| Un arrimage original entre le social et l’économique ! |
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| Jean-Pierre Girard, Michel Lafleur | |
| 26-02-2008 | |
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Présentation du dossier Les coopératives de solidarité au Québec À l’instar des coopératives de services de santé, auxquelles l’Action Nationale a déjà consacré un dossier, les coopératives de solidarité constituent un autre secret bien gardé au Québec_! Il faut le constater, ce type original d’organisation ne retient que très peu l’attention médiatique. Pourtant, depuis 1997, au-delà de 400 coopératives de ce type ont été constituées. Aujourd’hui, plus de 50_% des nouvelles coopératives adoptent ce modèle. Comme jamais, l’entrepreneuriat collectif se conjugue avec coopérative de solidarité_! En y regardant de plus près, on relève que ces organisations, loin de se concentrer dans un seul créneau, se déploient dans une grande variété de domaines en liens étroits avec le développement du milieu_: activités récréotouristiques, services de proximité, mise en marché de produits du terroir, environnement, services à domicile, domaine de la santé, etc. En outre, les coopératives de solidarité sont présentes partout sur le territoire, tant en milieu urbain que rural. En fait, ce modèle organisationnel de développement est de plus en plus reconnu par les acteurs du milieu : ici, en l’espace de quelques semaines, une communauté se mobilise au sein d’une telle organisation et investit au-delà d’un demi-million de dollars pour sauver un centre de ski. Là, c’est l’audace de jeunes entrepreneurs pour utiliser la coopérative de solidarité comme mécanisme de regroupement de petits producteurs et structurer la mise en marché de leurs produits. Et que penser de ces retraités qui se sont associés dans une telle entreprise pour se donner une coopérative d’habitation avec des services adaptés à leurs besoins ! L’innovation est donc au rendez-vous dans des organisations solidement ancrées dans leur milieu ! Avec la coopérative de solidarité, une fois de plus, le Québec se singularise du reste de l’Amérique du Nord. Il n’y a pas de doute, c’est une composante de ce modèle québécois de développement qui, outre les corporations publiques et les entreprises privées à finalité capitaliste, se constitue aussi d’organisations collectives – associations, coopératives, mutuelles. On ne peut que s’en réjouir. Ces organisations renforcent les liens entre l’économique et le social, favorisent l’inclusion plutôt que l’exclusion. Elles concourent à la cohésion plutôt qu’à la déstructuration des milieux. Souhaitant marquer dix ans de développement des coopératives de solidarité (1997-2007), l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et les mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS), le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité[1] (CQCM) et la Direction des coopératives du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation ont uni leurs efforts pour organiser, en octobre dernier à Sherbrooke, un forum sur le sujet. Représentants de coopératives, intervenants en développement local et régional, bailleurs de fonds spécialisés en finance solidaire, étudiants dans le domaine des coopératives, universitaires et invités de France et d’Italie se sont retrouvés pour échanger durant deux jours sur le sujet[2]. Fait à noter, des représentants de réseaux coopératifs ayant une forme d’unicité de sociétariat étaient aussi présents – par exemple, coopérative de travail et coopérative d’utilisateurs. La coopérative de solidarité serait-elle non seulement le modèle de prédilection pour le démarrage de nouvelles coopératives, mais aussi source de renouvellement pour les réseaux coopératifs constitués ? Offre-t-elle un cadre organisationnel permettant d’aller chercher une participation élargie de la communauté dans le membership de la coopérative, et du fait, de renforcer son ancrage territorial ? Ce dossier reprend certaines des présentations. En ouverture, Jean-Pierre Girard, après avoir évoqué le renouvellement protéiforme qu’entraîne le concept de coopérative de solidarité pour le modèle coopératif à une seule catégorie de membres, précise quels ont été les principaux facteurs ayant tissé la toile de fond emmenant la reconnaissance légale par l’État québécois de ce modèle. De plus, se référant à une recherche récente à laquelle il a été associé au Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) à l’UQAM, il souligne la contribution des coopératives de solidarité au renforcement de la cohésion sociale, notamment sur le plan de l’accessibilité, de la territorialité et du réseautage. Mais que représentent quantitativement les coopératives de solidarité ? Quels sont les principaux secteurs d’activités ? Comment situer la répartition de ces organisations sur le plan régional ? Exploitant et présentant de nombreuses statistiques inédites, Jocelyne Chagnon offre un panorama très actuel des caractéristiques et de l’importance des coopératives de solidarité. Ces données font notamment ressortir que ces organisations recrutent principalement des membres utilisateurs. S’agit-il d’une tendance permanente? Janvier Cliche, de la coopérative de développement régional de l’Estrie, expose le cas particulier de cette belle et dynamique région du Québec. Les coopératives de solidarité sont présentes dans une multitude de secteurs d’activités de l’économie régionale, et loin de ralentir, la création de nouvelles coopératives se poursuit à un rythme soutenu, de toute évidence reflet qu’un nombre croissant d’acteurs du développement local se retrouvent dans ce modèle d’entrepreneuriat. Michel Lafleur examine de son côté les exigences de la gestion interne des coopératives de solidarité. Plusieurs aspects sont traités, dont le