,1

16 juin - 30 juin

74

21

95

144

66,0

1er juillet - 15 juil.

18

15

33

52

63,5

16 juillet - 31 juillet

8

9

17

30

56,7

1 ier août -15 août

13

7

20

30

66,6

16 août - 31 août

7

13

20

34

58,8

Répartition des RI

176

44

220

   

Total entre le mars et 31 août 2020 inclus et RI inclus

3 940

990

4 930

5 826

84,6 %

  1. La première phase est meurtrière, et cela, très rapidement. Moins d’un mois après la première apparition au Québec de la COVID-19 en mars, entre le 16 et le 30 avril, le Québec atteint un pic de mortalité inégalé, soit 1 806 décès. Pendant, les quatre périodes comprises entre le 1er avril et le 31 mai, 5 139 personnes décéderont de la COVID-19, soit une proportion très élevée de 88,2 % de tous les décès de cette première vague. C’est un feu de broussaille que les autorités politiques et sanitaires n’ont ni prévu ni contré.
  2. Pendant ces huit semaines de cauchemar, le taux de mortalité dans les CHSLD et les RPA par rapport à la totalité des morts se chiffre à 82,3 %. Cette proportion ne sera jamais plus élevée pendant le reste de la pandémie, du moins jusqu’au 31 janvier 2021.
  3. Pendant cette première phase, le taux de mortalité des aînés à partir de 60 ans tourne autour de 97 %. Ce pourcentage reste stable du début de la pandémie jusqu’au 31 août 2020. Les aînés de 80 ans et plus représentent environ 73 % de la totalité des décès. Nous verrons que ces taux de mortalité en fonction des catégories d’âge resteront stables tout au long de la pandémie.
  4. La courbe d’évolution du nombre de morts dans les CHSLD et les RPA diffère. Le pic de mortalité dans les CHSLD (1 247 morts) s’établit entre le 16 et le 30 avril, alors que le faîte dans les RPA (311 morts) survient dans la période suivante, soit entre 1er mai et le 15 mai. La majorité des employés dans les RPA travaillent à la préparation des repas et le personnel sociosanitaire est trop limité face au vieillissement des clientèles déjà présentes dans les RPA. Cette quasi-absence de soutien à la santé des aînés dans les RPA en crise a comme conséquence d’obliger les CIUSSS et les CISSS à dégarnir le personnel déjà trop peu nombreux dans les CHSLD. De plus, ce prêt de personnel aux RPA a sans doute joué un rôle dans la contagion de ces milieux d’hébergement. Nous verrons plus loin que ce fait décisif ne semble pas avoir été pris en considération lors de la seconde vague. En effet, dans les milieux fermés lors de la seconde vague, la proportion de décès dans les RPA augmentera sensiblement par rapport à celle des décès dans les CHSLD. Les RPA ont été l’angle mort lors de la première vague.
  5. La part des décès dans les milieux fermés, qui atteint un sommet de 84 % entre le 1er mai et le 15 mai, décline graduellement lors des autres périodes pour atteindre son niveau le plus faible entre le 16 et 31 juillet, soit 56,7 %.
  6. Les quatre périodes comprises entre le 1er juillet et 31 août connaissent une pause dans le taux de mortalité par rapport aux périodes antérieures. Pendant ces deux mois, le nombre total de décès atteint 146, ce qui représente une proportion infime de décès au cours de la première vague, soit 2,5 %.

Avant d’examiner le deuxième tableau, nous voulons signaler que pendant l’été et le mois de septembre, le taux de mortalité a été très modéré. C’était une fenêtre d’opportunité qui permettait aux autorités gouvernementales et sanitaires de tirer des leçons de la fulgurance de cette pandémie (surtout à Montréal) et de mettre à niveau les connaissances sur les meilleurs moyens à prendre pour outiller toutes les régions afin de freiner une deuxième vague à l’automne. Comme nous le verrons plus loin, nous estimons que l’île de Montréal était beaucoup mieux préparée pour la seconde vague, mais que les leçons tirées et les correctifs à apporter pendant la période de l’été n’ont pas été appliqués de façon rigoureuse dans les autres régions du Québec. Il y a une masse critique de connaissances qui n’a pas été redonnée aux autres régions du Québec, maintenant aux prises avec des taux de mortalité élevés – nous pensons particulièrement à la région de la Capitale nationale et ses régions limitrophes.

C’est un constat qu’il faut faire pour essayer de comprendre. Les régions seraient-elles des îlots imperméables à l’échange des savoirs ? L’INSPQ n’a pas été capable de remettre à niveau le plan d’attaque de chaque région pour faire face à la deuxième vague et nous avons échappé une fenêtre d’opportunité pour mettre tout le monde sur le même plan, surtout chez les employés de la santé, en l’occurrence les préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD et les RPA.

À l’aide du deuxième tableau, observons si nous retrouvons les mêmes constantes que celles dégagées lors de l’analyse de la première vague.

  • Effectivement, la deuxième vague – qui n’est pas encore terminée – est moins meurtrière et fulgurante que la première vague. Au Québec, le nombre de morts (3 998) ne représente que 40,7 % du total de décès entre le 25 mars et le 31 janvier 2020. Cette baisse de mortalité serait encore beaucoup plus marquée si plusieurs régions autres que celle de l’île de Montréal avaient mis en place de façon rigoureuse les correctifs que Montréal avait apportés à son réseau de prévention et de soins pour combattre plus efficacement la COVID-19 dans les hébergements pour les aînés vulnérables.
  • En constatant ce fait, nous devons mieux comprendre les raisons qui font que, lors la deuxième vague, certaines régions du Québec sont proportionnellement plus frappées par la pandémie. Nous reviendrons sur cet aspect fondamental : la difficulté de faire voir aux autres régions du Québec les leçons que la santé publique de Montréal avait tirées de sa situation. Sur ce plan, le sous-ministre Arruda doit nous expliquer les raisons de cette incapacité de remettre à niveau toutes les régions, à partir du programme de prévention et de soins finalement mis en place par la Direction régionale de la santé publique de Montréal (DRSPM) pour contrer la deuxième vague prévue par tous les spécialistes.

 

Tableau II

Nombre de morts dans les CHSLD et les RPA et taux de mortalité dans les milieux fermés en fonction de la totalité des décès selon les périodes entre le 1er septembre et le 31 janvier 2021, au Québec

Période

CHSLD

RPA

Total

Totalité des décès

%

1er sept - 15 sept

5

12

17

25

68,0

16 sept - 30 sept

18

19

37

61

60,7

1er oct- 15 octobre

54

38

92

142

64,8

16 oct – 31 octobre

78

54

132

254

52,0

1er nov- 15 nov.

