| Se mobiliser pour l'eau |
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| Gaétan Breton | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| 26-02-2007 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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L’eau est sur toutes les lèvres. Objectivement, la situation est de plus en plus inquiétante. La quantité d’eau disponible sur la planète ne varie pas. Par ailleurs, les besoins ne cessent d’augmenter. Premièrement, les besoins quotidiens d’une population qui continue de croître. Ensuite, les besoins des industries, l’agriculture entrant dans cette catégorie, qui augmentent de manière exponentielle. Discuter de la situation de l’eau ne peut se faire sur un strict plan environnemental car la situation de l’environnement, à son tour, est liée à la conception que nous avons du développement économique, du développement de la richesse, de sa répartition entre les membres de la société et entre les sociétés elles-mêmes et, enfin de notre confiance dans les pouvoirs quasi-magiques attribués à la technologie pour réparer tous les excès. Parler de l’eau implique de comprendre les conséquences de ce qu’on appelle généralement la mondialisation sur le bien commun et l’utilisation des ressources collectives. 1- Bien commun et « mondialisation »De tous côtés, on nous brandit la mondialisation, tantôt comme un slogan, mais surtout comme une fatalité inéluctable à laquelle il faut se soumettre. Mais, au-delà des phrases toutes faites, qu’est-ce donc que la mondialisation ? Il y a fort longtemps que les pays et les continents échangent entre eux. Le capitalisme commercial, qui a précédé la phase industrielle, était basé sur l’augmentation du commerce à travers le monde. La mondialisation dont on nous parle maintenant n’est donc pas celle des échanges commerciaux. Elle n’est pas, non plus, celle des grands organismes internationaux qui ont fleuri pendant la période qu’on pourrait appeler de Bretton Woods, qui a justement précédé la période dite de mondialisation, elle doit donc se définir hors des échanges internationaux réels et des recherches de consensus pour les grandes politiques monétaires et économiques au niveau international. La signature d’ententes de commerce internationales, d’abord multilatérales, puis de plus en plus bilatérales, constitue une innovation majeure de la période de mondialisation. Ces ententes se situent au-dessus des constitutions des pays, dans un espace de non-droit qui laisse aux entreprises une immense liberté et leur ouvre des possibilités tout à fait nouvelles (comme de poursuivre des États pour des profits perdus à cause de lois discriminatoires d’un pays à l’autre). On peut, par ailleurs, se demander comment les gouvernements peuvent abandonner des pouvoirs dont ils ne sont que fiduciaires, sans demander formellement l’avis de la population. Une autre nouveauté de la période de mondialisation est la perte de nationalité des entreprises. Maintenant, elles désirent ne plus avoir d’attaches et ainsi que les énormes profits générés ne soient plus assujettis à aucune contrainte nationale. Les entreprises, qui ont de plus en plus la taille d’États, veulent ainsi échapper au contrôle des États qui ne servent plus qu’à gérer la docilité de la main d’œuvre en même temps que ses conditions de vie immédiates. Quand les entreprises échappent, non plus dans leurs échanges, ce qui est fait depuis longtemps, mais dans leur « citoyenneté » aux frontières nationales, les moyens qu’une société possédait de produire et, partiellement, de répartir la richesse, lui échappent aussi en grande partie. L’État perd ses sources de revenus et doit se concentrer sur les revenus du travail qui deviennent, quant à eux, de plus en plus aléatoires. Les entreprises n’ayant plus d’attaches, elles, courent les lieux où il est plus facile d’exploiter la main d’œuvre, créant des pressions énormes sur les conditions de travail dans les pays considérés comme développés. Il suffit d’écouter un peu les discours d’un Lucien Bouchard, pour bien comprendre le projet des multinationales et la nécessité de défendre certaines valeurs essentielles comme le bien commun et la solidarité sociale. Le bien n’est pas naturellement commun. Il l’est par un consensus social qui s’exprime à travers les valeurs d’une société qui sont reflétées dans ses lois. Quand on considère les lois des pays dits développés, par exemple, au-delà de l’individualisme anglo-saxon, il est clair que le prétendu « droit d’entreprendre » est subordonné à l’obtention de l’État de chartes, de permis et de licences et au respect de toute une série de lois dont celles protégeant la concurrence, qui devient ainsi