Articles de Septembre 2020

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Le confinement du français dans l’enseignement supérieur au Québec

Marc Chevrier - avatar Marc Chevrier > Cégeps 101

En cette période dite de « déconfinement » incertain, où l’apparent retour à la vie normale après plusieurs mois de réclusion abat une après l’autre les barrières érigées contre la pandémie de la COVID-19, subsiste une réalité, typique de ce coin d’Amérique, qui risque de rester longtemps confinée : la langue. Cette chère langue française, proclamée officielle depuis la loi 22 de Robert Bourassa adoptée en 1974, interminablement l’objet des soins et des corrections du législateur et des tribunaux. Mais pourquoi donc, après tous les débats que la protection de cette langue a suscités au Québec, serait-elle « confinée » ? C’est que, lorsqu’on regarde le traitement que le législateur québécois lui réserve, il est bavard pour certaines choses, et soudainement muet pour d’autres, au point qu’elle devient invisible, comme ces enfants illégitimes que l’on cachait jadis dans les familles et dont on taisait l’existence par toutes sortes de simagrées et des soupirs profonds.

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Martine Ouellet. Horizon 2030

Daniel Gomez - avatar Daniel Gomez > Comptes rendus de Septembre 2020

Martine OuelletHorizon2030. Choisir un Québec climato-économiqueMontréal, Québec Amérique, 2019, 117 pages Martine Ouellet est ingénieure. Elle a œuvré chez Hydro-Québec en efficacité énergétique et a été députée du Parti québécois et ministre des Ressources naturelles. On peut sans risque la qualifier de « grosse pointure » en ce qui concerne le développement écologique. C’est aussi une fervente militante écologiste pour qui il ne fait pas de doute qu’Il y a urgence en la matière ; mais pour que le Québec puisse faire pleinement face à cette urgence, il est impératif qu’il fasse son indépendance.

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Confinement et indépendance

Rémi Villemure - avatar Rémi Villemure > Septembre 2020

Au tout début du tome 1 de Mes Mémoires (1878-1920), Lionel Groulx évoque l’enfance, qui fut la sienne, de façon merveilleuse. Élevé sur une petite ferme de la région de la Montérégie, celui qui deviendrait un jour l’intellectuel québécois le plus influent de la première moitié du XXe siècle se disait, dès son plus jeune âge, « prisonnier joyeux de son petit horizon ». Jusqu’à tout récemment, la formule empruntait à l’oxymore ses lettres de noblesse. Si elle prenait tout son sens au fil de la découverte de l’œuvre du chanoine, elle avait tout de même de quoi perturber le jeune lecteur de cette vaste composition. Puis, les temps ont changé.

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Liberté. 60 ans de luttes et d’idées

Alexis Tétreault - avatar Alexis Tétreault > Comptes rendus de Septembre 2020

Liberté60 ans de luttes et d’idées. La déroute des hérosMontréal, no 326 (hiver 2020) Pour qu’adviennent un raisonnement aiguisé et une pensée bien structurée, nous dit Alain Finkielkraut, il faut arriver à penser contre soi-même. C’est, on imagine, avec cette intention que les collaborateurs de la revue Liberté ont abordé leur dernier opus qu’ils ont nommé « 60 ans de luttes et d’idées. La déroute des héros ». Il s’agit de revisiter l’héritage de la revue et, plus généralement, l’histoire du Québec dans une perspective critique. Or, que ce soit contre soi-même, pour soi-même ou encore avec soi-même, il appert que la réflexion-tout-court n’est pas dans l’habitude desdits collaborateurs. Se penchant sur l’histoire du Québec, ils ne la méditent pas. Ils crachent leur mépris postmoderne suintant d’ingratitude sur cette histoire qu’ils ne connaissent que partiellement.

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L’idéologie intersectionnaliste et la question nationale

Michel Roche - avatar Michel Roche > Septembre 2020

L’aspiration à l’indépendance exprimée dans divers secteurs de la population ou partis politiques est perçue, chez une partie de la gauche, tantôt avec indifférence, tantôt avec méfiance ou hostilité ouverte. L’un des paradoxes de cette gauche réside dans l’étiquette d’« identitaire » qu’elle inflige sans nuances aux indépendantistes tout en valorisant les multiples identités minoritaires.