178

80

258

394

65,5

16 nov -30 nov.

155

116

271

435

62,3

1er déc. -15 déc

215

144

359

565

63,5

16 déc. - 31 déc.

211

162

373

653

57,1

1er janv.- 15 janv. 2021

214

187

401

695

57,7

16 janv. 31 janv.

299

241

540

774

69,8

Répartition des RI

112

28

140

   

Total entre le 1er septembre et le 31 janv. 2021

1 539

1 081

2 620

3 998

65,5

Total des deux phases

5 479

2 071

7 550

9 824

76,9

  • La mortalité dans les CHSLD et les RPA est beaucoup moins substantielle qu’à la première période. Globalement, les décès dans les CHSLD et les RPA sont ramenés à un taux de mortalité de 65,5 % ; cette proportion par rapport au nombre total de décès aurait dû être moindre si les RPA avaient maintenu le même taux de mortalité qu’à la phase précédente. En effet, dans les milieux fermés, les décès dans les RPA comptaient pour 17,0 %, alors qu’ils montent, dans la deuxième période, à 27,0 %.
  • Cette tendance devient encore plus évidente lorsque nous observons seulement les milieux fermés. Lors de la première vague, la proportion des décès dans les CHSLD se chiffrait à 79,9 %, laissant aux RPA 20,1 % des décès. Pendant la deuxième vague, ces proportions se modifient amplement : les décès dans les CHSLD ne représentent plus que 58,7 % alors que dans les RPA ils grimpent à 41,3 %. Encore là, le gouvernement devrait imposer des ratios d’employés en santé et services sociaux selon les différentes catégories d’âge. Selon notre étude sur les RPA9 sur l’île de Montréal faite en 2019, la catégorie des 85 ans et plus forme, en moyenne, un noyau significatif de 47 % au sein des diverses catégories d’âge des clientèles vivant actuellement dans les RPA.
  • Si la croissance de la mortalité dans les CHSLD et les RPA est plus graduelle dans la deuxième phase, elle n’en continue pas moins de se poursuivre de façon notable, surtout dans les RPA. Il est urgent de mieux équiper les RPA par des programmes de prévention des maladies contagieuses. Nous croyons qu’au mois de janvier 2021 les décès dans les RPA du Québec vont continuer à augmenter sensiblement. Entre le 1er et le 31 janvier, la proportion des décès dans les RPA dans les milieux fermés a atteint 45,4 %.
  • Il reste que la mortalité dans les milieux fermés n’atteint plus les pics de la première phase (entre 80 % et 84 % des décès) et aucune période de la deuxième vague ne dépasse ces sommets aussi inconcevables. Cet état de fait réduit le taux de mortalité dans les CHSLD et les RPA, mais la forte mortalité de la première vague fait en sorte que, finalement, au 31 janvier 2021, le taux de mortalité dans les milieux fermés a diminué de 84,6 % à 76,9 %.
  • Le taux de mortalité à la maison (et inconnu) a augmenté de façon significative pendant toute la pandémie passant de 10,4 % lors de la première vague à 28,3 % lors de la deuxième vague. Ce nouveau phénomène des morts à la maison, surtout lors de la seconde période, exigera que des chercheurs se penchent sur cette question. Est-il dû à la volonté des personnes de vouloir mourir à la maison ou à la peur d’aller chercher de l’aide au CH ? Nous savons que les complications dues à la COVID-19 ne se soignent pas à la maison ; la virulence de la COVID-19 exige une démarche urgente vers les CH qui gèrent les soins aigus. L’accessibilité à un CH a-t-elle été réduite ou les personnes tardent-elles trop à se rendre aux urgences ? Y a-t-il une forme de dépression qui se traduit par l’acceptation de la mort perçue comme inévitable ? Si nous voulons enrayer la hausse de la mortalité, il faut connaître les causes de cet accroissement pour le moment inexplicable.
  • La proportion des catégories de personnes âgées qui représentent la très grande majorité des morts de la première et de la deuxième vague est demeurée constante jusqu’au 31 janvier 2021. À cette date, les décès de la catégorie des aînés de 80 ans et plus atteignent 73,3, % et si nous ajoutons celle des aînés âgés de 60 à 79 ans (24,5 %), nous obtenons une proportion totale de 97,8 % de tous les décès.

Après avoir observé l’évolution de la pandémie sous l’angle du taux de mortalité des aînés au Québec, nous allons regarder maintenant l’évolution du taux de mortalité et du taux de contagion sur l’île de Montréal du 25 mars 2020 au 31 janvier 2021. Nous jetterons un œil sur deux moments clés : le 31 août 2020 et le 31 janvier 2021, tout en comparant les bilans respectifs des deux CIUSSS anglophones (CIUSSS du Centre-ouest et le CIUSS le l’Ouest) et des trois CIUSSS francophones (CIUSSS du Centre-Sud, CIUSSS du Nord et CIUSSS de l’Est).

À l’aide des deux prochains tableaux sur l’évolution de la pandémie sur l’île de Montréal nous allons constater que la pandémie nous réserve encore bien des surprises. N’oublions pas que l’île de Montréal a été l’épicentre de cette pandémie lors de la première vague. En est-il de même lors de la seconde vague ? Voyons les tableaux III et IV ; dégageons les constantes et les changements lors des deux vagues de la pandémie.

Tableau III

Nombre de morts dans les CHSLD et les RPA et taux de mortalité dans les milieux fermés en fonction de la totalité des décès selon les périodes entre mars 2020 et 31 août 2020, sur l’île de Montréal

Période

CHSLD

RPA

Total

Totalité des décès

%

12 mars - 31 mars

39

10

49

59

83,1

1er avril - 15 avril

421

62

483

565

85,5

16 avril - 30 avril

902

117

1 019

1 152

88,5

1er mai - 15 mai

622

126

748

921

81,2

16 mai - 31 mai

329

79

408

530

77,0

1er juin - 15 juin

101

19

120

166

72,3

16 juin - 30 juin

24

9

33

51

64,7

1er juillet - 15 juil.

