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Campagne de financement 2020 de L'Action nationale

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Numéro Avril - Mai 2020

Éditorial - Saisir la crise

Avril-Mai 2020 Robert Laplante - avatar Robert Laplante

À l’heure où la crise laisse voir non plus seulement des spectres, mais des ruines, qui voudrait croire qu’un virus apparu fortuitement ait pu ramener la province dans ce qu’elle a tant fait pour engourdir et ne pas voir ? Et c’est pourtant ce qui se dégage du portrait de ce qui nous attend. Le Québec paie le prix du déni de la crise de régime qu’il n’a pas voulu assumer et qu’il a tout fait pour occulter. La crise sanitaire a joué comme un révélateur, comme le font toutes les crises d’envergure. Il n’en tiendra qu’à nous, indépendantistes, d’en faire un catalyseur. Mais cela ne se fera pas par quelque vertu magique de la crise. Il n’y aura pas d’effet rédempteur à endurer toute cette souffrance. Il y aura le combat, il y aura l’abattement, il y aura le défaitisme et le goût de se soumettre. Bref, il y...

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Le soldat méconnu

Avril-Mai 2020 Gilles Malvaux - avatar Gilles Malvaux

Nous reproduisons cet article, paru dans la Revue des Deux Mondes (décembre 2019-janvier 2020, p. 166-172), avec l’aimable autorisation de sa rédaction. La Revue des Deux Mondes est la plus ancienne revue française toujours en activité : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/ Comme toutes les armées du monde, l’armée française a compté dans ses rangs des milliers de soldats obscurs au cours de son histoire. Mais il en est un dont on sait peu et dont on apprend beaucoup. Ce soldat est totalement méconnu de nos jours, alors qu’il bénéficiait d’une notoriété sans conteste sous l’Ancien Régime et pendant la Révolution. Il se retrouve ainsi, sous son nom de guerre – ce nom presque officiel sous lequel l’enrôlement s’effectuait – dans de nombreuses archives, mais aussi dans toute une littérature de guerre de l’époque. Ce nom a été donné à des centaines de soldats. Il était si répandu qu’on peut le considérer comme le symbole des qualités prêtées...

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Notre nation

Avril-Mai 2020 Christian Gagnon - avatar Christian Gagnon

On croyait entendue depuis longtemps la cause du nationalisme ethnique au Québec. Ce courant ressurgit pourtant épisodiquement, au gré de flambées d’anxiété identitaire par ailleurs fort légitimes. Après tout, la francophonie canadienne décline depuis que ce pays existe1. Oui, l’immigration internationale joue un grand rôle dans le déclin du français langue d’usage à Montréal2. Et en effet, les gouvernements Charest et Couillard ont conduit nos programmes de francisation à un fiasco total3. Faut-il pour autant chercher refuge dans l’homogénéité ethnique en préconisant au Québec une immigration non pas simplement de langue française, mais plutôt « d’origine française » ?

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Une Torah québécoise qui se dérobe

Saisir la crise Jean-Philippe Trottier - avatar Jean-Philippe Trottier

[…] le pays était ainsi entré en contact avec quelques vérités précieusesSimone Weil, parlant de la France éprouvée pendant la Seconde Guerre mondiale (dans Écrits de Londres) La trame ordinaire de l’histoire Je me souviens d’un séjour de travail à San José, aux États-Unis, en 2002 et d’y avoir rencontré un ami, professeur d’histoire. Nous évoquions l’attentat des tours jumelles qui avait entaillé la cuirasse de son pays. À mon grand étonnement, il avait fait cette remarque : « J’ai pleuré, car j’avais compris que nous étions dorénavant comme tout le monde. Nous n’étions plus un pays en dehors de la trame ordinaire de l’histoire, nous n’étions plus une exception, nous étions normaux ».

