Articles de Septembre 2020

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Le localisme : quel modèle pour le Québec ?

Pascal Leduc - avatar Pascal Leduc > Septembre 2020

La crise sanitaire actuelle a plongé le Québec dans une profonde réflexion sur la gestion de son économie. À gauche comme à droite, on s’interroge sur la meilleure façon de promouvoir l’économie locale, de réduire la dépendance internationale sur les biens et produits sensibles tout en continuant de favoriser le flux des échanges économiques transfrontaliers. À moins de fréquenter les gens à gauche de la gauche, on ne trouve plus personne pour militer pour des mesures protectionnistes traditionnelles comme les nationalisations, la réglementation accrue, la hausse des barrières tarifaires et la taxation du grand capital pour stimuler et protéger l’économie locale. Le localisme ou la promotion d’une économie de proximité devient alors beaucoup plus complexe à définir et à élaborer en une stratégie cohérente qui aura un effet structurant et directeur sur les politiques industrielles, le support aux entreprises, la fiscalité.

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La constitution du Québec et la monarchie

André Binette - avatar André Binette > Septembre 2020

Dans une décision qui est passée inaperçue au cours de la pandémie, la Cour suprême a refusé d’entendre l’appel d’un jugement de la Cour d’appel qui a confirmé la validité d’une loi fédérale de 2013 sur la monarchie. Cette loi avait été contestée par deux professeurs de l’Université Laval, Geneviève Motard et Patrick Taillon, pour le motif que les modifications aux règles de désignation du chef de l’État canadien étaient soumises à la Constitution canadienne et au consentement de tous les États membres de la fédération, comme en Australie. Le rejet de cette position par les tribunaux a des conséquences constitutionnelles majeures :

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La loi 101 au cégep. Une question de cohérence

Yannick Lacroix - avatar Yannick Lacroix > Cégeps 101

Professeur de philosophie au Cégep de Maisonneuve. Version remaniée d’un texte paru au mois de juin 2020 sur le site internet de la revue Argument. Au mois de juin dernier, la présidente de la Fédération des enseignantes et des enseignants de cégep (FEC-CSQ) réagissait à l’annonce d’un agrandissement du cégep Dawson prévu par la loi 61 (pour le moment suspendue) dans les pages du Journal de Montréal : ce projet, écrivait-elle, « n’est pas à favoriser ». Elle écartait cependant, d’un même mouvement, l’idée d’étendre la loi 101 au collégial : il y aurait en effet « d’autres pistes à explorer afin de préserver ce qu’il reste encore du fragile équilibre linguistique et de la coordination dans le réseau des cégeps1. »

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Enseignement à distance : pas si nouveau que cela

Laurence St-Germain - avatar Laurence St-Germain > Septembre 2020

Au mois de mai dernier, les étudiants québécois ont appris à contrecœur que la rentrée automnale dans les universités et les cégeps se déroulerait majoritairement à distance. En tant qu’étudiante, je me désole de voir que tout ce qu’il y a de plus humain, de plus formateur, de plus enrichissant dans un enseignement en présentiel entre un maître et son élève nous soit enlevé, sans autre forme de procès, au profit d’un apprentissage numérique, et par conséquent, froid, impersonnel et solitaire. Même si le remaniement des méthodes pédagogiques provoqué par la pandémie semble inédit pour la plupart des gens, il s’inscrit en vérité dans un continuum de mesures visant à moderniser l’enseignement traditionnel par l’intégration des nouvelles technologies. En effet, il se trouve que la « révolution numérique » de l’enseignement était déjà en marche avant l’avènement de la pandémie. Cette transition vers l’apprentissage en ligne – on ne peut plus vraiment parler...

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Liberté. 60 ans de luttes et d’idées

Alexis Tétreault - avatar Alexis Tétreault > Comptes rendus de Septembre 2020

Liberté60 ans de luttes et d’idées. La déroute des hérosMontréal, no 326 (hiver 2020) Pour qu’adviennent un raisonnement aiguisé et une pensée bien structurée, nous dit Alain Finkielkraut, il faut arriver à penser contre soi-même. C’est, on imagine, avec cette intention que les collaborateurs de la revue Liberté ont abordé leur dernier opus qu’ils ont nommé « 60 ans de luttes et d’idées. La déroute des héros ». Il s’agit de revisiter l’héritage de la revue et, plus généralement, l’histoire du Québec dans une perspective critique. Or, que ce soit contre soi-même, pour soi-même ou encore avec soi-même, il appert que la réflexion-tout-court n’est pas dans l’habitude desdits collaborateurs. Se penchant sur l’histoire du Québec, ils ne la méditent pas. Ils crachent leur mépris postmoderne suintant d’ingratitude sur cette histoire qu’ils ne connaissent que partiellement.

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Prévisions des effectifs au collégial. Un modèle trompeur

Frédéric Lacroix - avatar Frédéric Lacroix > Cégeps 101

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) utilise un modèle de prévision des effectifs au collégial pour guider le développement futur du réseau. Ce modèle, qui ne tient pas compte de la dynamique linguistique qui se déploie actuellement au Québec et à Montréal en particulier, minimise le développement futur et la place grandissante qu’occupent et qu’occuperont les cégeps anglais au Québec.