3

4

7

11

63,6

16 juillet - 31 juillet

1

0

1

4

25,0

1 ier août -15 août

3

1

4

7

57,1

16 août - 31 août

0

1

1

4

25,0

Répartition des RI

80

20

100

   

Total entre le mars et 31 août 2020

2 525

448

2 973

3 470

85,7

Tableau IV

Nombre de morts dans les CHSLD et les RPA et taux de mortalité dans les milieux fermés en fonction de la totalité des décès selon les périodes entre le 1er septembre 2020 et le 31 janvier 2021, sur l’île de Montréal

Période

CHSLD

RPA

Total

Totalité des décès

%

1er sept - 15 sept

0

0

0

0

0

16 sept - 30 sept

1

4

5

7

71.4

1eroc t- 15 octobre

4

2

6

21

28,6

16 oct – 31 octobre

10

3

13

32

40.6

1er nov- 15 nov.

15

8

23

50

46,0

16 nov -30 nov.

25

10

35

54

64,8

1er déc. -15 déc

52

16

68

101

67,3

16 déc. - 31 déc. déc

54

41

95

172

55,2

1er au 15 janv.2021

50

37

87

196

44,4

16 au 31 janv. 2021

55

58

113

212

53,3

Répartition des RI

19

4

23

   

Total entre le 1er septembre et le 31 janvier 2021

285

183

468

845

55,4 %

Total des deux phases

2 810

631

3 441

4 315

79,7 %

Comme nous l’avions avancé au départ, l’île de Montréal a été l’épicentre de la première vague au Québec. L’île totalise 59,6 % de tous les décès dus à la COVID-19 pour cette période. La tragédie des décès dans les CHSLD et les RPA sur l’île de Montréal, soit 2 973 décès d’aînés, nous semble l’événement marquant de toute la pandémie, dont le souvenir douloureux marquera à jamais notre mémoire collective. Au 31 janvier 2021, le total cumulatif des morts sur l’île de Montréal demeure considérable : 4 315 morts, soit 43,9 %, du total des décès au Québec pendant toute la pandémie. Ceci représente une proportion de décès deux fois plus élevée que celle de l’ensemble du Québec. Cette différence majeure cache pourtant une baisse encore plus notable, celle du nombre de décès sur l’île de Montréal lors de deuxième vague par rapport à la première.

Entre le 1er septembre 2020 et le 31 janvier 2021, la proportion des décès sur l’île par rapport à celle des décès survenus lors de la première vague à Montréal décroît à 24,4 %. Nous évaluons cette diminution très significative à 845 décès au 31 janvier 2021. Cette baisse de la proportion des morts à Montréal s’explique essentiellement par les mesures prises par la Direction de la santé publique de Montréal qui a tiré des leçons de la première vague. Elle a apporté plusieurs correctifs pour abaisser le nombre de morts dans tous les milieux de vie fermés, principalement les CHSLD. Malgré la baisse de la proportion des décès dans les milieux fermés lors de la deuxième vague (55,4 %), le nombre total de morts dans ces milieux demeure démesuré. La vigueur intolérable et douloureuse de la première vague dans ces milieux (2 973 décès) représente 85,7 % de la totalité des décès au 31 août 2020 et au 31 janvier, cette part, quoique réduite, s’établit encore à 79,7 %.

Le nombre de contaminations dans la deuxième phase (64 986 personnes) est de beaucoup supérieur à celui de la première phase (29 877 personnes). Cette augmentation, qui pourrait s’expliquer dans une large mesure par la multiplication des tests de dépistage, ne s’est pas traduite par une augmentation des décès. Cette constatation pourrait s’expliquer de différentes façons : les personnes contaminées sont en moyenne plus jeunes, des correctifs sanitaires ont été introduits dans les milieux de vie des aînés, la COVID-19 est mieux connue, les nouveaux remèdes sont plus appropriés…

Sur l’île de Montréal, les milieux fermés aînés connaissent des variations imprévues pendant toute la pandémie. Lors de la première vague, la part des décès dans les CHSLD par rapport à la totalité des morts s’établit à 72,8 % alors que celle des décès dans les RPA se fixe à 12,9 %. Dans la seconde vague – jusqu’au 31 janvier 2021 –, on observe un déplacement important des décès vers les RPA. Nous constatons que la proportion des décès dans les CHSLD plonge à 33,7 % alors que celle des RPA grimpe à 21,7 %. Cette migration paraît plus solide lorsque nous évaluons seulement les milieux fermés. Dans la première vague, les décès dans les CHSLD comptent pour 84,9 % alors ceux des RPA représentent 15,1 %.

Dans la seconde période, le pourcentage des décès dans les CHSLD se contracte à 60,9 % alors que celui des RPA s’accélère et atteint 39,1 %, soit plus du double de la première phase. Nous avons déjà mentionné ce phénomène pour l’ensemble du Québec. L’île de Montréal n’échappe donc pas à cette nouvelle constante et la Direction de la santé publique du Québec devra réagir à cette situation inquiétante en imposant aux RPA des ratios plus élevés pour les préposés aux bénéficiaires en fonction du nombre et de la proportion de personnes âgées de 80 ans et plus dans les RPA.

Sans nous étendre davantage sur cette réduction imposante du nombre de morts sur l’île de Montréal lors de la deuxième vague, nous voulons signaler rapidement que des régions comme celle de la Capitale nationale ou celle de Chaudière-Appalaches… ont connu une forte deuxième vague. La croissance de la contagion communautaire et du nombre de décès est continue et s’aggrave. Par exemple la région de Chaudière-Appalaches, qui n’avait pas été touchée lors de la première période, voit le nombre de décès dû à la COVID-19 passer de 8 à 260 dans la seconde phase, soit 32 fois plus que lors de la première vague. Pour la région de la Capitale nationale, le bilan de la deuxième période de la pandémie est dramatique. En nombres absolus, lors de la seconde phase, le nombre de décès s’établit à 733 alors que l’on ne dénombrait que 194 décès pendant la première vague. Le taux de croissance a presque quadruplé. Lors de la deuxième vague, si nous comparons le nombre de décès de la région de la Capitale, dont la population en 2019 était de 745 135 habitants, au nombre de décès sur l’île de Montréal (845), dont la population atteignait 2 065 000 personnes en 2019, il y a une surreprésentation de morts à Québec. En somme, la COVID-19 ne doit pas être perçue comme une fatalité, mais comme la contagion d’un coronavirus dont la propagation est rapide et dangereuse pour les personnes âgées de plus 80 ans.

Sur l’île de Montréal, on observe seulement quelques CHSLD et RPA affichant 9 décès et plus : le CHSLD public Maimonides (28), le CHSLD public polonais Marie-Curie-Sklodowska (12), le CHSLD public Hope (9), le CHSLD Jean de la Lande (22), le CHSLD privé conventionné Vigi Marie-Clarac (17), le CHSLD privé conventionné Providence-St-Joseph (9), le CHSLD privé non conventionné Manoir de l’Ouest (23), le CHSLD privé non conventionné Château Westmount (15), le CHSLD privé non conventionné les Floralies Lasalle (10) et la RPA Cambridge (13). La majorité des éclosions massives ont eu lieu surtout dans les territoires des CIUSSS anglophones.