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Transmission : une utopie québécoise

Saisir la crise Céline Philippe - avatar Céline Philippe

Ça s’annonçait comme une journée « normale » : cours en avant-midi, dîner au resto avec une amie et, ensuite, rendez-vous à mon bureau avec une étudiante pour discuter de sa thèse. C’est le sujet de mon cours de ce matin qui n’avait rien d’ordinaire : la grande pandémie de 2020 et ses effets sur la littérature et la culture québécoises. J’ai toujours cru que ça prenait un certain recul temporel (et émotif) pour analyser une époque et ses œuvres. Il m’était souvent arrivé de l’évoquer dans des cours – on ne pouvait pas faire autrement – mais c’est la première fois que je préparais une séance à ce sujet. C’était donc un défi de tenter d’expliquer, seulement une dizaine d’années plus tard, l’ampleur des transformations que cette crise a engendrées sur l’objet de notre cours. Je ne partais quand même pas de zéro. De cette pandémie, nous en avions tous fait l’épreuve...

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Retrouver le Québec réel

Saisir la crise Mathieu Bélisle - avatar Mathieu Bélisle

Une des découvertes les plus étranges que la pandémie nous a permis de faire, c’est celle de tous ces acronymes, produits du génie technocratique, de tous ces organismes, de toutes ces agences aux titres alambiqués qui ont pour mission de veiller sur la santé de la population. Réunis, ils donnent l’impression de former un vaste labyrinthe, et même, pour reprendre à Borges sa formule du « Jardin aux sentiers qui bifurquent », un « labyrinthe de labyrinthes » conçu précisément pour perdre ceux qui osent s’y aventurer, pour rendre fous les esprits les plus aiguisés. Les CHSLD, les RPA, les RPANC, les CISSS – ex-CSSS – qui incluent les CLSC, les CR et les CPEJ, les CIUSSS qui regroupent les RUIS, les RI, les RTF, les SAPA, la DRHCAJ, la DRMG, et j’en passe, toutes ces instances administratives semblent moins avoir pour fonction de nous donner accès au réel que de le maintenir à...

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Déclassement social et solidarités familiales

Saisir la crise Stéphane Kelly - avatar Stéphane Kelly

Deux tragédies sont entremêlées durant cette pandémie, une grande, visible, et une petite, invisible. La grande a été beaucoup commentée, discutée, diagnostiquée. Elle s’est déroulée dans les foyers de personnes âgées. La petite, peu visible à l’œil nu, a largement été passée sous silence. Ses séquelles vont prendre un peu plus de temps à se concrétiser. Cette petite tragédie, c’est le mouvement de déclassement social qui va frapper la jeunesse québécoise dans les dix, voire les vingt prochaines années. Je ne veux pas ici minimiser l’ampleur de la première tragédie. Mais il me semble qu’on doit immédiatement réfléchir aux répercussions sociales et économiques pour les jeunes personnes (déjà ou bientôt) engagées sur le marché du travail. Comprendre l’expérience de déclassement, qui frappe déjà la société québécoise, permet à mon sens d’anticiper les prochaines lignes de fractures qui seront au cœur des enjeux politiques de demain.

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L’« âgicide » québécois

Saisir la crise Christian Saint-Germain - avatar Christian Saint-Germain

Les médias rapportent qu’un préposé aux bénéficiaires fraichement débarqué dans un CHSLD en crise aurait placé dans la bouche d’un « résident » le dentier de son cochambreur décédé quelques jours plus tôt. En 1970, l’armée canadienne envahissait le Québec pour écraser les aspirations de la jeunesse et terroriser les populations. Savamment orchestrés par le cabinet fédéral et ses « colombes », les victimes et leurs descendants ne se sont jamais vengés. Lorsqu’en 2020, l’armée entre porter secours aux naufragés des CHSLD, la capacité insurrectionnelle du peuple québécois s’est complètement dissoute.