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La question corse entre autonomie et indépendance

Thierry Dominici - avatar Thierry Dominici > Septembre 2020

La Corse, île du Mare Nostrum de moins de 9000 km2 et d’environ 360 000 habitants, a adhéré très tôt à l’esprit de la République française (le 30 novembre 1789). Pourtant, pour la majorité des Français continentaux, l’île de Beauté est un territoire où règne l’anarchie sociale, la gabegie, la vendetta et le non-droit, le clientélisme, le banditisme et les violences des indépendantistes, auxquels vient se mêler paradoxalement en surimpression le tableau d’une région à la nature préservée, paradis du vacancier en quête de repos et d’authenticité. Influencée par ces images tirées de la littérature du XIXe siècle, une grande majorité de l’opinion nationale imagine l’ensemble des insulaires (originaires et habitants de l’île) comme étant une communauté fière et fruste aux mœurs souvent belliqueuses et archaïques. Étrange perception des insulaires, alors que ce n’est qu’à partir des années 1970 que l’idée qu’il existe une « question corse » dans l’ensemble national français a été popularisée et politisée...

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Pierre Mouterde. Les impasses de la rectitude politique

David Santarossa - avatar David Santarossa > Comptes rendus de Septembre 2020

Pierre MouterdeLes impasses de la rectitude politiqueVaria, 2019, 167 pages Plusieurs essais de 2019 ont porté sur la rectitude politique. L’empire du politiquement correct de Mathieu Bock-Côté critiquait à partir d’un point de vue conservateur ce mécanisme qui distingue avant toute discussion démocratique les idées acceptables de ceux qui ne le sont pas. De l’autre côté du spectre politique, Judith Lussier dans On peut plus rien dire, évoquait que le nouveau vocabulaire propre à la gauche, loin de censurer les débats, permettait plutôt une mise à jour des combats pour l’égalité de toutes les minorités. On attendait donc un essai venant de la gauche qui se ferait critique de ce phénomène. C’est vers la fin 2019 qu’est arrivé sur les tablettes Les impasses de la rectitude politique de Pierre Mouterde. Dans cet essai, l’auteur défend l’idée selon laquelle la gauche doit reprendre à son compte la critique de la rectitude politique, car il observe que dans l’espace...

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La constitution du Québec et la monarchie

André Binette - avatar André Binette > Septembre 2020

Dans une décision qui est passée inaperçue au cours de la pandémie, la Cour suprême a refusé d’entendre l’appel d’un jugement de la Cour d’appel qui a confirmé la validité d’une loi fédérale de 2013 sur la monarchie. Cette loi avait été contestée par deux professeurs de l’Université Laval, Geneviève Motard et Patrick Taillon, pour le motif que les modifications aux règles de désignation du chef de l’État canadien étaient soumises à la Constitution canadienne et au consentement de tous les États membres de la fédération, comme en Australie. Le rejet de cette position par les tribunaux a des conséquences constitutionnelles majeures :

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Le Big Brother canadien : rapport Yale sur l’avenir des communications au Canada

Denis Monière - avatar Denis Monière > Septembre 2020

Le 29 janvier 2020, un groupe d’experts nommés en juin 2018 remettait aux ministres de l’Innovation et du Patrimoine du Canada, Navdeep Bains et Steven Gilbeault, un rapport visant à affirmer la souveraineté canadienne en matière de technologies numériques et à moderniser les lois régissant le secteur des communications au Canada. Avec la pandémie qui s’est imposée à l’ordre du jour dans les semaines qui ont suivi, ce rapport est passé sous le radar et n’a pas soulevé de débats. Il risque toutefois d’être lourd de conséquences puisqu’il touche un secteur névralgique pour le développement économique et culturel du Québec.

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Enseignement à distance : pas si nouveau que cela

Laurence St-Germain - avatar Laurence St-Germain > Septembre 2020

Au mois de mai dernier, les étudiants québécois ont appris à contrecœur que la rentrée automnale dans les universités et les cégeps se déroulerait majoritairement à distance. En tant qu’étudiante, je me désole de voir que tout ce qu’il y a de plus humain, de plus formateur, de plus enrichissant dans un enseignement en présentiel entre un maître et son élève nous soit enlevé, sans autre forme de procès, au profit d’un apprentissage numérique, et par conséquent, froid, impersonnel et solitaire. Même si le remaniement des méthodes pédagogiques provoqué par la pandémie semble inédit pour la plupart des gens, il s’inscrit en vérité dans un continuum de mesures visant à moderniser l’enseignement traditionnel par l’intégration des nouvelles technologies. En effet, il se trouve que la « révolution numérique » de l’enseignement était déjà en marche avant l’avènement de la pandémie. Cette transition vers l’apprentissage en ligne – on ne peut plus vraiment parler...