Comme pour l’ensemble du Québec, la proportion de décès à domicile et inconnu s’amplifie entre la première et la deuxième phase. Au 31 août 2020, les décès à domicile et inconnu comptaient pour 8,6 %. Dans la seconde phase, cette proportion croît de façon vertigineuse pour atteindre 42,6 % au 31 janvier 2021, soit cinq fois plus qu’au cours de la première vague. Il faudra étudier plus profondément ce nouveau phénomène qui prend une ampleur considérable sur l’île de Montréal.

À la suite de ces constatations sur l’évolution de la COVID-19 à Montréal, nous allons maintenant observer le taux de contagion et le taux de mortalité, selon les territoires des CIUSSS de l’île.

Au début d’avril, selon les premières données recueillies et la couverture journalistique correspondante, il semblait que la population du centre ouest et de l’ouest de l’île de Montréal avait été plus atteinte par la pandémie que les autres territoires de Montréal. La contagion communautaire à Côte-Saint-Luc et le cauchemar des 43 décès au CHSLD privé non conventionné Herron à Dorval en faisaient foi.

Or, la situation générale de la pandémie s’est complètement inversée depuis le milieu d’avril jusqu’au 31 août. La prospérité des villes de l’ouest et du centre ouest ainsi que l’abondance des ressources financières et privées des deux CIUSSS anglophones ont permis de renverser les premières tendances du début de la pandémie à l’ouest, tel qu’illustré dans le tableau V.

Tableau V

Comparaison entre les différents territoires des cinq CIUSSS de l’île de Montréal en ce qui regarde le nombre de décès et le taux de contagion communautaire cumulés en fonction de leur part dans la population sur l’île de Montréal au 31 août 2020

CIUSSS

Nombre de morts

% Taux

% Taux de contagion

Écart populations mortalité et contagion*

% de la part de la population à Montréal

Mortalité par 100 000

personnes

Nord

829

24,1

25,4

+2,2

+3,5

21,9

184,3

Est

994

28,9

31,6

+2,6

+5,3

26,3

185,1

Centre-sud

532

15,5

13,4

+0,4

-1,7

15,1

162,4

Centre-Ouest

492

14,3

16,0

-4,0

-2.3

18,3

130,5

Ouest

595

17,3

13,7

-1,1

-4,7

18,4

159,0

non répartis

30

         

Total

3472

       

168.1

* Écart total en % entre des populations respectives et le taux de mortalité et celui de la contagion

Globalement, au 31 août 2020, les trois CIUSSS du Nord, du Centre-Sud et de l’Est ont un taux cumulatif de mortalité de + 5,2 proportionnellement à leurs populations. De leur côté, les deux CIUSSS anglophones ont un taux cumulatif de mortalité -5,1. Au total, l’écart général est de 10,3 points. Cet écart est confirmé puisque le taux de mortalité pour 100 000 personnes est plus important dans les territoires de l’est, du nord et du Centre-Sud, soit 185,1, 184,3 et 162,4, par rapport au taux observé sur les territoires du centre ouest (130,5) et de l’ouest (159,0).

En ce qui regarde la répartition des cas de contamination entre les différents territoires des cinq CIUSSS, la situation est aussi à l’avantage des deux CIUSSS de l’ouest et ce bénéfice est supérieur à celui des décès. Au 31 août, les trois CIUSSS ont un taux cumulatif de contamination de + 7,1 alors que les deux CIUSSS de l’ouest ont un taux cumulatif de contagion de - 7,0 points, soit un écart global de 14,1 points. Les territoires des deux CIUSSS de l’ouest présentent un taux de contagion communautaire beaucoup plus faible que celui des territoires des trois autres CIUSSS.

Ces données du 31 août sur le taux de contamination et le taux de mortalité confirment les tendances observées le 6 mai 2020. L’écart qui avantage les deux CIUSSS anglophones passe de 11,7 à 14,1 pour le taux de contagion communautaire et de 9,1 à 10,3 en ce qui concerne le taux de mortalité.

Plusieurs villes prospères de l’ouest (Baie-d’Urfé, Beaconsfield, Dollard-des-Ormeaux, Kirkland, Pierrefonds–Roxboro, Sainte-Anne-de-Bellevue, Pointe-Claire et Senneville) et du centre ouest (Hampstead, Mont-Royal, Montréal-Ouest et Westmount) présentent un taux d’infection minimal, par conséquent aucune transmission communautaire ou très peu.

La situation est aux antipodes dans le nord et l’est de l’île de Montréal. À partir de mai, les cas de contagion à la COVID-19 explosent dans des secteurs comme Ahuntsic-Cartierville, Montréal-Nord, Saint-Michel, Rivière-des-Prairies et Pointe-aux-Trembles ; Mylène Drouin, directrice régionale de la Santé publique pour la région de Montréal, semble incapable de remplir son premier mandat : reconnaître les possibles explosions de cas dans l’ensemble de l’île de Montréal. Certains membres de la communauté haïtienne ont dénoncé le fait que la DRSPM était seulement en mode réactif. C’est seulement le 2 mai que la DRSPM va commencer à tester la population de Montréal-Nord alors que cette contagion communautaire était évidente dès le 26 avril. Dans les territoires du centre ouest et de l’ouest, les zones de contagion restent les mêmes qu’au début de la pandémie (Côte-Saint-Luc, LaSalle, Lachine et Parc-Extension). En somme, depuis au moins le mois de mai jusqu’au 31 août, ce sont les territoires du nord et de l’est qui connaissent le taux de propagation de la COVID-19 le plus rapide. Encore là, la réforme Barrette a facilité la tâche de la communauté anglophone dans son combat contre la pandémie puisque ses zones de transmission ont toujours été limitées, ce qui facilitait l’envoi de personnel sociosanitaire dans ses CHSLD publics et privés, conventionnés ou non.

Comment le contexte a-t-il évolué entre le 31 août 2020 et le 31 janvier 2021 ?

