banniereprojetmiguash

Campagne de financement 2020 de L'Action nationale

2020donsCOULEURSbannniere

L’Action nationale reçoit vos dons à titre d’organisme d’éducation politique reconnu par le gouvernement du Québec (OEP/002). Un reçu pour fins fiscales est expédié chaque année à ses donateurs.

Vous pouvez également faire votre don par la poste avec un chèque ou un numéro de carte de crédit VISA ou MasterCard en téléchargeant le formulaire ou nous appeler au 514 845‑8533 ou 866 845‑8533.

Numéro Avril - Mai 2020

Éditorial - Saisir la crise

Avril-Mai 2020 Robert Laplante - avatar Robert Laplante

À l’heure où la crise laisse voir non plus seulement des spectres, mais des ruines, qui voudrait croire qu’un virus apparu fortuitement ait pu ramener la province dans ce qu’elle a tant fait pour engourdir et ne pas voir ? Et c’est pourtant ce qui se dégage du portrait de ce qui nous attend. Le Québec paie le prix du déni de la crise de régime qu’il n’a pas voulu assumer et qu’il a tout fait pour occulter. La crise sanitaire a joué comme un révélateur, comme le font toutes les crises d’envergure. Il n’en tiendra qu’à nous, indépendantistes, d’en faire un catalyseur. Mais cela ne se fera pas par quelque vertu magique de la crise. Il n’y aura pas d’effet rédempteur à endurer toute cette souffrance. Il y aura le combat, il y aura l’abattement, il y aura le défaitisme et le goût de se soumettre. Bref, il y...

Lire la suite

Le soldat méconnu

Avril-Mai 2020 Gilles Malvaux - avatar Gilles Malvaux

Nous reproduisons cet article, paru dans la Revue des Deux Mondes (décembre 2019-janvier 2020, p. 166-172), avec l’aimable autorisation de sa rédaction. La Revue des Deux Mondes est la plus ancienne revue française toujours en activité : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/ Comme toutes les armées du monde, l’armée française a compté dans ses rangs des milliers de soldats obscurs au cours de son histoire. Mais il en est un dont on sait peu et dont on apprend beaucoup. Ce soldat est totalement méconnu de nos jours, alors qu’il bénéficiait d’une notoriété sans conteste sous l’Ancien Régime et pendant la Révolution. Il se retrouve ainsi, sous son nom de guerre – ce nom presque officiel sous lequel l’enrôlement s’effectuait – dans de nombreuses archives, mais aussi dans toute une littérature de guerre de l’époque. Ce nom a été donné à des centaines de soldats. Il était si répandu qu’on peut le considérer comme le symbole des qualités prêtées...

Lire la suite

Notre nation

Avril-Mai 2020 Christian Gagnon - avatar Christian Gagnon

On croyait entendue depuis longtemps la cause du nationalisme ethnique au Québec. Ce courant ressurgit pourtant épisodiquement, au gré de flambées d’anxiété identitaire par ailleurs fort légitimes. Après tout, la francophonie canadienne décline depuis que ce pays existe1. Oui, l’immigration internationale joue un grand rôle dans le déclin du français langue d’usage à Montréal2. Et en effet, les gouvernements Charest et Couillard ont conduit nos programmes de francisation à un fiasco total3. Faut-il pour autant chercher refuge dans l’homogénéité ethnique en préconisant au Québec une immigration non pas simplement de langue française, mais plutôt « d’origine française » ?

Lire la suite

Une Torah québécoise qui se dérobe

Saisir la crise Jean-Philippe Trottier - avatar Jean-Philippe Trottier

[…] le pays était ainsi entré en contact avec quelques vérités précieusesSimone Weil, parlant de la France éprouvée pendant la Seconde Guerre mondiale (dans Écrits de Londres) La trame ordinaire de l’histoire Je me souviens d’un séjour de travail à San José, aux États-Unis, en 2002 et d’y avoir rencontré un ami, professeur d’histoire. Nous évoquions l’attentat des tours jumelles qui avait entaillé la cuirasse de son pays. À mon grand étonnement, il avait fait cette remarque : « J’ai pleuré, car j’avais compris que nous étions dorénavant comme tout le monde. Nous n’étions plus un pays en dehors de la trame ordinaire de l’histoire, nous n’étions plus une exception, nous étions normaux ».