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Pandémie et indépendance

Saisir la crise Denis Monière - avatar Denis Monière

Durant la crise sanitaire, j’ai entendu plusieurs personnes prédire que la pandémie aura des effets positifs sur le niveau de soutien à l’indépendance parce qu’elle dévoile les contradictions du Canada. C’est une hypothèse légitime, mais comme toutes les hypothèses, elle est incertaine et pourra se révéler fausse.

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La pandémie et le pouvoir d’urgence fédéral

Saisir la crise André Binette - avatar André Binette

* L'auteur est juriste en droit constitutionnel et autochtone. Ce texte est une version enrichie de celui paru en ligne dans l’Aut’Journal le 6 mai 2020 sous le titre « La pandémie et la Constitution canadienne ». Le droit constitutionnel est la dernière chose dont les citoyens veulent entendre parler en temps de pandémie. Pourtant, ils ont le droit de savoir comment se pratique le fédéralisme canadien dans cette crise. Certains prendront une minute ou deux pour s’y intéresser.

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Le pétrocanadianisme: un puits sans fond

Saisir la crise Simon-Pierre Savard-Tremblay - avatar Simon-Pierre Savard-Tremblay

Député de Saint-Hyacinthe–Bagot à la Chambre des communes. Vice-président du Comité permanent sur le commerce international. Les automobilistes ont pu le découvrir récemment : le prix à la pompe était pour le moins alléchant. Derrière ces bas prix, se cache cependant le piètre état dans lequel se trouve l’industrie pétrolière au Canada. En cette matière, la crise de la COVID-19 a eu à la fois le rôle d’occulteur et d’amplificateur.

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La démondialisation et le nationalisme économique québécois

Saisir la crise Pascal Leduc - avatar Pascal Leduc

Il eut fallu un contexte rappelant le crépuscule de la Deuxième Guerre et l’effroyable constat d’un impensable, mais bien réel, déficit alimentaire en Europe pour ramener les États-nations d’aujourd’hui à la réalisation de leur existence, de leur raison d’être ou, plus important encore, de leurs responsabilités. Jusqu’à tout récemment, la construction artificielle de la mondialisation économique continuait de bien servir la cupidité marchande des quelques-uns aux dépens de la masse. D’ailleurs, nul ne se surprend aujourd’hui d’entendre que les 10 hommes les plus riches du monde possèdent autant que la moitié de l’humanité la plus pauvre.

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Pandémie, confinement et récession en vue: que doivent faire les PME?

Saisir la crise Pierre-André Julien - avatar Pierre-André Julien

* Professeur émérite, Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières On aura beau espérer que les mauvais effets de cette pandémie de la COVID-19 disparaissent plus tôt que l’on pense, bien que plusieurs économies ne semblent pas avoir appris des expériences récentes pour y faire face, mais cela changera dans le futur les comportements expliquant les résultats plus ou moins désastreux obtenus notamment du côté des personnes âgées.

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Repenser le commerce et la transition industrielle post-COVID-19

Saisir la crise X. Hubert Rioux et Stéphane Paquin - avatar X. Hubert Rioux et Stéphane Paquin

Titre complet: Démondialiser le Québec? Repenser le commerce et la transition industrielle post-COVID-19 La crise causée par la COVID-19, faut-il le rappeler, est pratiquement sans précédent. Jamais le monde n’avait connu une crise aussi importante dans un contexte d’interdépendance économique et financière aussi grande. Dès les premiers jours de la crise, de nombreux gouvernements, dont celui du Québec, ont constaté la très grande fragilité des approvisionnements internationaux, notamment sur les plans médical, sanitaire, manufacturier et agroalimentaire. Les populations en ont payé le prix. Cette crise a le potentiel d’entreprendre un virage historique de nos politiques commerciales, industrielles et énergétiques.