Tableau VI

Comparaison entre les différents territoires des cinq CIUSSS de l’île de Montréal en ce qui regarde le nombre de décès, le taux de mortalité et le taux de contagion communautaire cumulés en fonction de leur part dans la population sur l’île de Montréal au 31 janvier 2021

CIUSSS

Nombre de morts

Taux

Taux de contagion

Écarts mortalité contagion population

 

Mortalité par 100 000 individus

Nord

985

22,9

25,2

+1,0

+3,3

21,9

218,9

Est

1 220

28,4

30,6

+2,1

+4,3

26,3

227,2

Centre-sud

613

14,2

11,4

-0,9

-3,7

15,1

187,2

Centre-Ouest

663

15,4

17,8

-2,9

-0,5

18,3

175,8

Ouest

823

19,1

15,1

+0,7

-3,3

18,4

220,0

Total

4304

         

Non répartis

23

         

Total

4 327

       

209,5

* Écarts entre le % et le taux de mortalité et celui de la contagion en fonction de la part de la population sur l’île de Montréal

Si l’avantage des deux CIUSSS anglophones se poursuit avec un moindre écart, surtout dans le cas des taux de mortalité dans l’ouest et le centre ouest, le secteur francophone – surtout à l’est et au nord – demeure le plus problématique. La zone du Centre-Sud connaît un répit et la contagion communautaire diminue de façon appréciable sur son territoire. Nous expliquerons les raisons à la base des nouvelles variations dans l’évolution du taux de contagion communautaire et de mortalité.

Globalement, au 31 janvier 2021, les trois territoires des CIUSSS francophones maintiennent un taux de contagion plus élevé de + 3,9 en regard de celui des territoires des deux CIUSSS anglophones qui s’établit à -3,8. L’écart global est donc de 7,7 soit un écart moindre qu’au 31 août 2020. Ce resserrement s’explique par deux principaux facteurs. D’une part, sur les territoires de l’ouest, le taux de contagion n’a jamais diminué, mais, au contraire, a continué de progresser graduellement, passant de 16 % à 17,8 % dans le centre ouest de l’île. La ville de Côte-St-Luc (foyer principal) constitue le principal pôle de cet accroissement. Sur le territoire de l’ouest, le taux cumulé de contagion a crû moins fortement ; l’arrondissement de LaSalle est le seul, avec la ville de Côte-Saint-Luc à avoir franchi le taux cumulatif de 5 000 cas de contamination pour 100 000 personnes depuis le début de la pandémie10. D’autre part, en utilisant le même indicateur, nous découvrons que les quartiers chauds sont situés majoritairement dans l’est et le nord de l’île : Ahuntsic-Cartierville, Montréal-Nord, Anjou, Rivière-des-Prairies, Pointe-aux-Trembles, Saint-Léonard, Villeray–Parc-Extension et Saint-Michel. Dans ce dernier cas, Villeray appartient au CIUSSS du Nord, Saint-Michel est sur le territoire du CIUSSS de l’Est et Parc-Extension est situé sur le territoire du CIUSSS du Centre-Ouest.

Finalement, entre le 31 août et le 31 janvier 2021, l’évolution du taux de mortalité est marquée par d’autres mutations. Les territoires des deux CIUSSS anglophones sont encore avantagés par un taux de mortalité moins élevé que ceux des trois CIUSSS. Globalement, les trois CIUSSS francophones montrent un excédent de décès de +2,2 alors que les deux CIUSSS anglophones accusent un taux de mortalité de -2,2 en fonction de leur proportion de la population sur l’île de Montréal. L’écart global est donc de 4,4 en faveur des territoires anglophones. Comme nous l’avons vu plus haut, le nombre absolu de morts dans la deuxième phase est de 845 personnes, et ne représente qu’une part infime du nombre de décès pendant toute la pandémie sur l’île de Montréal, soit 19,6 %.

L’augmentation des morts dans les territoires de l’ouest est due principalement à une croissance continue de la contagion communautaire et des éclosions qui se traduisent finalement par des décès dans plusieurs CHSLD et RPA situés majoritairement dans le centre ouest et l’ouest de l’île. Nous avons nommé plus haut les CHSLD et des RPA les plus atteints. Nous devons ajouter d’autres éclosions et d’autres décès : l’hôpital Sainte-Anne transformé en CHSLD public (7), le CHSLD public Réal-Morel (6), le CHSLD public Father Dowd (5), le CHSLD public Les Bâtisseurs (6) le CHSLD privé conventionné Bussy (5), le CHSLD privé non conventionné Waldorf (3) le CHSLD privé non conventionné les Floralies Lachine (6), le CHSLD privé non conventionné Belle-Rive (8), la RPA Château Dollard (8), la RPA St-Raphaël (7), la RPA Manoir St-Joseph (5), la RPA Manoir d’Outremont (5), la RPA Sunrise de Beaconsfield (8) et la RPA Cavalier Lasalle (7).

Avant d’observer l’évolution de la pandémie dans les milieux d’hébergement pour les personnes âgées vulnérables, examinons le nombre de morts selon le critère des territoires sur l’île de Montréal :

  • Au 31 janvier 2021, nous dénombrons 845 décès sur l’île de Montréal. Sur les territoires de l’est, du nord et du centre-sud, nous calculons la proportion des décès à 53,1 % alors que celle des territoires du centre-ouest et de l’ouest est de 46,9 %.
  • En nombres absolus, le territoire de l’ouest arrive au premier rang avec 228 décès, suivi de celui de l’est avec 222 et du centre ouest avec 168. Finalement, nous évaluons à 147 les personnes décédées dans le nord et à 80 celles décédées dans le centre-sud sur l’île de Montréal.

Les tableaux VII et VIII indiquent les principales caractéristiques qui marquent l’évolution des décès dans les CHSLD sur l’île de Montréal. En mars 2020, 13 382 personnes vivaient dans des CHSLD publics, privés conventionnés et privés non conventionnés. De ce nombre, 18,9 % sont décédés en date du 31 août 2020, soit environ 2 527 aînés. Au 31 janvier 2021, 2 808 aînés hébergés étaient décédés, soit maintenant 21,0 %.