un bien public. Quand l’entreprise ressortit à un État, il y a bien un lieu où elle est intégrée dans la lutte pour s’approprier le bien public. Quand l’entreprise n’est attachée nulle part, elle s’approprie le bien public de l’extérieur, à travers les traités de commerce internationaux ou, dans le tiers monde, par les organismes comme le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale. Notons en passant que si nos lois protègent, en principe, la concurrence, celle-ci protège les marchés, qui protègent les prix, qui assurent que les profits sont gardés au minimum dans l’économie libérale. Donc, les énormes profits de ces apatrides du capital montrent bien que la mondialisation n’est ni libérale, ni de marché, ni liée à une quelconque concurrence, ni vouée à la « vérité des prix », mais une vaste opération de réduction du rôle des États, d’accaparement du bien public sous toutes ses formes et de la richesse d’une proportion sans précédent. 2- Développement et environnementDans un tel contexte quel sens donner à l’expression « développement économique » ? Les premières politiques qui étaient touchées par le principe du pays le plus favorable portaient sur l’environnement. Au moment où la question environnementale devient inéluctable et où on ne peut plus prétendre que la technologie va finir par tout réparer, car la catastrophe est à nos portes, les entreprises trouvent une façon de faire passer en second les impératifs environnementaux. En face, on brandit le slogan du développement durable sans avoir lu le rapport Brundtland. Cependant, même du côté de l’entreprise et de ses sbires, profitant de la polysémie qui le caractérise, on se drape dans le même étendard. Mais le rapport Brundtland proposait plusieurs visions du développement durable et surtout de la croissance économique. Par exemple on y lit qu’il va falloir multiplier la production mondiale par quatre ou cinq pour permettre aux exclus actuels d’atteindre les niveaux de consommation des pays développés. Est-ce le seul projet de société dont nous soyons capables d’accoucher pour la Chine ou l’Inde : tout le monde a sa voiture et il faut augmenter la production de carburants fossiles pour y arriver. Aussi bien se lancer en bas du pont tout de suite, mais ça risquerait de trop polluer l’eau. Contrairement aux lucides, on ne peut plus sérieusement prétendre que l’augmentation de la production va sortir l’Afrique de sa misère ou va donner à l’Asie le même niveau de vie que l’Amérique. Encore là, il faut se demander de qui on parle en Amérique ? En ce moment, plus on produit de la richesse, plus elle se concentre entre quelques mains et ne compense aucunement la pauvreté endémique de ceux qui y croupissent. Alors, on peut arrêter la machine à produire quelques minutes et réfléchir à la question de la répartition qui devient la plus importante. Ensuite, on pourra se demander quelles sont les valeurs qui nous animent vraiment et quelles sont celles qu’on nous a fait avaler à force de slogans. Les chiffres suivants montrent bien qu’aux Etats-Unis, par exemple, la répartition de la richesse est très injuste et que les 10 % les plus riches accaparent une proportion énorme de la richesse. Indices de répartition de la richesse
3- L’eau : une réalité multiformeL’eau n’a pas qu’une seule forme juridique, politique et sociale, bien que physiquement, ou plutôt chimiquement, elle soit toujours la même. Par exemple, il faut séparer les eaux souterraines des eaux de surfaces. Il faut aussi séparer les services d’eau municipaux des approvisionnements privés et, parmi les services d’eau municipaux il faut distinguer ceux qui prennent l’eau en surface de ceux qui utilisent des eaux souterraines. Nous pourrions même faire la différence entre les cours d’eau ayant une période d’étiage où l’eau demeure en quantité suffisante des cours d’eau qui deviennent pratiquement à sec durant cette période. Par exemple, la Ville de Montréal prend son eau dans le Lac St-Louis. Même en période difficile, qui arrive d’habitude autour du mois d’août, il y a suffisamment d’eau dans le fleuve. Or, l’eau qui entre va ressortir quelque part, sauf si elle est embouteillée. Donc, l’utilisation montréalaise ne diminue pas le niveau du fleuve en aval, elle ne fait qu’en changer la composition par un traitement qui n’est pas toujours suffisant. Cette constatation ne s’applique pas à d’autres cas où les rivières deviennent très basses durant cette période de l’année et ne peuvent plus fournir l’eau nécessaire. Les nappes phréatiques peuvent aussi être utilisées au-delà de leur capacité de recharge, car les eaux usées n’y retournent pas mais sont évacuées par les cours d’eau de surface. La commercialisation