| La culture et l'usurpation - Éditorial Cahiers de lecture Automne 2008 |
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| Robert Laplante, Richard Gervais | |
| 18-11-2008 | |
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En effet, ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette vidéo que d’avoir mis en scène l’étrangeté radicale des deux cultures sans référence à quelque riposte nationale ni a quelque volonté de changer le fond des choses. Ce discours du refus, si déstabilisateur fût-il, n’en restait pas moins un appel au statu quo, voire un certain consentement à l’œuvre de Sheila Copps, aux manœuvres canadian de nation building. Car, en définitive, c’est de cela qu’il s’est agi, c’est de cela qu’il s’agit encore : de l’utilisation de la culture pour construire l’unité factice du Canada, mettre en scène une identité qui usurpe la culture québécoise, qui la soutient juste ce qu’il faut pour l’annexer à son projet national à lui et neutraliser l’aspiration indépendantiste, en faire en somme le folklore aussi vivant qu’on voudra d’une nation politiquement impossible.
Cela, le front du refus ne le remettait pas en cause. Il n’y a pas si longtemps, les milieux culturels auraient demandé qu’Ottawa se retire, exigé que le Québec soit le maître d’œuvre, que lui soit transféré les sommes en cause et le contrôle des politiques. Or, cela n’a guère été évoqué. La vidéo des artistes reposait pourtant sur une proposition forte. Mais s’y nouaient en même temps tous les paradoxes. La réalité nationale était là, mais comme simple force d’inertie, dirait-on, coupée du projet national. Elle charpentait la mise en scène, mais n’était pas posée comme une référence explicite. La protestation ne touchait rien de ce qu’il y a de fondamental dans le rapport de l’État canadian à notre culture : l’usurpation. À l’étranger, la culture québécoise soutenue par le Canada sert un cadre étroit : celui de l’identité canadian officiellement encouragée. Les artistes québécois existent pour ainsi dire par effraction dans ce contexte. Hors du Québec, on les sort emboîtés dans le « Qué-Can », comme on les neutralise à l’intérieur dans des périphrases sur « la culture d’ici ». Le paradoxe aura été que ces compressions, qui altéraient le dynamisme extraordinaire des créateurs québécois, n’ont été contestées que dans une logique de béquillards. Au lieu d’exiger la fin de l’ingérence canadienne en ces matières, on demandait qu’elle continue à même hauteur et aux mêmes conditions qu’avant, en consentant à ce que perdure l’usurpation. Cette revendication désamorçait en quelque sorte son propre effet libérateur, celui qui est inhérent à toute production culturelle pour un peuple qui puise en elle le matériau et l’inspiration de ses échanges avec le monde.
Ironie inéluctable d’une histoire aliénée, subtilisée, extorquée. Quand il ne chemine pas vers son indépendance, vers son existence politique pleine et entière, le Québec s’aplatit pour ainsi dire en culture menacée : les consensus nationaux sapés sur le plan politique, à cause du divide et impera de l’empire canadien, tendent à se réfugier ailleurs, notamment dans la protection de l’« identité québécoise » comme espèce menacée d’extinction. Et dans cette optique dépolitisée, l’aide d’Ottawa s’impose comme un devoir quasi écologique. L’écologie, c’est connu, transcende les clivages nationaux et la protection de la culture québécoise vaut bien celle des bélugas !
Richard Gervais |
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Le dossier des compressions budgétaires dans la culture a littéralement donné l’impulsion à la campagne électorale fédérale au Québec. Les artistes protestataires ont réussi à s’imposer au point de fournir aux partis d’opposition une véritable prise sur le gouvernement Harper, une prise qu’ils ne trouvaient guère jusque-là et qui a permis notamment au Bloc québécois de reprendre l’initiative dans une bataille commencée sur la défensive. La production d’une vidéo lancée sur Internet a incontestablement constitué un tournant. D’une efficacité redoutable, cet instrument de mobilisation a néanmoins illustré tous les paradoxes d’une revendication nationale qui ne s’affirme qu’en mode provincial !