Pendant cette deuxième phase toujours présente, entre le 1er septembre et le 31 janvier 2021, cette vague s’étend fortement vers des régions autres que Montréal. La Capitale nationale et Chaudière-Appalaches sont devenues l’épicentre de la pandémie et les morts dans les RPA prennent une part plus importante que lors de la première vague à Montréal. Il reste que l’île de Montréal vit encore une situation précaire, surtout marquée par la contagion communautaire. Voici les principales constatations que nous observons :

  • Le nombre de décès dans les CHSLD correspond à 33,8 % de tous les décès sur l’île pendant la deuxième vague. Cette proportion est en forte baisse par rapport à la première vague (72,8 %).
  • Sur l’île de Montréal au 31 janvier 2021, parmi les aînés décédés de la COVID-19 dans les CHSLD, 69,9 % habitent dans un CHSLD public, 22,7 % dans un CHSLD privé conventionné et 7,4 % dans un CHSLD privé non conventionné. Le tableau VII démontre clairement un surnombre de décès dans les CHSLD privés conventionnés (21,7 %) et les CHSLD privés non conventionnés (23,9 %) par rapport à la moyenne générale (21 %). Parmi les CHSLD publics, ce sont ceux du nord de Montréal qui ont le taux de mortalité le plus élevé (24,9 %), alors que ceux du centre-ouest détiennent le taux le plus faible (15,4 %). La grande majorité des décès dans les CHSLD privés non conventionnés ont eu lieu sur les territoires des deux CIUSSS anglophones, principalement celui de l’ouest avec 164 décès sur 558 résidents (29,4 %).

    Tableau VII

    Taux de mortalité cumulé au 31 janvier 2021 inclus de la COVID-19 sur les territoires des cinq CIUSSS de l’île de Montréal selon les CHSLD publics, privés conventionnés et privés non conventionnés

    CIUSSS

    Nombre de résidents en CHSLD publics et nombre absolu de décès

    %

    Nombre de résidents

    CHSLD privés conv et nombre absolu de décès

    %

    total

    %

    Nombre CHSLD privés non conv. et nombre absolu de décès

    %

    total

    du Nord de l’île

    438 sur

    1 759

    24,9

    204 sur 876

    23,3

    642 sur

    2 635

    24,4

    0 sur 31

    0

    642 sur 2 666

    24,1 %

    du Centre-Sud de l’île

    524 sur

    2 708

    19,4

    0

    0

    524 sur 2 704

    19,4

    0

     

    524 sur 2704

    19.4 %

    de l’Est de l’île

    492 sur

    2 359

    20,88

    204 sur

    981

    20,8

    696 sur

    3 340

    20,8

    24 sur 144

    16,7

    720 sur 3 484

    20,7 %

    du Centre-Ouest de l’île

    180 sur

    1168

    15,4

    127 sur 734

    17,3

    307 sur 1 902

    16,1

    19 sur

    132

    14,4

    326 sur 2034

    16,0 %

    de l’Ouest de l’île

    329 sur

    1 580

    20,8

    103 sur 352

    29,3

    432 sur 1 932

    22,4

    164 sur

    558

    29,4

    596 sur

    2 490

    23,9 %

    total

    1 963 sur

    9 574

    20,5

    638 sur

    2 943

    21,7

    2 601 sur 12 517

    20,8

    207 sur

    865

    23,9

    2 808

    13 382

    21,0 %

    Tableau VIII

    Tableau du nombre de décès et du taux de mortalité des personnes en fonction du nombre de résidents dans les CHSLD, selon le territoire des deux CIUSSS (centre-ouest et ouest) et des trois CIUSSS (nord, est et Centre-Sud), entre 31 août 2020 et le 31 janvier 2021 sur l’île de Montréal

    CHSLD publics

    Mars au 31 août

    1er sept au 31 janv.

    451 + 58 = 509

    2 748

    16,4

    18,5

    1 337 + 118 = 1 454

    6 826

    19,6

    21,3

    CHSLD privés conventionnés

    Mars au 31 août

    1er sept au 31 janv.

    227+3 = 230

    1 086

    20,921,2

    367 + 41 = 408

    1 857

    19,8

    22,0

    CHSLD privés non conventionnés

    Mars au 31 août

    1er sept au 31 jan.

    119 + 64= 183

    690

    17,2

    26,8

    13

    11

    24

    144

    9,0

    16,7

    Décès CHLSD anglophones

    Avant le 31 août inclus

    Après le 1er sept. au 11 janv. 2021

    Total

    % de décès sur le nombre de résidents : 4 524

    797

    125

    922

    20,4

    Décès CHLSD francophones

    Avant le 31 août inclus

    Après le 1ier sept. au 11 janv. 2021

    Total

    % de décès sur le nombre de résidents : 8 827

    1 717

    170

    1 887

    21,4

    Conclusion en forme de réflexion politique

    Tous les spécialistes annonçaient une deuxième vague que les régions du Québec (autres que l’île de Montréal et sa périphérie) ont pensé éviter. Les enseignements et les pratiques de prévention ne semblent pas avoir été transmis par les autorités sanitaires nationales et le gouvernement Legault. Lors de la seconde vague, entre le 1er septembre 2020 et le 31 janvier 2021, la région de la Capitale nationale rapportait un nombre de décès dus à la COVID-19 comparable à celui de l’île de Montréal. Il est évident que la DNSPQ et les autorités gouvernementales n’ont pas réussi à mettre en place des mesures sanitaires suffisantes et à remettre à niveau toutes les régions du Québec. C’est une erreur fatale, puisqu’aujourd’hui le gouvernement a ordonné un couvre-feu national. Cette mise à niveau imparfaite, qui aurait dû se faire pendant les trois mois d’accalmie de juillet, août et septembre, semble illustrer un manque de coordination entre les régions, dont la responsabilité revient à la Direction de la santé publique du Québec.

    Le gouvernement canadien a fait pire. En plus d’autoriser l’entrée des voyageurs internationaux par les principaux aéroports du Québec, il a décidé de maintenir la possibilité de faire des voyages non essentiels. Ces décisions sont illogiques quand tout le Québec est sous couvre-feu. Nous avons vu que la compagnie Air Canada continue à promouvoir les vacances dans le sud. Or, la surveillance de la quarantaine obligatoire nous apparaît impossible au Canada puisque le gouvernement fédéral ne met pas en place les mesures de surveillance adéquates pour un tel suivi. Devant cette situation, il faut interdire les voyages non essentiels aussi longtemps que la contagion ne baissera pas à moins de 10 cas de contagion par jour au Québec. Selon Radio-Canada, du 25 mars au 31 août 202011 plus de 1,4 million de voyageurs sont entrés ou sortis par les aéroports du Canada. Il faut y ajouter un autre million de voyageurs entre le 1er septembre 2020 et le 31 janvier 2021.