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Les leçons de la COVID-19 et la coordination du marché agroalimentaire dome…

Saisir la crise David Dupont - avatar David Dupont

La crise actuelle a mis au jour la dépendance des États à l’égard des chaînes d’approvisionnement sur lesquelles ils n’avaient que peu d’emprise, entamant leur sécurité nationale en matière de santé. Avec la défense, une autre composante de base de la survie des peuples est celle de la maîtrise de leur alimentation et le contexte actuel est un moment opportun pour réfléchir de manière sérieuse à notre (in)sécurité alimentaire collective. C’est l’objectif du présent article que de nourrir le débat public pour orienter les décisions à venir en matière bioalimentaire, et ce, à la lumière des enjeux que la crise a soulevé en matière d’approvisionnement.

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La santé des provinces sous pression

Saisir la crise Olivier Jacques - avatar Olivier Jacques

Si la volonté d’émancipation nationale du Québec a su ébranler le fédéralisme canadien au XXe siècle, il est probable qu’un enjeu aussi terre-à-terre que le vieillissement de la population et l’augmentation des coûts de la santé qu’il entrainera devienne le principal moteur des tensions fédérales-provinciales au XXIe siècle.

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La réforme Barrette et la pandémie sur l’île de Montréal

Saisir la crise Jean Archambault - avatar Jean Archambault

Ne cherchons pas de coupables !Démontons les processus qui mènent à la tragédie…Mais que fait-on de l’apprenti sorcier ? Au moment où j’écris cet article, la pandémie de la COVID-19 touche principalement la région de Montréal autant par les morts que l’on compte par centaines que par les milliers de personnes contaminées. Plusieurs CHSLD publics, privés conventionnés et privés non conventionnés sont devenus des mouroirs sous les yeux d’une population traumatisée, du personnel paramédical à bout de souffle et du gouvernement Legault de plus en plus dépassé et incapable de juguler cette crise. L’enfer n’est plus une fable religieuse, mais bien la réalité quotidienne illustrée par ces CHSLD silencieux. Dans un article intitulé « La réforme Barrette et ses conséquences », paru en février 2018 dans L’Action nationale, j’affirmais que la réforme Barrette était avant tout politique. En prenant l’exemple de l’application de cette réforme sur l’île de Montréal, je démontrais que la création des cinq...

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Non à la logique marchande dans les CHSLD

Saisir la crise Yves Vaillancourt et Christian Jetté - avatar Yves Vaillancourt et Christian Jetté

Dans le cadre de la pandémie qui sévit au Québec depuis mars 2020, on a assisté à une hécatombe dans les CHSLD. Le 2 mai, la COVID-19 était dramatiquement présente dans 176 CHSLD (publics et privés) et dans certaines ressources intermédiaires (RI) et de type familial (RTF). Le 7 mai, sur les 2725 décès rapportés dans l’ensemble du Québec, il y en avait 1726, soit plus de la moitié, dans les CHSLD. Le même jour, on consignait 970 cas et 55 décès dans les RI et les RTF (Cousineau, 2020 ; Pineda, 2020 ; Boutros, 2020). C’est ce qui amène Claude Castonguay à parler d’un « gâchis honteux » (Castonguay, 2020).

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Après la COVID-19, l’université québécoise à l’épreuve d’elle-mêmee

Saisir la crise François-Olivier Dorais, Julien Goyette et Karine Hébert - avatar François-Olivier Dorais, Julien Goyette et Karine Hébert

Parce qu’elle tient lieu de « fait social total », cette pandémie n’épargnera aucun secteur de notre vie collective, y compris l’enseignement supérieur. À peine étions-nous entrés dans cette crise de longue haleine que déjà le milieu universitaire faisait face à d’immenses défis, à commencer par celui de permettre, par le recours à des moyens alternatifs, à quelques milliers d’étudiants de sauver leur session d’étude. Alors que la poussière retombe lentement sur ce trimestre d’hiver à demi-avorté, que les collations de grades virtuelles sont derrière nous et que la rentrée d’automne s’annonce elle aussi de plus en plus virtuelle, il sied de prendre un peu de recul pour entrevoir les enjeux et les effets de structures que cette crise sanitaire risque d’encourir sur les universités au Québec.

