Victor Teboul. Libérons-nous de la mentalité d’assiégé

Victor Teboul
Libérons-nous de la mentalité d’assiégé, Accent grave, 2014, 155 pages

Comme il l’affirme dès l’introduction, Victor Teboul en a contre la mentalité d’assiégé de « certains groupes ethnoculturels gagnés au multiculturalisme canadien, dont les médias de langue anglaise ne cessent de faire la promotion ».

« Comment dans ces conditions s’identifier aux luttes démocratiques des Québécois en faveur d’une société laïque et égalitaire, et ne pas se sentir assiégés ? » s’interroge-t-il. Selon lui, leur méconnaissance du Québec empêche ces groupes de s’y identifier. Tout cela, Victor Teboul le pense depuis longtemps, au moins depuis l’affaire Michaud, mais c’est le débat sur la Charte des valeurs qui l’a décidé à rassembler ses écrits dans un essai percutant.

Plusieurs des chroniques de cet essai rappellent ce qui pour lui sont des évidences à ce sujet : l’important appui dont a bénéficié la Charte dans l’opinion publique, le fait que le voile islamique nous vient de pays peu respectueux des droits et libertés, la couverture médiatique totalement inéquitable dont a fait l’objet cette Charte dans les chaînes anglophones, la tendance de certaines « victimes » de xénophobie à tenir des propos racistes anti-Québécois, etc.

Plus loin, Teboul élargit son propos à l’enjeu plus global du multiculturalisme. C’est l’occasion pour lui de dénoncer la tendance des médias à donner la parole à de prétendus porte-paroles des communautés culturelles plutôt qu’à des individus de diverses origines, tout simplement. À plusieurs reprises, il critique des groupes de pression juifs, notamment parce que lors du printemps 2012, ils ont critiqué les étudiants qui narguaient les policiers en faisant le salut nazi, tout en restant cois au moment de l’adoption de la très liberticide loi spéciale. En même temps, il fait parfois les nuances nécessaires. Par exemple, au sujet de la controverse entourant l’affiche de la pièce Le prénom où se trouvait un bébé arborant une moustache à la Hitler, il différencie le B’nai B’rith, anglophile et opposé à l’affiche, et le Centre des relations juives et israéliennes, dirigé par des Québécois francophones et qui a promu la pièce française dénonçant l’antisémitisme.

Lorsque Teboul critique le Québec français, il est aussi généralement nuancé. Ainsi, s’il évoque le manque d’immigrants à la télévision québécoise, c’est moins pour dénoncer les discriminations que pour prôner une meilleure intégration culturelle. Selon lui, la meilleure manière de favoriser l’adoption du français par les immigrants consiste à leur faire aimer nos artistes et nos auteurs, de toutes origines certes, mais qui œuvrent en français. Bref, sans employer l’expression, il prône la convergence culturelle. Teboul voit donc souvent juste, très juste, ce qui ne l’empêche pas de se tromper à l’occasion.

Outre les habituelles exagérations injustes au sujet de Lionel Groulx, qu’il reprend malheureusement, il associe Pierre Falardeau à du racisme, parce qu’il a traité David Suzuki de « japonouille » au « mépris colonialiste ». Teboul omet toutefois de relater le contexte entourant cette injure : Falardeau répondait à Suzuki qui avait craché sur le mouvement souverainiste en affirmant que Lucien Bouchard avait délaissé sa noble mission de ministre de l’Environnement pour se consacrer à une cause aussi futile que la souveraineté. Exactement le genre de propos que Teboul dénonce à pleine page dans son livre, ou du moins dans sa première partie.

La deuxième partie du livre est légèrement différente, puisqu’elle regroupe des essais plutôt que des chroniques. Ceux sur la noblesse de l’idée d’indépendance ou sur René Lévesque et les Juifs sont des plus intéressants. Celui sur Mordecai Richler est également plutôt réussi : Teboul remarque à quel point Richler était à la fois obsédé par l’antisémitisme canadien-français et silencieux sur l’antisémitisme canadien-anglais pourtant plus répandu. Dans « Pourquoi les Juifs ne s’identifient pas au Québec ? », il revient sur la culture et l’histoire, encore plus importantes au Québec qu’ailleurs pour l’intégration des immigrants.

Enfin, la dernière sous-partie du livre est consacrée à son parcours de Juif d’origine arabe tombé amoureux de la littérature québécoise. Ce parcours nous permet de mieux comprendre ses opinions exprimées précédemment… et de placer Teboul dans la même lignée qu’un Naïm Kattan, ce qui n’est pas peu dire.

Guillaume Rousseau
Professeur de droit, Université de Sherbrooke

 

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