    En novembre et en décembre 2020, les médias et les politiciens avançaient l’idée qu’environ 2 % seulement des voyageurs internationaux présentaient une contamination12 à la COVID 19 et que, par conséquent, ils ne représentaient pas une menace sanitaire. Depuis janvier 2021, le discours se modifie. Avec l’arrivée de nouveaux variants de la COVID-19 et l’approche de la semaine de relâche scolaire, plusieurs scientifiques demandent un blocage des voyages non essentiels. Le gouvernement Legault a repris cette exigence et le gouvernement Trudeau a pris finalement une décision tardive de bloquer des voyages internationaux dans les Caraïbes et au Mexique, mais pas aux États-Unis, pays de la planète le plus durement touché par la pandémie ! Quant à la quarantaine des voyageurs internationaux qui entrent au pays, ils devront passer minimalement trois jours dans un hôtel et le quitter si leur test à la COVID-19 s’avère négatif. C’est de l’improvisation maladroite que le premier ministre François Legault se sent obligé d’applaudir.

    Cet exemple démontre la faiblesse du gouvernement provincial qui ne veut pas ou ne peut pas transgresser la primauté du pouvoir fédéral sur les questions touchant les frontières. Au nom des libertés individuelles et des intérêts des compagnies de transport aérien, le gouvernement libéral est réticent à poser un geste fort pour mieux protéger sa population.

    Si le gouvernement Trudeau commet sciemment des erreurs et laisse la situation se prolonger, le comportement du gouvernement Legault est également fautif dans sa gestion de la pandémie. Nous avons mentionné le manque de coordination des autorités pour mettre à niveau toutes les régions du Québec afin qu’elles adoptent un même plan stratégique de prévention et de soins contre la COVID-19. De plus, le gouvernement Legault a laissé les RPA agir à leur guise sans leur imposer un plancher d’emplois sociosanitaires en fonction du vieillissement de leur clientèle. Au cours de cette deuxième vague, les RPA sont toujours démunies et leur proportion de décès dans les milieux fermés a de beaucoup augmenté entre la première et deuxième vague. Pour le Québec, cette proportion passe de 20,1 % à 40,1 %. Au moment de la tragédie du CHSLD Herron en avril 2020, le gouvernement Legault avait mentionné la possibilité de nationaliser les CHSLD non conventionnés ; rien n’a été fait sur cette question et les décès s’accumulent dans ces établissements lors de la deuxième vague.

    Le gouvernement Legault a aussi tendance à jouer avec les statistiques surtout lors de la deuxième phase afin de se donner une belle image. Sur son site web sur la COVID-19, les tableaux quotidiens intitulés « État de situation des cas actifs et des décès par CHSLD en date du 31 janvier 2021 » et « État de situation des cas actifs et des décès par RPA en date du 31 janvier 2021 » ont subi des modifications importantes à partir du 1er septembre. D’une part, chaque CHSLD et chaque RPA s’est trouvé à repartir à zéro pour comptabiliser le nombre de contaminations et de décès. Les contagions et les morts de la première vague sont oubliés. D’autre part, les CHSLD et les RPA qui se retrouvent sur ces listes ne présentent que des cas actifs de la COVID-19 et des décès dus à une éclosion ; l’installation disparaîtra du tableau lorsqu’il n’y aura plus de cas actifs. Si un mois plus tard, une nouvelle éclosion et des décès se déclarent, tout recommence à zéro. On oublie une nouvelle fois les personnes contaminées et les morts dus à la première éclosion. Pendant la deuxième vague, ce nouveau procédé permet au gouvernement de cacher le nombre cumulatif d’éclosions, de personnes contaminées et de décès pour chaque CHSLD et chaque RPA.

    Malgré cette volonté de contrôler l’information, le gouvernement Legault fait face à de réels problèmes et tente d’y remédier. Par exemple, le manque flagrant de préposées aux bénéficiaires et leur salaire insuffisant ont obligé le gouvernement à mettre en place un cours accéléré de formation de préposés aux bénéficiaires et à relever leur salaire. Au mois de janvier 2021, on avait ainsi formé plus de 9 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires.

    Avec le premier ministre Justin Trudeau, nous sommes dans un autre registre plutôt abstrait et chimérique. Le gouvernement canadien avec la « Prestation canadienne d’urgence (PCU) » a distribué des milliards de dollars, un peu à gauche et à droite, sans examiner les effets à court et moyen terme. Face à des problèmes concrets et complexes, Justin Trudeau semble incapable d’apporter des solutions réalistes. Je pense ici à son retard à fermer les aéroports du Canada au mois de mars et à sa difficulté de bloquer tous les voyages internationaux non essentiels, surtout avec l’arrivée de nouveaux variants de la COVID-19. Ces solutions semblent souvent des compromis bancals – interdiction des voyages vers le Mexique et les Caraïbes, mais pas aux États-Unis, pays présentant le plus grand nombre de décès et la plus grande contagion communautaire, quarantaine minimale dans des hôtels…

    Les ministres du cabinet ont réussi à arracher ces mesures à un premier ministre entêté, guidé par son idéologie mondialiste et multiculturelle associée à sa vision simpliste de la primauté des droits individuels sur les droits collectifs. L’incurie du gouvernement canadien s’amplifie avec une campagne de vaccination très lente et des personnes âgées qui ne seront pas immunisées avant plusieurs mois. Toutes ces questions relèvent du gouvernement canadien qui donnait des leçons aux gouvernements provinciaux sur la gestion des CHSLD, soulignant que des normes canadiennes devraient être imposées aux provinces. Clairement, le gouvernement Trudeau fait de la rhétorique au lieu de mettre de l’avant des solutions concrètes. D’autres gouvernements ont pris des mesures draconiennes pour contrer cette pandémie.

    Par exemple, depuis juillet 2020, le gouvernement australien, dirigé par une coalition formée des principaux partis de centre-droite et mené par le conservateur Scott Morrisson, a imposé des mesures drastiques pour décourager les voyages internationaux. Il a permis à l’État de Victoria de mettre en place un couvre-feu et une véritable quarantaine (14 jours) pour les voyageurs qui entraient par les aéroports. Ces voyageurs étaient amenés dans des hôtels désignés et payaient leur quarantaine sous la surveillance de l’armée australienne. Au milieu de juillet 2020, l’état de Victoria enregistrait quotidiennement plus de 500 nouvelles contaminations de la COVID-19. Après sept semaines, l’Australie a mis fin à la contagion communautaire. Entre septembre 2020 et janvier 2021, ce pays enregistre en moyenne, dix contaminations quotidiennes pour une population de plus de vingt-cinq millions d’habitants13.