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L’enseignement en ligne au cégep: solution à quel problème?

Saisir la crise Sébastien Mussi - avatar Sébastien Mussi

Le mal, c’est toujours la destruction de choses sensibles où il y a présence réelle du bien. Le mal est accompli par ceux qui n’ont pas connaissance de cette présence réelle. En ce sens il est vrai que nul n’est méchant volontairement. Les rapports de force donnent à l’absence le pouvoir de détruire la présence. Simone Weil, La pesanteur et la grâce Préambule La première chose que j’ai à dire à propos de la COVID19 et de ses conséquences sur l’enseignement de la philosophie collégiale, c’est que je n’ai rien à en dire. Ce qui se passe me dépasse, et me dépassent aussi les conséquences possibles des événements. Il me semble qu’il n’y a que peu de choses à faire dans les circonstances que nous vivons : agir, pour celles et ceux qui doivent le faire, et pleurer, pleurer sur les morts, sur le délaissement, pleurer sur l’accumulation exponentielle des tragédies, individuelles, sur notre tragédie...

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Été 2014 - Oikophobie et déportation de soi

2014ete250C’est Antoine Robitaille qui a lancé le mot dans le paysage médiatique dans un éditorial paru le 15 mai dans Le Devoir. Il cite le concept utilisé par Alain Finkielkraut dans L’identité malheureuse – concept que lui-même emprunte au philosophe anglais Roger Scruton – pour s’interroger sur la décision de l’ineffable ministre Bolduc d’annuler l’appel d’offres pour la création de chaires de recherche en matière de langue et d’identité au nom des « vraies affaires ».

L’oikophobie, c’est la « haine de la maison natale » ou si l’on veut, le rejet de l’héritage, le mépris de tout ce qui peut rappeler que notre présent ne s’auto-engendre pas, qu’il n’est fait, somme toute, que des bilans des générations antérieures, bilans repris, bilans rejetés ou ignorés selon divers « procès de mémoire » qui font la trame de la vie culturelle et témoignent de la volonté ou de l’incapacité de transmettre, c’est-à-dire de se projeter. Robitaille se demande si le nouveau ministre ne se fait pas l’agent actif de cette espèce de consentement à s’effacer qui se manifeste dans ses décisions de rejeter le projet de cours d’histoire au cégep, de reporter la révision du cours d’histoire au secondaire et de lancer à bride abattue l’enseignement de l’anglais intensif en sixième année du primaire.

L’éditorialiste avance à pas feutrés et ne cesse d’émailler son texte de nuances d’atténuation pour tenter tout de même de questionner ce qui se cache derrière les engouements pour « l’ouverture au monde » qui font les plus belles fleurs de la rhétorique du multiculturalisme et de la rectitude politique. Les constats qu’il dresse ne manquent pas de laisser perplexe, c’est vrai. Il ne faut pas être grand sociologue pour constater qu’un malaise certain traîne dans le fond du temps, que quelque chose cloche avec la culture québécoise, que son évocation même ne cesse en plusieurs milieux de provoquer une gêne certaine, mais diffuse. Au nom de l’éclatement des identités, en invoquant la montée de l’individualisme postmoderne ou encore en plaidant, entre deux cocktails, la montée du nihilisme travesti dans une ère du vide bon chic bon genre, une certaine conversation nationale, largement reproduite dans le babillage médiatique, ne cesse de multiplier les allusions embarrassées. Aimer le Québec, en bien des milieux, est devenu suspect. Les appartenances se portent mal, le cynisme de convenance fait meilleure parure.