Lire la suite

Transmission : une utopie québécoise

Saisir la crise Céline Philippe - avatar Céline Philippe

Ça s’annonçait comme une journée « normale » : cours en avant-midi, dîner au resto avec une amie et, ensuite, rendez-vous à mon bureau avec une étudiante pour discuter de sa thèse. C’est le sujet de mon cours de ce matin qui n’avait rien d’ordinaire : la grande pandémie de 2020 et ses effets sur la littérature et la culture québécoises. J’ai toujours cru que ça prenait un certain recul temporel (et émotif) pour analyser une époque et ses œuvres. Il m’était souvent arrivé de l’évoquer dans des cours – on ne pouvait pas faire autrement – mais c’est la première fois que je préparais une séance à ce sujet. C’était donc un défi de tenter d’expliquer, seulement une dizaine d’années plus tard, l’ampleur des transformations que cette crise a engendrées sur l’objet de notre cours. Je ne partais quand même pas de zéro. De cette pandémie, nous en avions tous fait l’épreuve...

Lire la suite

Retrouver le Québec réel

Saisir la crise Mathieu Bélisle - avatar Mathieu Bélisle

Une des découvertes les plus étranges que la pandémie nous a permis de faire, c’est celle de tous ces acronymes, produits du génie technocratique, de tous ces organismes, de toutes ces agences aux titres alambiqués qui ont pour mission de veiller sur la santé de la population. Réunis, ils donnent l’impression de former un vaste labyrinthe, et même, pour reprendre à Borges sa formule du « Jardin aux sentiers qui bifurquent », un « labyrinthe de labyrinthes » conçu précisément pour perdre ceux qui osent s’y aventurer, pour rendre fous les esprits les plus aiguisés. Les CHSLD, les RPA, les RPANC, les CISSS – ex-CSSS – qui incluent les CLSC, les CR et les CPEJ, les CIUSSS qui regroupent les RUIS, les RI, les RTF, les SAPA, la DRHCAJ, la DRMG, et j’en passe, toutes ces instances administratives semblent moins avoir pour fonction de nous donner accès au réel que de le maintenir à...

Lire la suite

Déclassement social et solidarités familiales

Saisir la crise Stéphane Kelly - avatar Stéphane Kelly

Deux tragédies sont entremêlées durant cette pandémie, une grande, visible, et une petite, invisible. La grande a été beaucoup commentée, discutée, diagnostiquée. Elle s’est déroulée dans les foyers de personnes âgées. La petite, peu visible à l’œil nu, a largement été passée sous silence. Ses séquelles vont prendre un peu plus de temps à se concrétiser. Cette petite tragédie, c’est le mouvement de déclassement social qui va frapper la jeunesse québécoise dans les dix, voire les vingt prochaines années. Je ne veux pas ici minimiser l’ampleur de la première tragédie. Mais il me semble qu’on doit immédiatement réfléchir aux répercussions sociales et économiques pour les jeunes personnes (déjà ou bientôt) engagées sur le marché du travail. Comprendre l’expérience de déclassement, qui frappe déjà la société québécoise, permet à mon sens d’anticiper les prochaines lignes de fractures qui seront au cœur des enjeux politiques de demain.

Lire la suite

L’« âgicide » québécois

Saisir la crise Christian Saint-Germain - avatar Christian Saint-Germain

Les médias rapportent qu’un préposé aux bénéficiaires fraichement débarqué dans un CHSLD en crise aurait placé dans la bouche d’un « résident » le dentier de son cochambreur décédé quelques jours plus tôt. En 1970, l’armée canadienne envahissait le Québec pour écraser les aspirations de la jeunesse et terroriser les populations. Savamment orchestrés par le cabinet fédéral et ses « colombes », les victimes et leurs descendants ne se sont jamais vengés. Lorsqu’en 2020, l’armée entre porter secours aux naufragés des CHSLD, la capacité insurrectionnelle du peuple québécois s’est complètement dissoute.