    Le peu d’empressement du gouvernement Trudeau à adopter de telles mesures et la passivité du gouvernement Legault nous démontrent les limites de la fédération canadienne et la camisole de force que le gouvernement Legault accepte d’enfiler pour sauvegarder son virage canadien qui, selon lui, servirait mieux les intérêts du peuple québécois. La pandémie et sa gestion démontrent que les petits pays occidentaux qui n’adoptent pas pleinement ce discours mondialiste, dans lequel nous retrouvons aussi la pensée multiculturaliste, s’en sortent beaucoup mieux. Actuellement, un nouveau discours émerge sur l’importance de revaloriser le concept d’État-nation et remettre en question les avantages supposés du fédéralisme. La pandémie devient une fenêtre d’opportunité pour relancer l’idée que pour un peuple, il est plus avantageux de vivre dans un état qui contrôle l’ensemble des pouvoirs.

    Lors d’une pandémie, nous voyons à la fois la nature du courage humain et aussi sa faiblesse : ruptures des conventions sociales, libération des instincts primaires dans l’inconscient collectif, manifestations individuelles d’actes héroïques. C’est dans de tels moments que nous découvrons ce que nous sommes, pour le meilleur et pour le pire. Ayons la sagesse de nous rappeler ce qui nous a sauvé pour continuer la vie, en laissant la rhétorique de côté et en gardant la vérité à l’esprit.

    Dans ce moment sombre de notre histoire nationale, y a-t-il un nouvel espoir de faire comprendre aux Québécois, que le maître chez nous, est la solution à ce désastre national ? Onze mois de pandémie, des centaines de milliers de Québécois meurtris par des décisions hors de leur contrôle, des milliers de morts qui s’accumulent, tous ces éléments qui touchent notre santé physique et mentale vont-ils aboutir à une véritable prise de conscience du fait que notre destin doit nous appartenir et qu’il ne faut pas laisser aux autres le pouvoir de dicter notre avenir ?


  • 1 Sans vouloir faire un débat sur le nombre et le taux de mortalité au Québec, nos données diffèrent de celles de l’INSPQ essentiellement sur le nombre de décès survenus dans tous les CHSLD du Québec. Cet écart en ce qui concerne les CHSLD, s’explique surtout par notre choix de placer les décès dans les RI surtout dans les CHSLD. Ce choix nous apparaissait plus adéquat, car les statistiques concernant les décès dans les RI étaient peu fiables, variant d’une semaine à l’autre.

    2 Décret 990-2020, 30 juin 2020, GAZETTE OFFICIELLE DU QUÉBEC, 22 juillet 2020, 152e année, no 30, partie 2, p.3108

    3 Décret 1289 – 2019), 18 décembre 2019, GAZETTE OFFICIELLE DU QUÉBEC, 8 janvier 2020, 152e année, no 2, p. 155. Rappelons immédiatement la redistribution inéquitable des arrondissement et des ville dans les territoires respectifs des cinq CIUSSS sur l’île de Montréal, découpage illégitime qui avantage les deux CIUSSS anglophones tant sur le nombre inférieur d’usagers, leur niveau supérieur du revenu familial à la moyenne montréalaise, leur cohésion plus consistante et leur situation sociosanitaire plus stable et moins affectée par des problèmes aigus de santé chronique et des problèmes sociaux-économiques.

    4 Nous retrouvons ces données sur le taux de mortalité dans le tableau appelé Décès selon certains pays sélectionnés, sur le site web de l’INSPQ.

    5 Archambault, Jean, « La réforme Barrette et la pandémie sur l’île de Montréal », L’Action nationale, avril-mai 2020.

    6 Archambault, Jean, « La réforme Barrette et ses conséquences », L’Action nationale, Février 2018 (Vol CVIII, no 2, p. 11-21)

    7 Selon les statistiques de 2019, les CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal et du Nord-de-l’Île-de-Montréal ont respectivement les territoires les plus populeux : 535 600 habitants (26,3 % de la population) et 445 600 résidents (21,9 % de la population). Ensemble, ils s’occupent de près de la moitié de la population montréalaise, soit 981 200 résidents. La très grande majorité de la population de ces deux CIUSSS est composée de citoyens francophones et de ceux issus des communautés ethniques. Le CIUSSS du Nord gère des populations très hétérogènes de Montréal-Nord à ville Saint-Laurent en passant par Ahuntsic jusqu’à la Petite Patrie. Il faut ajouter le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal qui compte 308 000 résidants (15,1 %). Ce CIUSSS a des quartiers très défavorisés, avec un pourcentage important de familles monoparentales et d’aînés pauvres. Du côté de la communauté anglophone, le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal englobe un territoire habité par 374 400 personnes (18,4 %) de la population), dont font partie les villes de Pointe-Claire, Dollard-Des-Ormeaux, Beaconsfield, Kirkland, Dorval, Ste-Anne-de-Bellevue, Baie-d’Urfé et Senneville. Ces villes prospères comptent 41,5 % des citoyens sur le territoire du CIUSSS. Les arrondissements LaSalle, Lachine, Pierrefonds-Roxboro et L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève ajoutent à ces villes, 219 025 résidents. Finalement, les anglophones gèrent aussi le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal qui occupe un territoire dont la population est de 371 500 personnes (18,3 %). Près de 30 % des habitants sur son territoire vivent dans les villes de Hampstead, Côte-Saint-Luc, Montréal-Ouest, Westmount, Outremont et Mont-Royal, avec des revenus au-dessus de la moyenne de l’ensemble des villes sur l’île de Montréal. Ce CIUSSS donne des services aussi aux résidents de l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, du quartier Parc-Extension et d’une partie de l’arrondissement Ville-Marie.

    8 Voir le dossier « Saisir la crise » dans L’Action nationale, avril-mai 2020, Vol CX, nos 4-5

    9 Archambault Jean, « Les aînés vulnérables sur l’île de Montréal : bilan et perspectives au temps de la pandémie et au début d’une d’un boom démographique des aînés », 2020, 37 p. (document non publié).

    10 Site web de la Direction de la santé publique de Montréal, « État de la situation – Île de Montréal et ses arrondissements et les villes liées », 19 janvier 2021

    11 Site web de Radio-Canada, <1,4 million de voyageurs aériens malgré les restrictions à la frontière entre mars et 31 août>, 30 août 2020.

    12 Site web de Radio-Canada, Marie-Michèle Lauzon, « Québec met de la pression sur Ottawa pour serrer la vis des voyageurs », 29 décembre 2020

    13 Tony Blakely, Nick Wilson and Mark Stevenson, «The probability of the 6-week lockdown in Victoria (commencing 9 July 2020) achieving elimination of community transmission of SARS-CoV-2», The Medical Journal of Australia, septembre 2020, site web

     

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