des eaux souterraines et des eaux de surface ne prend pas les mêmes formes. Il y a très peu de projets visant à transporter de l’eau de surface au-delà du bassin versant dans lequel elle coule naturellement. Les plus grands projets de ce genre n’ont pas pour but de commercialiser l’eau directement puisqu’ils sont destinés à la production d’énergie hydroélectrique. Il y a eu, en Colombie-Britannique un projet de détournement majeur de plusieurs rivières pour amener de l’eau en Californie. Mais, le projet n’a pas eu de suites pour l’instant. Il y a aussi, dans le sud de la France, un projet pour amener l’eau en Espagne avec un pipeline. Malgré les paroles rassurantes, il est difficile de prévoir ce que cette ponction dans les eaux du Rhône aurait comme effet sur la faune et la flore des Bouches-du-Rhône, qui sont uniques et fragiles. On ne peut pas vraiment se fier sur les prétendues expertises, car elles sont soumises aux intérêts de ceux qui peuvent se les payer. Combien de fois n’avons-nous pas entendu ce : il n’y aura pas d’effets négatifs, suivi de : on ne peut pas associer les effets observés avec le phénomène en question. Pour les eaux de surface la question demeure en grande partie hypothétique, bien qu’il existe déjà un certain nombre de déviations et une grande quantité de barrages au Canada. Notons qu’à ce niveau, le Québec possède la moitié des barrages au Canada et se lance de plus en plus dans des projets importants de détournement. Pour les eaux souterraines, nous sommes en plein dedans. Les eaux souterraines sont massivement pompées et embouteillées pour être vendues aux quatre coins du globe. Elles sont donc de plus en plus souvent transportées hors de leur bassin versant. Il y a longtemps que les eaux souterraines sont embouteillées. Elles servent depuis des décennies aux embouteilleurs de boissons gazeuses, de bière ou de jus de fruits comme principal ingrédient de leurs produits. Donc, quand on remet en question l’embouteillage des eaux souterraines, ce n’est pas seulement l’eau pure mais toutes les autres formes de mise en bouteille qui doivent être remises en question. D’autres utilisateurs sont aussi connectés sur les eaux souterraines. Les agriculteurs souvent prélèvent des quantités importantes d’eau dans les nappes phréatiques et les aquifères. Il faudra donc, sur une base citoyenne, établir des hiérarchies des besoins. Le premier réflexe à ce niveau est de dire que l’agriculture étant essentielle à tous, elle devrait avoir la priorité. Ça nous changerait de la Loi des mines qui donne à celles-ci priorité même sur les villes pour l’utilisation de l’eau. Cependant, que dire d’une agriculture qui utilise des méthodes d’irrigation inefficaces et dépassées demandant plusieurs fois les quantités d’eau réellement utiles ? Le développement économique devra donc être soumis à la hiérarchisation des usages de l’eau, à moins qu’on ne laisse ceux qui ont les moyens s’accaparer l’eau. Des compagnies ont déjà commencé à acheter des rivières et des plans d’eau pour le jour où leur valeur deviendra exponentielle, car ils seront alors essentiels à la vie, et la vie, ça n’a pas de prix, du moins aimerait-on le croire. L’eau est déjà largement commercialisée. Indirectement, elle fait partie des biens les plus divers qui sont produits avec de l’eau. Parfois, une partie de cette eau demeure dans le produit (fruits, légumes, boissons gazeuses, etc.), parfois elle n’est qu’un instrument (automobile, énergie nucléaire ou hydroélectrique). L’eau est aussi commercialisée à travers des services de provisions d’eau potable qui sont tarifés directement au compteur (car tous les services sont imputés aux citoyens d’une manière ou d’une autre, la question est le mode d’imputation). La conception que nous avons du développement économique agit ainsi directement sur les quantités et la qualité de l’eau disponible. Des gouvernements responsables ne pourront plus éviter longtemps encore de faire des choix qui devraient, normalement, reconnaître l’importance unique de l’eau pour la vie et les dangers de la soumettre aux impératifs des profits des entreprises dans une économie qui peut de moins en moins se qualifier d’économie de marché. Pour l’instant, la privatisation de l’eau se fait à plusieurs niveaux. Quelque soit la forme, elle signifie d’énormes profits pour l’entreprise privée et d’énormes coûts pour les citoyens. 