Lire la suite

Pandémie et indépendance

Saisir la crise Denis Monière - avatar Denis Monière

Durant la crise sanitaire, j’ai entendu plusieurs personnes prédire que la pandémie aura des effets positifs sur le niveau de soutien à l’indépendance parce qu’elle dévoile les contradictions du Canada. C’est une hypothèse légitime, mais comme toutes les hypothèses, elle est incertaine et pourra se révéler fausse.

Lire la suite

La pandémie et le pouvoir d’urgence fédéral

Saisir la crise André Binette - avatar André Binette

* L'auteur est juriste en droit constitutionnel et autochtone. Ce texte est une version enrichie de celui paru en ligne dans l’Aut’Journal le 6 mai 2020 sous le titre « La pandémie et la Constitution canadienne ». Le droit constitutionnel est la dernière chose dont les citoyens veulent entendre parler en temps de pandémie. Pourtant, ils ont le droit de savoir comment se pratique le fédéralisme canadien dans cette crise. Certains prendront une minute ou deux pour s’y intéresser.

Lire la suite

Le pétrocanadianisme: un puits sans fond

Saisir la crise Simon-Pierre Savard-Tremblay - avatar Simon-Pierre Savard-Tremblay

Député de Saint-Hyacinthe–Bagot à la Chambre des communes. Vice-président du Comité permanent sur le commerce international. Les automobilistes ont pu le découvrir récemment : le prix à la pompe était pour le moins alléchant. Derrière ces bas prix, se cache cependant le piètre état dans lequel se trouve l’industrie pétrolière au Canada. En cette matière, la crise de la COVID-19 a eu à la fois le rôle d’occulteur et d’amplificateur.

Lire la suite

La démondialisation et le nationalisme économique québécois

Saisir la crise Pascal Leduc - avatar Pascal Leduc

Il eut fallu un contexte rappelant le crépuscule de la Deuxième Guerre et l’effroyable constat d’un impensable, mais bien réel, déficit alimentaire en Europe pour ramener les États-nations d’aujourd’hui à la réalisation de leur existence, de leur raison d’être ou, plus important encore, de leurs responsabilités. Jusqu’à tout récemment, la construction artificielle de la mondialisation économique continuait de bien servir la cupidité marchande des quelques-uns aux dépens de la masse. D’ailleurs, nul ne se surprend aujourd’hui d’entendre que les 10 hommes les plus riches du monde possèdent autant que la moitié de l’humanité la plus pauvre.

Lire la suite

Pandémie, confinement et récession en vue: que doivent faire les PME?

Saisir la crise Pierre-André Julien - avatar Pierre-André Julien

* Professeur émérite, Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières On aura beau espérer que les mauvais effets de cette pandémie de la COVID-19 disparaissent plus tôt que l’on pense, bien que plusieurs économies ne semblent pas avoir appris des expériences récentes pour y faire face, mais cela changera dans le futur les comportements expliquant les résultats plus ou moins désastreux obtenus notamment du côté des personnes âgées.

Lire la suite

Repenser le commerce et la transition industrielle post-COVID-19

Saisir la crise X. Hubert Rioux et Stéphane Paquin - avatar X. Hubert Rioux et Stéphane Paquin

Titre complet: Démondialiser le Québec? Repenser le commerce et la transition industrielle post-COVID-19 La crise causée par la COVID-19, faut-il le rappeler, est pratiquement sans précédent. Jamais le monde n’avait connu une crise aussi importante dans un contexte d’interdépendance économique et financière aussi grande. Dès les premiers jours de la crise, de nombreux gouvernements, dont celui du Québec, ont constaté la très grande fragilité des approvisionnements internationaux, notamment sur les plans médical, sanitaire, manufacturier et agroalimentaire. Les populations en ont payé le prix. Cette crise a le potentiel d’entreprendre un virage historique de nos politiques commerciales, industrielles et énergétiques.

