| L. Beaudoin et S. Paquin (dir.). Pourquoi la Francophonie ? |
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| Jean-Louis Bourque | |
| 25-04-2009 | |
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Louise Beaudoin et Stéphane Paquin (dir.) Publié un peu avant que se tienne à Québec le XIIe Sommet de la Francophonie et que soit connue la Déclaration de Québec, le collectif de Louise Beaudoin et Stéphane Paquin, intitulé « Pourquoi la Francophonie ? », préfacé par le Secrétaire général de la Francophonie, M. Abdou Diouf, présente « des textes de spécialistes et de personnalités du monde politique qui ont à cœur la Francophonie et qui souhaitent que cette organisation joue un rôle plus important dans le monde » (cf.p. 31). Son intérêt repose sur la diversité des thèmes abordés et des points de vue exprimés “sans concessions” par les quatorze auteurs qui proviennent de France, du Québec, de Belgique, du Cameroun et du Liban. La préface d’Abdou Diouf donne le ton. En quelques pages, il brosse le tableau d’un monde qui change très vite, apportant des défis nouveaux que les institutions internationales conçues dans l’après-guerre ne sont pas capables de relever. Pour s’adapter à ces changements, la jeune Francophonie a dû évoluer dès ses débuts. Ses objectifs, d’abord strictement culturels en faveur d’une solidarité linguistique autour du français, se sont élargis et politisés. Elle s’attache maintenant à promouvoir la diversité linguistique et culturelle, plutôt qu’à lutter à armes inégales contre l’invasion de l’anglo-américain. « Organisation internationale reconnue sur l’échiquier mondial », elle est engagée dans la défense des droits de l’homme et dans une « démocratisation » indispensable à la construction de la paix dans un monde « où toutes les civilisations différentes seraient considérées comme égales, d’ une égalité non mathématique, mais complémentaire », tel que le souhaitait Léopold Sédar Senghor (cf. p. 18).Alors que Louise Beaudoin se réserve la conclusion de l’ouvrage dans un article intitulé: « Le Québec à la rencontre de son destin francophone », le politologue Stéphane PAQUIN tente d’abord de répondre à la question du titre du livre: Pourquoi la Francophonie ? Dans un monde dominé par l’hégémonie d’une seule hyper puissance, les États-Unis, il se demande s’il ne serait pas souhaitable que la Francophonie « s’érige en un système institutionnel qui aurait pour effet de substituer à la politique de puissance un système d’États engagés dans une dynamique coopérative qui repose sur l’organisation de services publics conjoints » (cf. p. 31). Il résume ensuite brièvement les contenus des différents textes (cf. p. 32-33), ce qui donne un raccourci saisissant du choc des idées que je me permets de concentrer ainsi: « Objet politique non identifié », le statut insaisissable de la Francophonie lui permet de jouer dans plusieurs réseaux. La Francophonie est « un outil essentiel pour maîtriser la mondialisation ». Elle doit mener une politique linguistique volontariste. Elle doit faire entendre sa voix dans le paysage audiovisuel mondial et l’opérateur TV5 doit devenir un acteur majeur de la mondialisation culturelle. Espace de dialogue et de coopération, elle devrait se faire mieux connaître. Elle doit travailler à l’idée de faire adopter un traité sur la diversité linguistique, à l’image de celui sur la diversité culturelle. Elle doit prendre l’offensive en défendant l’usage du français dans les institutions internationales et sur la scène mondiale. La Francophonie doit favoriser l’intercompréhension parmi les locuteurs des langues romanes. L’un des articles souligne l’oubli grave de la Francophonie: l’économie et la coopération économique. Un autre soutient qu’elle devrait renoncer à ses ambitions politiques, faute de moyens, et se concentrer sur sa vocation linguistique et culturelle. Un dernier suggère que l’on devrait procéder à l’analyse des malentendus entre francophones de cultures proches qui torpillent son efficacité. Au-delà de toutes ces idées fortes s’impose le thème d’une Francophonie « indispensable pour faire respecter la diversité, une condition de l’équilibre du monde » (cf. p. 63). Soulignons aussi que