4- Les résultats de la privatisationLa privatisation des services d’eau n’a pas donné de bon résultats quelque soit l’endroit considéré. Partout on a vu les deux « principes » qui soutiennent la privatisation être démentis par la réalité. Les tarifs ont augmenté allant jusqu’à être multipliés par quatre ou cinq, réfutant l’argument voulant que le privé soit plus efficace et fasse chuter les coûts, donc les tarifs. On a aussi vu la qualité de l’eau diminuer à plusieurs endroits, au point de devenir dangereuse. L’argument qui veut que l’entreprise privée soit incitée à augmenter la qualité du service, par opposition aux fonctionnaires à qui ça ne rapporte rien, ne se vérifie pas non plus dans la pratique. A Grenoble, où le contrat avait été donné à la Lyonnaise des Eaux (Suez) et fut annulé quelques années plus tard pour des raisons de corruption, l’eau coûte maintenant bien moins cher que lorsque le service était assuré par l’entreprise privée. La situation est la même en Angleterre. La privatisation des services d’eau a fait augmenter sensiblement les prix. La qualité de l’entretien des infrastructures laisse grandement à désirer ; on parle de cinq fois moins d’entretien que le système le demanderait. Les compagnies britanniques engrangent d’énormes profits et sont de plus aidées par le gouvernement. La qualité de l’eau laisse souvent à désirer alors que plusieurs épisodes d’empoisonnement sont réglés parfois en cour mais principalement hors cour. Enfin, notons que plusieurs débranchements avaient eu lieu, mettant en péril la santé publique à Londres, par exemple, où on prétend que des maladies infectieuses qu’on croyait éradiquées, commençaient à revenir. La privatisation des services d’eau n’amène aucune augmentation de la qualité, bien au contraire, alors que les prix montent en flèche. Ces deux résultats sont complètement inverses à ce que prétendent les « théories » qui prônent la privatisation et auxquelles on se réfère tous les jours dans le discours médiatique quand on prétend que le privé est d’office meilleur que l’État. Pour l’eau embouteillée, la privatisation consiste à accorder des droits de pomper à des entreprises privées. Ces droits sont actuellement accordés avec un minimum de tests. De toutes manières, sauf de rares exceptions, on ne connaît pas la capacité des nappes phréatiques ni leur vitesse de régénération. Au niveau de l’embouteillage de l’eau (sans rien d’autre dedans), deux grandes entreprises accaparent l’essentiel du marché (ce qui crée un oligopole, c’est-à-dire une absence de marché) Nestlé et Danone. Donc, des multinationales viennent puiser notre eau pour la vendre principalement ailleurs dans le monde, et ce sans payer de redevances. 5- L’action citoyenneAvant de définir des voies d’action citoyenne, il faut discuter de la matière première d’une telle action, c’est-à-dire l’information. Par exemple, au niveau de l’eau embouteillée, on ne peut nier qu’il y a eu une grande campagne de peur qui a poussé les gens à se tourner vers la consommation d’eau en bouteilles au lieu de l’eau du robinet. Le cas de Walkerton et les déclarations douteuses de la ministre Jérôme-Forget ne forment que la partie congrue de cette campagne de dénigrement destinée à discréditer le service d’eau de Montréal (pour ne prendre que cet exemple) et à faire augmenter la consommation d’eau en bouteille. Or, objectivement, à part coûter plusieurs milliers de fois le prix de l’eau du robinet, il n’y a aucune garantie que l’eau en bouteille soit meilleure. Au contraire, l’eau du robinet est testée constamment alors que l’eau embouteillée ne l’est que très sporadiquement et ceci avant d’être mise dans la bouteille qui en modifie encore les caractéristiques. Parfois, l’eau en bouteille est de l’eau du robinet, c’est le cas de Dasani et Aquafina, respectivement vendues par Coca-Cola et Pepsi-Cola. L’eau est « stérilisée », comme ces compagnies le font couramment avant l’embouteillage afin d’uniformiser le produit fini (c’est-à-dire que le coke goûte la même chose à Atlanta ou à Toronto), puis elle est reminéralisée selon la formule choisie par l’entreprise. D’après Tony Clarke 1.5 litres de Dasani se vendent 1.20 USD à Montréal où la même quantité d’eau du robinet coûterait 0.00022 USD. Est-ce que la différence de qualité justifie de payer plus de 5000 fois le prix ? Au Canada, les usines d’embouteillage sont inspectées une fois tous les trois ans et la fréquence risque de diminuer suite aux coupures de personnel dans les services chargés de procéder à ces inspections. Certaines études ont comparé le contenu de bouteilles d’eau avec les standards publics utilisés pour évaluer l’eau du robinet. Dans plusieurs cas, des produits chimiques (arsenic, par exemple) furent trouvés en quantité supérieure aux normes. La plupart des eaux analysées montraient des taux de mercure supérieurs aux normes appliquées à l’eau du robinet. Clarke donne d’autres exemples d’études et de résultats inquiétants avant de rapporter les conclusions