Lire la suite

Les leçons de la COVID-19 et la coordination du marché agroalimentaire dome…

Saisir la crise David Dupont - avatar David Dupont

La crise actuelle a mis au jour la dépendance des États à l’égard des chaînes d’approvisionnement sur lesquelles ils n’avaient que peu d’emprise, entamant leur sécurité nationale en matière de santé. Avec la défense, une autre composante de base de la survie des peuples est celle de la maîtrise de leur alimentation et le contexte actuel est un moment opportun pour réfléchir de manière sérieuse à notre (in)sécurité alimentaire collective. C’est l’objectif du présent article que de nourrir le débat public pour orienter les décisions à venir en matière bioalimentaire, et ce, à la lumière des enjeux que la crise a soulevé en matière d’approvisionnement.

Lire la suite

La santé des provinces sous pression

Saisir la crise Olivier Jacques - avatar Olivier Jacques

Si la volonté d’émancipation nationale du Québec a su ébranler le fédéralisme canadien au XXe siècle, il est probable qu’un enjeu aussi terre-à-terre que le vieillissement de la population et l’augmentation des coûts de la santé qu’il entrainera devienne le principal moteur des tensions fédérales-provinciales au XXIe siècle.

Lire la suite

La réforme Barrette et la pandémie sur l’île de Montréal

Saisir la crise Jean Archambault - avatar Jean Archambault

Ne cherchons pas de coupables !Démontons les processus qui mènent à la tragédie…Mais que fait-on de l’apprenti sorcier ? Au moment où j’écris cet article, la pandémie de la COVID-19 touche principalement la région de Montréal autant par les morts que l’on compte par centaines que par les milliers de personnes contaminées. Plusieurs CHSLD publics, privés conventionnés et privés non conventionnés sont devenus des mouroirs sous les yeux d’une population traumatisée, du personnel paramédical à bout de souffle et du gouvernement Legault de plus en plus dépassé et incapable de juguler cette crise. L’enfer n’est plus une fable religieuse, mais bien la réalité quotidienne illustrée par ces CHSLD silencieux. Dans un article intitulé « La réforme Barrette et ses conséquences », paru en février 2018 dans L’Action nationale, j’affirmais que la réforme Barrette était avant tout politique. En prenant l’exemple de l’application de cette réforme sur l’île de Montréal, je démontrais que la création des cinq...

Lire la suite

Non à la logique marchande dans les CHSLD

Saisir la crise Yves Vaillancourt et Christian Jetté - avatar Yves Vaillancourt et Christian Jetté

Dans le cadre de la pandémie qui sévit au Québec depuis mars 2020, on a assisté à une hécatombe dans les CHSLD. Le 2 mai, la COVID-19 était dramatiquement présente dans 176 CHSLD (publics et privés) et dans certaines ressources intermédiaires (RI) et de type familial (RTF). Le 7 mai, sur les 2725 décès rapportés dans l’ensemble du Québec, il y en avait 1726, soit plus de la moitié, dans les CHSLD. Le même jour, on consignait 970 cas et 55 décès dans les RI et les RTF (Cousineau, 2020 ; Pineda, 2020 ; Boutros, 2020). C’est ce qui amène Claude Castonguay à parler d’un « gâchis honteux » (Castonguay, 2020).

Lire la suite

Après la COVID-19, l’université québécoise à l’épreuve d’elle-mêmee

Saisir la crise François-Olivier Dorais, Julien Goyette et Karine Hébert - avatar François-Olivier Dorais, Julien Goyette et Karine Hébert

Parce qu’elle tient lieu de « fait social total », cette pandémie n’épargnera aucun secteur de notre vie collective, y compris l’enseignement supérieur. À peine étions-nous entrés dans cette crise de longue haleine que déjà le milieu universitaire faisait face à d’immenses défis, à commencer par celui de permettre, par le recours à des moyens alternatifs, à quelques milliers d’étudiants de sauver leur session d’étude. Alors que la poussière retombe lentement sur ce trimestre d’hiver à demi-avorté, que les collations de grades virtuelles sont derrière nous et que la rentrée d’automne s’annonce elle aussi de plus en plus virtuelle, il sied de prendre un peu de recul pour entrevoir les enjeux et les effets de structures que cette crise sanitaire risque d’encourir sur les universités au Québec.