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Le confinement du français dans l’enseignement supérieur au Québec

Marc Chevrier - avatar Marc Chevrier > Cégeps 101

En cette période dite de « déconfinement » incertain, où l’apparent retour à la vie normale après plusieurs mois de réclusion abat une après l’autre les barrières érigées contre la pandémie de la COVID-19, subsiste une réalité, typique de ce coin d’Amérique, qui risque de rester longtemps confinée : la langue. Cette chère langue française, proclamée officielle depuis la loi 22 de Robert Bourassa adoptée en 1974, interminablement l’objet des soins et des corrections du législateur et des tribunaux. Mais pourquoi donc, après tous les débats que la protection de cette langue a suscités au Québec, serait-elle « confinée » ? C’est que, lorsqu’on regarde le traitement que le législateur québécois lui réserve, il est bavard pour certaines choses, et soudainement muet pour d’autres, au point qu’elle devient invisible, comme ces enfants illégitimes que l’on cachait jadis dans les familles et dont on taisait l’existence par toutes sortes de simagrées et des soupirs profonds.

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Éditorial - Rien ne va plus

Robert Laplante - avatar Robert Laplante > Septembre 2020

version PDF La légitimité du français au Québec ne va plus de soi. Tout au plus a-t-elle reçu quelques tièdes acquiescements quand une force politique avait entrepris d’en faire un enjeu d’État et pas seulement une affaire d’épanchements existentiels. La force aura été vacillante au point de devenir évanescente, plombée par la lutte acharnée menée contre notre peuple par l’État canadian et ceux qui le servaient et continuent de s’en réclamer, certes, mais surtout effarée de ce que l’expression de la volonté de puissance lui laissait entrevoir. Ottawa a bien saisi la menace. Les démissionnaires s’en sont fait un matériau.

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Distanciation nationale

Philippe Lorange - avatar Philippe Lorange > Septembre 2020

Les Québécois forment un drôle de peuple. À plusieurs reprises, on nous a dépeints comme étant habités de désirs contradictoires, et d’une incapacité à trancher. Nous voulons un Québec libre dans un Canada uni, comme disait l’autre. Ce trait d’ambiguïté révèle peut-être une forme d’immaturité collective et le signe d’une conscience nationale détournée, mais toujours tapie au fond de notre être. Notre intuition la plus haute, dans des moments fugitifs, sait ramener nos aspirations fondamentales à la conscience dans les temps d’adversité. La crise du coronavirus montre comment notre peuple est capable du meilleur comme du pire, mais aussi que son destin national n’est pas encore résolu. Entre le ti-counisme des ruées vers le papier hygiénique et la générosité spontanée des milliers de C.V. au réseau de la santé et de la mobilisation pour les des dons de sang, on dirait que le Québécois ne connaît pas de juste milieu.

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Martine Ouellet. Horizon 2030

Daniel Gomez - avatar Daniel Gomez > Comptes rendus de Septembre 2020

Martine OuelletHorizon2030. Choisir un Québec climato-économiqueMontréal, Québec Amérique, 2019, 117 pages Martine Ouellet est ingénieure. Elle a œuvré chez Hydro-Québec en efficacité énergétique et a été députée du Parti québécois et ministre des Ressources naturelles. On peut sans risque la qualifier de « grosse pointure » en ce qui concerne le développement écologique. C’est aussi une fervente militante écologiste pour qui il ne fait pas de doute qu’Il y a urgence en la matière ; mais pour que le Québec puisse faire pleinement face à cette urgence, il est impératif qu’il fasse son indépendance.

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2011automneTROUDEMEMOIRELes Québécois, c’est bien connu, ne s’intéressent guère au Canada, à sa vie culturelle aussi bien qu’à son imaginaire politique. C’est sans doute pour cela qu’ils ont aussi allègrement voté pour des pancartes orange. Et qu’ils continuent de vivre dans un univers pusillanime où la minimisation des pertes fournit les ressorts les plus puissants du consentement à la minorisation. Il y a deux nations dans le même État et l’une ignore l’autre pour n’avoir point à y reconnaître le visage de sa propre soumission pour l’une, pour travestir sa domination en hauteur morale pour l’autre. C’est un bien curieux attelage que cette patente canadian et pourtant, ça marche !

Et ça marche d’autant mieux que la censure fournit le lubrifiant qui atténue le bruit de tout ce qui pourrait grincher aux entournures. Mais l’ignorance n’a pas les mêmes effets dans les deux sociétés. Les Québécois ne sont ignorants, voire indifférents, à la culture canadian, que pour mieux plomber leur propre mémoire. C’est l’amnésie qui charpente le rapport politique tordu et l’oblitération culturelle qui soudent les Québécois dans l’impossibilité de se penser dans leur relation avec le Canada autrement que dans les termes de l’agitation politicienne.