Ironie du sort et curieux concours de circonstances, le même journal aura publié dans les jours suivant l’éditorial de Robitaille, un texte où plusieurs signataires s’inquiètent de la place évanescente de la littérature québécoise au collégial, un autre plaidant que la langue et la culture sont de « vraies affaires », un grand dossier sur les classiques qui aura provoqué de nombreuses réactions et mené, la semaine suivante, au constat d’un éclatement qui a du mal à concilier diversité des critères et des références avec un message clair de transmission. Le Devoir reflète bien l’air du temps. Ses lecteurs le lui rendent bien. Dans les lettres à l’éditeur aussi bien que dans la page Idées, les interventions sont nombreuses et souvent fort bien conduites. Une inquiétude diffuse traverse nombre de questionnements et commentaires. Dans tout le complexe médiatique, Le Devoir reste encore et toujours le haut lieu de la sensibilité à la culture québécoise.

Et l’on n’était pas peu fier de voir Christian Rioux retrousser la ministre de la Culture qui s’est laissé aller aux inepties démissionnaires en se plaignant de la difficulté du français. Son propos ne traduisait pas seulement la condescendance et le snobisme outremontais, il laissait poindre cet embarras à propos du fardeau que représente cette langue qui fait barrière dans notre rapport à l’Autre que cette difficulté pourrait bien repousser dans un globish si pratique, si universel. Rioux ne s’est pas trompé, le non-dit de la ministre parle fort. Celle qui a fait carrière à l’université ne s’imagine sans doute pas en si parfaite symbiose avec son collègue de l’Éducation qui ne rate pas une occasion de dire dans son français approximatif l’importance du bilinguisme qui donne des élans de compassion au premier ministre quand il visite les ateliers des PME.

Le rejet des chaires sur la langue et l’identité n’est pas d’abord une manifestation supplémentaire de politicaillerie. Ce qu’il révèle se tient surtout dans ce que Robitaille n’a pas questionné, dans le raisonnement que le ministre péquiste Duchesne n’a pas tenu sur la place publique. Par quelle aberration en est-on venu à devoir se lancer dans la création de chaires universitaires pour que la recherche sur le Québec retrouve une place significative dans la vie des universités ? Les créer, c’était en quelque sorte reconnaître que la marginalisation est complétée, que le Québec et la culture québécoise ne sont plus le centre de gravité du système de la recherche, qu’ils ne lui fournissent plus son cadre de référence. La référence à notre réel ne semble plus aller de soi, notre réalité ne porte plus d’injonction vitale à formuler des questions qui façonnent les choix de la vie collective. Sans nul doute un effet des chaires du Canada et de la confiscation par Ottawa des instances de financement et d’orientation de la recherche, comme l’a admirablement démontré Frédéric Lacroix dans un article du plus récent numéro de L’Action nationale. Effet aussi d’une culture de la postmodernité et du déracinement qui sont au fondement des idéologies de la mondialisation qui font tant de ravages dans les milieux universitaires si entichés de la concurrence internationale et si satisfaits d’habiller les stratégies clientélistes dans le langage de l’universel et de l’ouverture au monde.

Dans le débat qui ira en s’amplifiant au fur et à mesure que les compressions budgétaires obligeront à expliciter les priorités et à faire le procès des industries du divertissement qui font écran, le malaise culturel éclatera au grand jour. La culture québécoise est-elle d’ores et déjà déportée à la périphérie de la vie culturelle elle-même ? Un peu comme on la retrouve dans de trop nombreuses librairies et traitée de même dans la plupart des médias, sa production se trouve-t-elle banalisée, présentée comme un segment de marché parmi d’autres ? Les lamentations sur les compressions à Radio-Canada, les attentes des managers des industries de la culture qui salivent déjà en attendant la programmation du 150e anniversaire de la Confédération canadienne ou les budgets fédéraux pour le 375e anniversaire de Montréal, laissent déjà poindre un réaménagement conceptuel d’envergure. La culture québécoise comme culture nationale est plus incertaine que jamais. Les signes se multiplient chez trop de ses artisans qu’elle se déporte elle-même autant qu’elle se laisse déporter dans l’accessoire et le périphérique.