Lire la suite

L’enseignement en ligne au cégep: solution à quel problème?

Saisir la crise Sébastien Mussi - avatar Sébastien Mussi

Le mal, c’est toujours la destruction de choses sensibles où il y a présence réelle du bien. Le mal est accompli par ceux qui n’ont pas connaissance de cette présence réelle. En ce sens il est vrai que nul n’est méchant volontairement. Les rapports de force donnent à l’absence le pouvoir de détruire la présence. Simone Weil, La pesanteur et la grâce Préambule La première chose que j’ai à dire à propos de la COVID19 et de ses conséquences sur l’enseignement de la philosophie collégiale, c’est que je n’ai rien à en dire. Ce qui se passe me dépasse, et me dépassent aussi les conséquences possibles des événements. Il me semble qu’il n’y a que peu de choses à faire dans les circonstances que nous vivons : agir, pour celles et ceux qui doivent le faire, et pleurer, pleurer sur les morts, sur le délaissement, pleurer sur l’accumulation exponentielle des tragédies, individuelles, sur notre tragédie...

Lire la suite

Printemps 2013 - Les véritables raisons de se désoler

2013printemps250Tout le malheur de l’homme vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. (Blaise Pascal)

Cela revient régulièrement dans l’air du temps. La capacité de lecture diminue, anémiée par les mauvaises habitudes induites par les médias sociaux, plombée par un mode de vie chronophage où tout le monde manque de temps pour tout. Il faut avoir tout compris en cent quarante caractères, ne rien lire de plus d’une page, râler sur les briques que nous assènent les libraires et ne concéder à la lecture tranquille que le temps d’un bain de soleil où les héros de polars sont les seules ombres tolérées.

Le ronchonnage sur les malheurs du progrès a pris une coloration particulière dans la presse locale après que Le Devoir (15 février 2013) ait reproduit l’entretien que Philip Roth accordait au journal Le Monde. Le romancier américain qui vient d’annoncer qu’il renonce à l’écriture s’y épanche sur les malheurs du temps : les grands lecteurs sont de moins en moins nombreux, les recueils de textes courts et les ouvrages en collaboration se multiplient, bref avec une telle production une certaine idée de la lecture est en train de périr non pas dans l’angoisse et la détresse, mais dans l’euphorie frelatée par l’impératif du divertissement. Le point de vue n’est pas nouveau et voilà déjà plusieurs années que les oracles nous prédisent le progrès de l’ignorance, la disparition du livre et le règne d’un internet où tout se vaut, se côtoie et s’abolit dans l’indifférenciation. Il n’est pas sans fondement.

Les bouleversements technologiques de cette ampleur ne vont pas sans provoquer de véritables maelstroms culturels. La culture de masse distillée par des empires commerciaux mondialisés, la marchandisation radicale envahissant tous les domaines de la vie et toutes les sphères de la société, l’explosion de tous les codes sous la pression d’un relativisme devenu peut-être le seul absolu des sociétés gavées, tout cela n’est pas sans conséquence sur la culture et sur l’un de ses véhicules essentiels, la lecture. Cela étant dit, même si le rapport à cette dernière change, elle reste le principal moyen de transmission et d’acquisition de la connaissance et de la culture savante en général.

Que la lecture de divertissement occupe une place si grande qu’elle en bouscule les formes « classiques », rêvées autant que révérées par la culture humaniste, il n’y a rien là d’étonnant. Le rôle fondamental de la lecture reste cependant le même, quelle que soit la combinaison des diverses pratiques qui la soutiennent et l’expriment. Ce qui devrait désoler Roth et tant d’autres comme lui, ce n’est pas tant la multiplication des textes courts et la propagation de la lecture multitâches que l’empire grandissant de la distraction et du divertissement dans la conduite de la vie. L’agitation frénétique qu’a bien décrite Jean-Jacques Pelletier dans ses ouvrages récents, est certes la forme la plus accomplie de l’aliénation marchande, mais elle ne saurait occuper tout l’espace de la culture, même si elle conditionne de plus en plus lourdement les modes de vie. Car tel est le paradoxe de la culture du divertissement, elle ne peut produire les conditions de sa reproduction.

