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triangleAnnée: 2008 triangleNumero: Novembre - Décembre triangleCategorie: Comptes rendus
Pierre Vadeboncoeur. Les grands imbéciles Version imprimable
Paul-Émile Roy   
10-01-2009

Pierre Vadeboncoeur
Les grands imbéciles, Montréal, Lux, 2008, 196 p.

Pierre Vadeboncoeur est un des analystes les plus lucides de la modernité ou de la postmodernité. Il porte sur nos réalités un regard pénétrant, critique. Il essaie de dire le fond des choses telles qu’elles sont, « sans ménagement ».

Il reprend ici des textes qui ont été publiés dans L’Action nationale, Le Couac, Le Devoir, L’Inconvénient, et qui forment « une chronique au jour le jour des grands mensonges politiques de la période » (p. 13). Il vise la propagande et le journalisme mou.

Le livre contient trois parties. Dans la première, il traite de la politique internationale. Le ton de l’écrivain est-il alarmiste? Il affirme que nous entrons dans l’ère de «l’implacable et de l’inévitable». C’est une situation qui est inédite dans l’histoire. L’actualité commence à prendre un «sens catastrophique» (p. 36). L’humanité est au bord du gouffre, mais ceux qui ont le pouvoir ne veulent pas s’en soucier, ni non plus les médias. Il dénonce violemment les États-Unis qui, au nom de la démocratie, pratiquent un impérialisme hypocrite à la grandeur de la planète.

La deuxième partie traite de la politique nationale. Vadeboncoeur dénonce la dépendance de la politique canadienne de la politique américaine. Le Bloc québécois ne ferait que dénoncer cette dépendance que sa présence à Ottawa serait pleinement justifiée. Il insiste sur l’importance du rôle du Bloc à Ottawa pour freiner Stephen Harper, le faucon qui nous enfonce dans la guerre. D’ailleurs, le Canada est en voie d’être avalé par les États-Unis, de s’identifier à eux, de disparaître dans l’insignifiance. Une bonne raison pour en sortir, dit-il. Mais le Canada tient à nous. Sans le Québec, le Canada ne serait rien. «Ce pays a trop peu d’identité pour vouloir la défendre inconditionnellement, si ce n’est à l’intérieur et contre le Québec» (p. 95).

Dans la troisième partie de son livre, Pierre Vadeboncoeur nous parle de Mario Dumont et de quelques-unes de ses ombres, Guy Laforest, Christian Dufour… La pensée politique de Vadeboncoeur n’est pas ésotérique, elle n‘est pas théorique. Elle porte sur l’actualité et en sonde les orientations.

Ce petit livre de lecture très agréable passe du ton prophétique à l’analyse et à l’expression satirique. On y voit que la société internationale actuelle fomente la guerre, entretient une hostilité entre les nations qui engendre la violence, le terrorisme. Le mécanisme d’une guerre totale est en place.

Sur le nationalisme québécois, je retiens cette affirmation: «Le nationalisme québécois est par lui-même un non-conformisme, porteur actuel et potentiel de maints défis. Il ne faut pas le bousiller» (p. 85). Malheureusement, depuis quelques années, le PQ «fonctionne dans une espèce d’abstraction» (p. 158). Quant à la présence du Bloc à Ottawa, Vadeboncoeur lui accorde beaucoup d’importance. Le rôle de ce parti est très particulier et irremplaçable. Le Bloc n’est pas compromis avec le pouvoir. Il constitue une opposition désintéressée, ce qui est assez unique en politique.

Le titre de l’ouvrage est très significatif. Les grands imbéciles, ce sont ceux qui détiennent le pouvoir, les gouvernants, les dirigeants des multinationales, ceux qui pourraient influencer le cours de l’histoire et qui ne font rien. Bien plus, qui poussent la communauté internationale vers le gouffre. Ceux qui, au nom de la démocratie, combattent la démocratie, tel Bush qui n’a que ce mot à la bouche et qui s’en sert «comme d’une cinquième colonne idéologique» (p. 79). Cheney, Bush, Rumsfeld, «par leur pensée, ce sont des inférieurs». Charest, «Le dérapage en personne». Harper, «le doucereux Harper» à l’air de chérubin, qui entretient des relations serviles avec Bush. Un faucon à surveiller de près. Nous avons droit aussi à un beau portrait de Trudeau, ce «démocrate de tête». Trudeau et Pelletier, cohérents avec leurs idées.

Bref, un livre pétillant, critique, sombre, amusant, sarcastique, de lecture enrichissante et agréable.

Paul-Émile Roy

 
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