La culture québécoise reste prisonnière d’une double contrainte qui l’enferme dans une impossibilité de se poser comme norme de sa propre nation tout en se revendiquant de sa différence. Le Qué-Can lui tient lieu d’horizon. Ce Qué-Can de la culture usurpée qui la fait rayonner dans le monde par les bons offices des ambassades canadian. Le Qué-Can de l’ambivalence et de l’ambiguïté dans sa propre maison où elle ne se pose que pour mieux nier ce qui l’oppose à l’anglosphère canadian et l’enferme dans la représentation dédoublée du bilinguisme de façade. Ce Qué-Can-là remplit une fonction bien précise : le refus de poser les rapports entre les deux nations dans l’ordre du conflit des légitimités.

Et pourtant, soit la culture est souveraine, soit elle est subordonnée. Soit un peuple est à lui-même sa référence, soit il se coule dans un incessant processus qui le déporte à la périphérie de lui-même. Hubert Aquin avait jadis bien situé les enjeux pour notre culture de la lutte contre ce Qué-Can et son amnésie constitutive. Il avait bien pointé les carences mémorielles dont il faut s’affranchir pour vivre libre et donner à notre culture la certitude ontologique sans laquelle aucune transmission n’est pleinement féconde. Il faut venir à bout du Trou de mémoire.

Guy Bouthillier et Édouard Cloutier viennent de faire paraître un livre (Trudeau et ses mesures de guerre) qui devrait inaugurer une ère nouvelle, celle de la fin de l’innocence. Qu’il est accablant ce livre ! On le verra dans l’entrevue que les auteurs accordent à notre collaborateur Michel Rioux, la relation Québec-Canada est malsaine à tous égards. L’esprit conquérant, les rationalisations d’occupants, la logique de la soumission traversent de part en part, les interprétations de la Crise d’octobre. La raison d’État canadian s’est imposée avec une force et une efficacité qui n’ont guère été saisies ni même pensées dans la représentation que les Québécois se sont faits de cette agression. Partout dans cette anthologie s’impose un terme et une référence : c’est une guerre que la Canada a livré non pas aux felquistes mais bien à la nation québécoise. Une guerre civile, menée avec le concours d’une cinquième colonne de Québécois/Canadian inconditionnels, mais surtout une guerre menée par l’État canadian avec tous les moyens et les buts d’une guerre psychologique.

La guerre ! La guerre ! Bouthillier et Cloutier la débusquent ici comme un impensé dans la culture québécoise contemporaine. Et c’est là une contribution majeure. Les textes réunis dans leur ouvrage montrent a contrario jusqu’à quel point les représentations que les Québécois se sont faites et se font encore de leur situation nationale sont pusillanimes. Ils se pensent encore dans le registre de la négociation, du dialogue difficile et de la persuasion alors qu’ils ont affaire à une raison d’État qui poursuit une guerre de conquête.

C’est pour avoir refoulé le travail critique et de mémoire sur cet épisode sombre que les Québécois resteront incapables de se penser dans les autres défaites qui en ont découlé. Incapables de se penser dans le conflit, les Québécois se sont enfermés dans le déni et notre culture reste singulièrement muette sur l’interrogation des grandes défaites des dernières décennies.

Il faut lire ce livre en l’inscrivant dans le registre culturel d’abord. Cette façon de revenir sur les conceptions et les analyses produites par des Canadians nous conduit à une véritable mise en abîme non seulement de la pensée politique québécoise contemporaine mais encore et surtout de la représentation de soi. Sans la pensée de la guerre psychologique déclenchée contre notre peuple, il est impossible de réfléchir correctement au devenir de la culture puisque c’est elle qui est la cible principale. Il devient impossible de saisir l’action culturelle d’Ottawa quand on refuse de penser que l’enjeu est celui de la « conquête des esprits ». Il reste impossible de saisir la dynamique du canadian nation building et de ses effets les plus pernicieux.

Dès lors qu’il est question de ramener les choses à l’essentiel, la réalité s’impose pourtant de manière aussi crue que limpide. Le Canada a toujours réagi aux gestes d’affirmation du Québec en les situant dans le registre de l’agression. Loi 101, référendums, tout cela a pourtant été bien décrit par les fiers-à-bras du programme des commandites : le Canada était en guerre et cela justifiait les moyens. Même Jean Pelletier, le sinistre personnage, s’en est ouvert lâchement dans ses mémoires posthumes. Le Canada se conduit comme une force d’occupation et les Québécois, à commencer par leurs élites politiques, font tout pour ne pas le reconnaître. Ce déni agit comme un lubrifiant et c’est lui qui pervertit notre rapport au monde.

Penser Octobre 70, c’est penser le travail de la domination sur la pensée de la libération. C’est un ouvrage important que ce livre, un ouvrage sans doute inaugural. Il devrait marquer la fin des illusions. Le Québec ne gagnera son droit de vivre que de haute lutte. Et cette lutte, elle se mènera d’abord sur le front culturel, sur celui de la pensée capable de ruser avec la raison d’État qui vise la conquête des esprits. Il faudra cesser de considérer comme obscène la pensée que notre existence est trop inoffensive pour nous valoir le déploiement de l’hostilité. Nous ne sommes pas condamnés à vivre en mode mineur. 

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Mémoires 2019