leadership, la communication, la compréhension des rôles et responsabilités des diverses parties prenantes. Deux défis majeurs sont cependant transcendants, celui de la gouvernance et celui de l’apport à la capitalisation de la coopérative et de la contribution au financement selon les catégories de membres. La question de la gouvernance dans une coopérative est toujours exigeante, elle touche les défis de concilier l’association et l’entreprise. Dans la coopérative de solidarité, l’équation est encore plus complexe. L’enjeu est de savoir comment prendre des décisions qui sont à la fois démocratiques et efficaces malgré les intérêts qui peuvent être différents selon les catégories de membres. Le Québec n’a pas inventé le modèle des coopératives comptant plusieurs catégories de sociétaires et qui concilie une mission sociale et économique, mais a notamment pris exemple sur le cas italien des coopératives sociales. Une contribution d’Enzo Pezzini, de l’organisation Confcoop nous rappelle qu’outre des marques de prestige, Ferrari, Gucci, et une vie politique fort colorée, l’Italie c’est aussi plus de 7 000 coopératives sociales – oui, on parle bien de 7000 !, se déployant tant en entreprises d’insertion pour des centaines de milliers de « laisser pour compte » – ex-psychiatrisés, détenus en fin de sentence, ex-toxicomanes, etc. - que dans des services socio sanitaires et éducatifs, par exemple, une entreprise évoluant dans le secteur de l’environnement ou encore une maison pour sidatiques en phase terminale, etc. Les coopératives sociales italiennes cumulent un chiffre d’affaires annuel de plusieurs milliards d’Euros ce qui en soit est impressionnant, mais elles font la convaincante démonstration que par l’hybridation de diverses ressources – marchandes, non-marchandes et le don, ce modèle d’organisation est au diapason de besoins conciliant le social et l’économique. Il s’agit donc d’un exemple exceptionnel qui nous expose une facette profondément méconnue du pays de Dante. En fait, le concept est à ce point intéressant que d’autres pays ont cherché à l’adapter à leur propre réalité. C’est le cas de la France qui, depuis 2001, avec le statut de la Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), en fait aussi l’expérience. Basée sur les notes de présentation d’Alix Margago, délégué à l’innovation à la Confédération générale des sociétés coopératives ouvrières de production (CGSCOP), un court article illustre la capacité des SCIC à se développer dans plusieurs secteurs. Par contre, ce développement reste globalement encore modeste compte tenu de la taille de la population dans l’Hexagone. Sur une période de dix ans, la contribution des coopératives de solidarité au développement du Québec ne fait pas de doute, mais de nombreux défis se pointent. Évoquons d’entrée de jeu, la capacité d’exposer davantage le modèle auprès des nouveaux arrivants. Ainsi, en lien avec la population, la présence des coopératives de solidarité sur le territoire de Montréal est fort limitée. Par ailleurs, bien ancré en milieu rural, le modèle pourrait également être davantage exploité comme stratégie d’action et comme mécanisme d’investissement. De grandes coopératives, par exemple Agropur, ont depuis longtemps fait la preuve qu’avec un peu d’imagination et une fiscalité favorable, les instruments de capitalisation des coopératives soutiennent adéquatement la croissance de l’organisation. Un message à retenir pour les coopératives de solidarité sans parler ici de la disponibilité de divers produits financiers adaptés offerts par ces composantes du système de financement spécialisé dans les entreprises collectives, le Réseau d’investissement social du Québec, la Caisse d’économie solidaire, Fondaction, Investissement-Québec, et quoi encore. L’exemple très stimulant des coopératives sociales italiennes est fort riche en enseignement, notamment de l’impact des structures de regroupement et de développement d’affaires que sont les consortiums. Question de se donner des moyens de durer dans le temps, les coopératives de solidarité au Québec auraient intérêt à explorer de tels systèmes de réseautage, d’entrepreneuriat et de valorisation de l’innovation, particulièrement l’innovation sociale. Plusieurs sont orphelines et il a été amplement démontré par la littérature spécialisée que l’adhésion d’une coopérative à un regroupement favorise ses chances de pérennisation. En ce sens, comme le montrent les exemples italien et français, un étroit partenariat avec les collectivités publiques peut aussi faciliter le développement de l’organisation. Cependant, ici au Québec, depuis des lustres, il est interdit à une municipalité de devenir membre d’une coopérative. Cette disposition de la Loi des Cités et villes ne tient pas la route ! Comme le revendique depuis nombre d’années le mouvement coopératif, il est impératif que le ministère des Affaires municipales enlève cette contrainte. De fécondes figures de partenariats publics-coopératifs pourraient ainsi prendre racine. Enfin, il y a un enjeu de positionnement du concept : le modèle coopératif ne doit pas en être un de dernier recours dans des stratégies de développement. Il n’y a pas de gêne à retenir la coopérative de solidarité comme formule gagnante dès le départ d’un projet. En ce sens, et nous reprenons ici une attente maintes fois manifestées depuis des décennies, il faut davantage promouvoir la diffusion des réussites de ce modèle organisationnel dans les cursus des divers programmes de techniques ou de sciences administratives, et plus globalement d’entrepreneuriat offerts dans nos cégeps et universités. L’entrepreneuriat collectif a tous ses droits de cité dans le Québec du XXIe siècle, c’est une composante incontournable de notre identité ! |
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Année: 2008