Novembre 2017

Vol. CXII, no 9

Éditorial - Les premières leçons

2017novembre250Le Québec n’est pas la Catalogne, c’est une évidence qu’il faut rappeler. Par respect pour nos deux peuples et nos deux pays, certes. Mais par sagesse politique également. En effet, les adversaires et les détracteurs de notre quête ne manqueront pas de faire des amalgames – quel mot galvaudé ! – qui viseront à utiliser les travers et revers de l’un pour discréditer les forces de l’autre. Il y a donc lieu de pratiquer une vigilance critique essentielle. C’est ce qui motive ce premier dossier.

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50 ans des cégeps. Le retour du bilinguisme colonial?

Professeur de philosophie au cégep, ancien chargé de cours de sciences politiques (UQAM), auteur de Dans la classe, Liber, 2012.

Depuis la rentrée 2016, les médias affirment que de plus en plus d’étudiants francophones choisissent de poursuivre leurs études dans un cégep anglophone 1. Plusieurs cégeps francophones du Québec ont l’intention d’introduire l’anglais dans l’enseignement, afin de contrecarrer la perte de « clientèle » qu’ils subiraient à la faveur des cégeps anglophones. Certains, comme Bois-de-Boulogne2, fonctionnent par alliance avec des cégeps anglophones, alors que d’autres, le Cégep de Sainte-Foy3 et possiblement le Collège de Maisonneuve (c’est en discussion au moment d’écrire ces lignes), pensent introduire l’anglais dans l’enseignement de l’institution elle-même, que ce soit en changeant le statut du français dans l’institution (Sainte-Foy) ou en introduisant, pour certains programmes, une préparation à l’examen ministériel d’anglais, avec une spécialisation en anglais pour les disciplines concernées. Sont visés particulièrement les programmes en sciences de la nature, mais pas seulement : le Cégep de Saint-Laurent offre maintenant, outre un DEC bilingue en sciences de la nature, un DEC en sciences humaines dont une partie se fait en anglais, en lien avec le collège Vanier4.

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Le droit des peuples autochtones et l’indépendance du Québec

L'auteur est avocat constitutionnaliste

En septembre-octobre 2017, des déclarations lourdes de conséquences ont été effectuées par des hommes politiques relativement aux droits autochtones et au territoire du Québec. Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a déclaré qu’advenant l’indépendance du Québec, les nations autochtones pourraient invoquer leur droit à l’autodétermination pour obtenir la partition de la moitié du Québec. Un député de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a affirmé que les nations autochtones pourraient quitter le Québec. Le programme de son parti indique qu’il faudrait remplacer la notion d’intégrité territoriale du Québec par une autre, non précisée, qui laisserait s’exercer le droit à l’autodétermination des Autochtones. Et l’entente de principe en vue de la fusion entre Québec solidaire et Option nationale reconnaît la souveraineté autochtone. Enfin, le maire de Montréal, Denis Coderre, est d’avis que le territoire de Montréal est un territoire mohawk non cédé.

Ces déclarations laissent perplexe une grande partie de la population du Québec et créent de la confusion. 

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Contrer l’indépendantisme catalan : les trois phases de la réaction espagnole

Le 6 septembre 2017, le gouvernement catalan annonçait après des mois de préparation que se tiendrait un référendum sur l’indépendance de la Catalogne le 1er octobre de la même année. Depuis, un conflit ouvert oppose la coalition indépendantiste au pouvoir à Barcelone, menée par le président Carles Puigdemont du Parti démocratique de Catalogne (PdeCAT), au gouvernement espagnol commandé par Mariano Rajoy du Parti populaire (PP). Cette crise politique marque l’aboutissement d’une décennie marquée par une vive montée des tensions entre les Catalans, désireux d’obtenir davantage de pouvoirs économiques et de reconnaissance symbolique, et une Espagne qui leur a systématiquement refusé toute concession.

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La répression légalisée contre la souveraineté du peuple catalan

Professeur, ancien député et ministre, membre fondateur des OUI Québec.

De retour de Catalogne depuis le référendum du 1er octobre, j’ai suivi avec passion l’évolution de la lutte pour la démocratie qui se joue entre le gouvernement indépendantiste catalan et le gouvernement espagnol. Au moment d’écrire ces lignes, le Parlement catalan vient de déclarer l’indépendance et la mise en route du processus constituant la République de Catalogne. La riposte ne s’est pas fait attendre, le Sénat espagnol, sous la recommandation du gouvernement Rajoy, a autorisé celui-ci à mettre en œuvre l’article 155 de la Constitution qui lui permet de destituer le président catalan, de suspendre l’autonomie catalane, et de dissoudre le parlement de la région. Une procédure judiciaire a même été enclenchée contre le président catalan Carles Puigdemont pour « rébellion » par laquelle il risque un maximum de 30 ans de prison.

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