la plupart des textes contestent les objections, les arguments fallacieux et les préjugés contre la Francophonie, sa raison d’être, sa finalité, son rôle, sa dynamique, et les succès de ses réalisations. Le nombre sans cesse accru de ses membres est le signe de son envie d’exister, de son importance grandissante dans le monde et de l’originalité de sa voix dans le concert des nations. En quelques trente ans, la Francophonie est devenu un acteur planétaire qui a son mot à dire face aux crises mondiales (crise alimentaire, crise énergétique, crises financière et économique, crise en matière de santé). Elle a aussi son mot à dire dans les grandes institutions internationales en ce qui concerne la démocratie, les droits de l’homme et la recherche de la paix. Ce livre est un bon outil pour en comprendre la valeur. L’article signé Catherine Tasca souligne l’une des plus grandes réussites de la Francophonie en matière de culture, l’adoption, en 2005, de la « Convention sur la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles adoptée à l’UNESCO, pour laquelle les États francophones ont joué un rôle décisif » (cf. p. 76), que seuls les États-Unis et Israël ont refusé de signer, pour protéger leurs intérêts financiers et commerciaux. Jean-François Lisée rappelle que les accords de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) n’obligent pas les « majors » à fournir des versions françaises de leurs films ou à respecter les quotas de diffusion en langue française au Québec (cf. p. 116). Il insiste sur la nécessaire vigilance et sur l’accroissement d’une solidarité multilinguistique planétaire. Il dénonce l’insouciance de l’union Européenne où le snobisme et la loi de la facilité annulent toute vigilance dans l’affichage public outrageusement unilingue anglo-américain, sous prétexte que tout le monde comprend. Le texte du scientifique Michel Guillou est particulièrement intéressant. S’adressant aux participants du XIIe Sommet de Québec, il répond à l’immense malaise perçu dans le monde étudiant francophone un peu partout sur la planète. « La Francophonie n’est plus moderne et porteuse d’avenir. Elle ne fait plus rêver. L’imaginaire francophone est en panne » (cf. p. 86). Il répond à ceux qui la boudent en la situant dans son évolution historique. À la fin du XIXe siècle, liée dans un premier temps à l’expansion coloniale, la Francophonie signifiait « l’ensemble des populations parlant français ». Avec la décolonisation des années 1960, elle évolue vers un « Commonwealth à la française pour créer des communautés de métissage et de solidarité », puis passe à une troisième étape, la Francophonie « du dialogue et des échanges mondialisés au sein de l’union géoculturelle de langue française […] C’est ce qui fonde sa légitimité. Avec cette troisième Francophonie, on passe des communautés postcoloniales aux ensembles mondialisés de dialogue interculturel. On cesse de regarder dans le rétroviseur pour se consacrer à l’avenir » (cf. p. 89). Voilà qui est fort bien dit ! La Francophonie ajoute Michel Guillou, c’est aussi le laboratoire de l’autre mondialisation dont la chance est le dialogue des cultures, si nécessaire depuis les événements du 11 septembre 2001. « Promouvoir le français monde, c’est agir pour le multilinguisme, rempart irremplaçable contre l’uniformisation du monde, promoteur du respect de l’autre et en définitive de la paix » (cf. p. 95). Il plaide lui aussi pour une convention internationale pour la protection de la diversité des langues qui viendrait épauler les lois linguistiques de niveau national, comme la Loi 101 au Québec ou la Loi Toubon en France. Pierre Lampron, cadre à TVA, TV5 et à Téléfilm Canada, puis haut-fonctionnaire à la SODEC, souligne comment la Francophonie rayonne de plus en plus largement grâce à Internet, à TV5 Monde et à la télévision numérique sur Internet. L’éminent juriste et professeur de droit international, Jacques Frémont, traite des « défis de la Francophonie, de la démocratie, de la paix et des droits et libertés ». Son plaidoyer veut que cette Francophonie politique soit un passage obligé. Il dresse l’état des lieux de cette Francophonie politique et rappelle la Déclaration de Bamako en expliquant