Il faut la connaissance pour produire les infrastructures aussi bien que les contenus essentiels à la culture de la distraction. Et ces connaissances ne s’acquièrent pas par distraction. Si les informations peuvent se glaner comme des produits jetables, le savoir et les connaissances ne se possèdent que par l’ascèse et la discipline de l’esprit. C’est ce qui se joue dans le rapport à la lecture savante. Cela situe l’inquiétude au sujet des textes courts et de la lecture de divertissement dans leur juste perspective. Que les formules abrégées, les capsules et autres tweets de l’univers du babillage se répandent, cela ne renvoie, finalement, qu’aux formes contemporaines du papotage qui sacrifient davantage à l’électronique qu’aux ruelles et aux perrons d’église. Les questions à se poser ne renvoient pas tant à l’espace que ce papotage prend dans la vie des gens qu’à l’ennui qui peut le rendre si attrayant.

Que la lecture « facile » devienne une norme, que sa consommation réduise la capacité de concentration, qu’elle prescrive, pour ainsi dire, la pensée courte dans divers médias qui pratiquent le « texte de fond » de 550 mots, c’est affligeant. Mais c’est là un effet pervers industriel, celui de la culture de masse pour consommation rapide. Cela devient un malaise culturel grave quand cette même pratique contamine l’univers de la transmission des connaissances et de la formation de la pensée c’est-à-dire quand elle s’incruste dans le système d’enseignement.

L’école n’est pas le lieu du divertissement ni de l’initiation au décodage des plus récents engouements médiatiques, c’est le lieu de la connaissance. L’hédonisme de pacotille n’y changera rien, elle ne peut être alors que le lieu du travail et de la discipline. Cela peut certes se faire dans la joie, mais jamais sans effort. Et dans la mesure où il s’agit d’apprendre, lire est toujours un effort – plaisant parfois, mais toujours soutenu.

S’il y a matière à se désoler, c’est bien d’avoir laissé l’école à la merci de la culture du divertissement. C’est bien d’avoir exposé notre système scolaire à la plus odieuse des dualisations, celle qui se nourrit des clivages entre les détenteurs d’un capital culturel fort qui leur permet de compenser en partie les effets délétères de l’inculture transmise et de se former pour accéder à la culture savante et ceux-là qui n’auront pour seule matière à lire que les textes des tabloïds et des chroniqueurs à scandales. Dans un Québec où nous tolérons encore qu’un très grand nombre d’écoles primaires n’aient même pas de bibliothèque, les états d’âme sur la lecture facile font un peu convenu.

Il y a quelque chose de paradoxal à voir les fondations privées acheter du temps d’antenne pour convaincre les parents de faire la lecture à leurs enfants quand on sait la pauvreté des institutions qui devraient prendre le relais. Cette façon de ramener le problème dans la famille, d’en faire une question de compétence parentale sans faire le lien avec les institutions est insuffisant et probablement stérile. Les familles qui ont le plus besoin d’incitatifs pour donner le goût de la lecture ont bien davantage besoin de ressources institutionnelles que de clips publicitaires. Quand on sait que les budgets d’acquisition de livres des garderies sont faméliques, que les bibliothèques dignes de ce nom sont aussi rares dans les écoles qu’y sont nombreux les amas de gadgets technologiques que les tableaux dits intelligents viennent de détrôner, l’on se dit que l’argent pourrait être mieux employé.

Il n’y a rien comme les livres pour donner le goût de la lecture. Des livres et des lecteurs. Il ne serait pas mauvais qu’on consacre moins d’argent aux pubs et aux agences et plus de ressources pour acheter des livres, les mettre en valeur dans des bibliothèques bien dotées et les faire vivre par des professeurs – eux-mêmes lecteurs bien formés – solidement appuyés par un Plan lecture dont on rêve encore. Il en va de l’école illettrée comme de l’entertainment business, elle distille l’ennui pour mieux faire grandir le besoin de divertir.

C’est là que se trouvent les véritables raisons de se désoler.

Tagged under: Cahiers,

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.

Mémoires 2019