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Victor Teboul
Libérons-nous de la mentalité d’assiégé, Accent grave, 2014, 155 pages

Comme il l’affirme dès l’introduction, Victor Teboul en a contre la mentalité d’assiégé de « certains groupes ethnoculturels gagnés au multiculturalisme canadien, dont les médias de langue anglaise ne cessent de faire la promotion ».

« Comment dans ces conditions s’identifier aux luttes démocratiques des Québécois en faveur d’une société laïque et égalitaire, et ne pas se sentir assiégés ? » s’interroge-t-il. Selon lui, leur méconnaissance du Québec empêche ces groupes de s’y identifier. Tout cela, Victor Teboul le pense depuis longtemps, au moins depuis l’affaire Michaud, mais c’est le débat sur la Charte des valeurs qui l’a décidé à rassembler ses écrits dans un essai percutant.

Plusieurs des chroniques de cet essai rappellent ce qui pour lui sont des évidences à ce sujet : l’important appui dont a bénéficié la Charte dans l’opinion publique, le fait que le voile islamique nous vient de pays peu respectueux des droits et libertés, la couverture médiatique totalement inéquitable dont a fait l’objet cette Charte dans les chaînes anglophones, la tendance de certaines « victimes » de xénophobie à tenir des propos racistes anti-Québécois, etc.

Plus loin, Teboul élargit son propos à l’enjeu plus global du multiculturalisme. C’est l’occasion pour lui de dénoncer la tendance des médias à donner la parole à de prétendus porte-paroles des communautés culturelles plutôt qu’à des individus de diverses origines, tout simplement. À plusieurs reprises, il critique des groupes de pression juifs, notamment parce que lors du printemps 2012, ils ont critiqué les étudiants qui narguaient les policiers en faisant le salut nazi, tout en restant cois au moment de l’adoption de la très liberticide loi spéciale. En même temps, il fait parfois les nuances nécessaires. Par exemple, au sujet de la controverse entourant l’affiche de la pièce Le prénom où se trouvait un bébé arborant une moustache à la Hitler, il différencie le B’nai B’rith, anglophile et opposé à l’affiche, et le Centre des relations juives et israéliennes, dirigé par des Québécois francophones et qui a promu la pièce française dénonçant l’antisémitisme.

Lorsque Teboul critique le Québec français, il est aussi généralement nuancé. Ainsi, s’il évoque le manque d’immigrants à la télévision québécoise, c’est moins pour dénoncer les discriminations que pour prôner une meilleure intégration culturelle. Selon lui, la meilleure manière de favoriser l’adoption du français par les immigrants consiste à leur faire aimer nos artistes et nos auteurs, de toutes origines certes, mais qui œuvrent en français. Bref, sans employer l’expression, il prône la convergence culturelle. Teboul voit donc souvent juste, très juste, ce qui ne l’empêche pas de se tromper à l’occasion.

Outre les habituelles exagérations injustes au sujet de Lionel Groulx, qu’il reprend malheureusement, il associe Pierre Falardeau à du racisme, parce qu’il a traité David Suzuki de « japonouille » au « mépris colonialiste ». Teboul omet toutefois de relater le contexte entourant cette injure : Falardeau répondait à Suzuki qui avait craché sur le mouvement souverainiste en affirmant que Lucien Bouchard avait délaissé sa noble mission de ministre de l’Environnement pour se consacrer à une cause aussi futile que la souveraineté. Exactement le genre de propos que Teboul dénonce à pleine page dans son livre, ou du moins dans sa première partie.

La deuxième partie du livre est légèrement différente, puisqu’elle regroupe des essais plutôt que des chroniques. Ceux sur la noblesse de l’idée d’indépendance ou sur René Lévesque et les Juifs sont des plus intéressants. Celui sur Mordecai Richler est également plutôt réussi : Teboul remarque à quel point Richler était à la fois obsédé par l’antisémitisme canadien-français et silencieux sur l’antisémitisme canadien-anglais pourtant plus répandu. Dans « Pourquoi les Juifs ne s’identifient pas au Québec ? », il revient sur la culture et l’histoire, encore plus importantes au Québec qu’ailleurs pour l’intégration des immigrants.

Enfin, la dernière sous-partie du livre est consacrée à son parcours de Juif d’origine arabe tombé amoureux de la littérature québécoise. Ce parcours nous permet de mieux comprendre ses opinions exprimées précédemment… et de placer Teboul dans la même lignée qu’un Naïm Kattan, ce qui n’est pas peu dire.

Guillaume Rousseau
Professeur de droit, Université de Sherbrooke

 

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