clairement les principes fondamentaux des pratiques de la démocratie et des droits de l’homme : dignité et égalité des êtres humains, droit de participer à la vie sociale et politique ainsi qu’au développement, État de droit impliquant la séparation des pouvoirs et l’égalité de tous devant la loi, tenue d’élections, multipartisme et importance des partis politiques, importance du dialogue à tous les niveaux entre tous les partenaires sociaux aussi bien qu’entre l’État et la société civile (cf. p. 134). Il rappelle que le chapitre V de la Déclaration de Bamako prévoit une procédure de réaction en matière de prévention des crises et des conflits et de leur gestion. Des mesures et des sanctions peuvent être prises en cas de violation massive des droits de l’homme, qui vont de la suspension de la coopération à la suspension de la Francophonie (cf. p. 139-140). En guise de conclusion, l’historienne et politicienne bien connue au Québec et dans les réseaux de la Francophonie, Louise Beaudoin, nous rappelle la fragilité linguistique du Québec francophone de 7,5 millions d’habitants entouré d’une mer anglo-saxonne de 320 millions d’habitants, un Québec « à l’épicentre de la mondialisation » (cf. p. 201). Voilà ce qui expliquerait grandement notre motivation farouche à résister et à « combattre pour l’avenir de la langue française » sans pour autant rejeter notre fascination pour les valeurs de l’Amérique et l’utilité indiscutable de la langue anglaise. Après avoir brossé l’historique mouvementé et tourmenté du Québec en Francophonie, Louise Beaudoin rappelle quelques défis que le Québec doit relever notamment celui de l’immigration et de l’intégration des immigrants, celui de la francisation des entreprises qui, le plus souvent en anglais, à 80 % font affaire avec les États-Unis. Elle rappelle également les progrès réels et consistants de la Francophonie en marche, notamment celui d’avoir été avec la France et la Francophonie « l’un des moteurs de l’adoption par l’Unesco, en 2005, de la Convention sur la protection de la diversité des expressions culturelles » (cf. p. 205). À cela s’ajoute la coopération en matière d’éducation, de nouvelles technologies, de culture et d’environnement qui donnent des résultats concrets : « 215 Centres de lecture et d’animation culturelle dans 17 pays africains, Médiaterre, la plus grande base de données en français sur l’environnement dans le monde, 600 universités mises en réseau, etc. » (cf. p. 210), sans oublier TV5 Monde, ce nouvel acteur très important de la mondialisation culturelle qui est « diffusé sur tous les continent et qui entre dans 147 millions de foyers » (cf. p. 209). Il reste que ces avancés demeurent malgré tout fragiles étant donné la force de l’anglais partout dans le monde. Il nous faut donc approfondir et consolider nos victoires en révisant les critères d’adhésion des membres de la Francophonie, en défendant la langue française dans les enceintes internationales ainsi que dans nos institutions d’enseignement (école, collèges et universités), et, finalement, en luttant pour l’obtention d’une nouvelle Convention internationale, une Convention sur la diversité linguistique qui viendrait consolider la Convention sur la diversité culturelle, « (ce) front avancé d’un combat visant à baliser et à humaniser la mondialisation » (cf. p. 210). À tous ceux qui n’ont pas le temps de s’attaquer au livre fondamental de Jean-Louis Roy dont j’ai fait recension dans un précédent numéro (L'Action nationale, janvier 2009), ce recueil de textes apporte donc d’intéressants éléments de réflexion auxquels chacun saura donner cohérence. Soulignons enfin quelques repères précieux : une très utile liste des sigles de la Francophonie et des grandes institutions internationales (cf. p. 7-8), la liste des pays membres, associés et observateurs de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) [Annexe 1, cf. p. 224], un organigramme des différentes structures de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) [Annexe 2, cf. p. 225], et d’intéressantes notices biographiques des 14 auteurs qui ont collaboré à cette parution (cf. p. 229-236).
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Année: 2009