Paradoxalement, le projet des chaires québécoises était peut-être le signe le plus clair que la folklorisation progresse. Le Québec comme objet spécifique, soutenu par des mesures provinciales pour contrecarrer les logiques induites par le big government d’Ottawa et les « vraies instances sérieuses » de légitimation, nous ne sommes pas loin du mécénat de bienfaisance, des mesures de compensation. L’intention du ministre Duchesne était généreuse, mais elle était piégée par une logique institutionnelle malsaine, celle dans laquelle nous enferme le statut provincial. Non pas que les objectifs visés par ces chaires aient été secondaires, bien au contraire, mais bien plutôt par ce qu’ils ont été déclassés, relégués dans un espace de protection, un enclos de préservation. Le rejet de ce projet avec l’indigence langagière du ministre de l’Éducation et son aplatventrisme culturel nous fournissent l’occasion d’amorcer le « vrai débat », celui de la régression culturelle induite par la provincialisation des esprits.

Créer des chaires sans faire le procès de la confiscation des normes d’orientation de la recherche ne pouvait conduire qu’à une logique défensive. Les rejeter ne renvoie qu’à la soumission. Dans un cas comme dans l’autre, c’est la question du Québec en voie d’oblitération dans le système universitaire qui se révèle dans toute son obscénité. Refuser de le voir ne fera que paver la voie à d’autres renoncements du genre de ceux que laissent deviner, en subliminal, les soupirs de la ministre de la Culture qui finira bien par faire la jonction avec sa collègue de l’Immigration pour trouver que non seulement le français est une langue difficile, mais que la culture qu’il porte reste trop locale, trop fermée et centrée sur elle-même pour considérer que ceux qu’on accueille puissent y trouver matière à s’y penser un destin. Laisser la culture dans l’infondé dans laquelle le système de la recherche la place ne fait que paver la voie à d’autres renoncements. Il suffit de tendre l’oreille à ce qui se beugle dans les radios poubelles et dans les émissions où sévissent les bonimenteurs de l’autodénigrement populiste pour entendre ce que la honte feutrée de certains cercles savants n’ose pas dire à voix haute. La médiocrité forme un tout et se décline sur divers registres. On ne peut exclure qu’Elvis Gratton finisse par obtenir son doctorat honoris causa !

À l’heure où se pointe comme jamais auparavant la volonté de s’accommoder des moyens que le Canada nous laisse, le débat sur la culture va prendre une importance capitale. Réduite aux industries du divertissement, elle ne paraîtra qu’un luxe dont nous n’avons plus les moyens. Considérée dans sa dimension anthropologique fondamentale, elle nous renverra à ce qu’il y a d’essentiel dans l’aspiration à vivre en plein contrôle de son destin national. Le combat pour l’indépendance y trouvera des rendez-vous qui ont été trop de fois ratés ces derniers vingt ans. Il ne manquera pas d’œuvres et de matériaux pour se penser fièrement dans ses audaces. Et cela nous donne toutes les raisons d’espérer. Les œuvres fortes peuvent venir à bout de toutes les lâchetés.

La culture québécoise inspire-t-elle suffisamment pour charpenter les institutions et la connaissance savante ? Dresse-t-elle des questions assez riches pour faire lever un horizon ? Les œuvres qu’elle porte aussi bien que celles qu’elle inspire sont-elles considérées avec la rigueur d’un engagement authentique ? Les doutes qui l’assaillent et les assauts qu’on lui fait subir nous fournissent d’ores et déjà l’occasion de nous demander si l’idée de bâtir maison est encore une idée porteuse ou si la raison comptable ne nous offre pas plutôt un alibi commode pour déserter le projet d’habiter notre monde.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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Mémoires 2019