de chercheurs à l’effet que l’eau en bouteille est loin d’être plus propre et plus sécuritaire que l’eau du robinet. Évidemment, vous ne lirez pas ça dans La Presse. Bref, nous sommes très mal informés sur les qualités de l’eau embouteillée quand nous prenons la décision de remplacer l’eau du robinet. De plus, nous commençons à savoir que les machines distributrices de cette eau, installées dans les bureaux ou les maisons privées, deviennent vite des bouillon de culture si elles ne sont pas convenablement nettoyées à chaque changement de contenant, ce qui n’arrive que très rarement, surtout dans des endroits publics (bureaux, salles d’attente, etc.). Les informations sur l’eau du robinet sont tout aussi déficientes. La qualité de cette eau est soumise à des normes et elle est constamment testée pour que la qualité se maintienne. En Ontario, le gouvernement Harris a coupé dans les dépenses publiques. Les laboratoires qui effectuent les tests ont été privatisés. Au-delà des affirmations délirantes de la ministre de la privatisation et accessoirement du Conseil du trésor, que savons-nous de ce qui s’est passé à Walkerton ? Le National Post, qui a un large lectorat et dont les articles sont repris dans des journaux locaux, prétend que la conclusion est que l’entreprise privée est meilleure. Pourtant le Canadian Medical Association Journal, moins lu, mais plus sérieux dans ses analyses, prétend qu’il faut cesser de penser que le privé est la solution à tout et que Walkerton est l’illustration de cette erreur. À Montréal, comment pouvons-nous prendre des décisions. Le conditionnement idéologique qu’on nous fait subir touche la qualité des infrastructures. En 1995, une étude du Service du génie estimait à 150 millions $ sur 10 ans le coût de la remise en condition du réseau. Toujours en 1995, une étude faite par des consultants estimait ces coûts à 306 millions $. En 1996, une étude de la ville arrivait à 450 millions $ sur 10 ans (voyez l’inflation). En 1999, une étude conjointe de la Ville de Montréal, le Centre national de recherche du Canada, l’INRS-eau et le Centre d’expertise et de recherche en infrastructures urbaines arrivait à des coûts se situant entre 304 et 416 millions $ sur 20 ans. En 2001, sans étude ni analyse, le Comité de transition lors de la fusion des municipalités est arrivé avec le chiffre de 1.5 milliard $. Ce qui à permis à Price Waterhouse, firme bien connue pour son expertise en eau, d’avancer le chiffre de 3.9 milliards $ immédiatement après. Mais comme ils ont mis dans le même tableau tous les coûts d’opération pour les 20 années suivantes (ce qui n’a comptablement aucun sens), le total faisait 10 milliards $, et fut parfois rapporté dans les médias comme étant le coût de réfection des infrastructures. Évidemment le chiffre fait peur, et c’est son but, mais tous ces chiffres, postérieurs à l’an 2000 ne sont basés sur rien. L’estimation des fuites suit exactement le même schéma. Bref, ce que les médias rapportent s’insère dans un processus destiné à effrayer les contribuables quant aux coûts futurs et à les convaincre de se débarrasser du problème le plus vite possible en le refilant au privé. Il n’y a pas de recette miracle pour l’action citoyenne, mais j’oserais proposer quelques pistes : 1- Reprendre une perspective citoyenne (éco-citoyenne) sur les questions socialesLe système actuel transforme le citoyen en consommateur. Si le citoyen possède une vie essentiellement collective, car une action citoyenne ne peut se concevoir sans le nombre, le consommateur est seul face à son fournisseur et son mode d’intervention consiste à se tourner vers un autre fournisseur, disciplinant, théoriquement, celui qui ne lui a pas donné satisfaction. Mais pour que cela fonctionne il faudrait que la concurrence fut parfaite et si la concurrence était près d’être parfaite il n’y aurait pas de ces profits mirobolants que l’on voit tous les jours. Donc, il faut reprendre une vision citoyenne des choses et voir, collectivement, ce qui est le mieux pour la « cité ». 2- Encourager et participer à la production d’un contre-savoirCe que nous rapportent les médias, par exemple que l’entreprise privée est bien meilleure, tout le monde le sait, fait partie d’une connaissance qui est rapportée partout, y compris dans le système scolaire, mais qui n’a aucune naturalité en elle-même. Il s’agit d’une connaissance de classe destinée à endoctriner la population. Il faut aider à produire des analyses et des connaissances alternatives qui vont nous aider, en tant que citoyens à analyser la situation du point de vue des citoyens et non pas toujours du point de vue des dirigeants d’entreprise rapporté par leurs sbires. L’Action Nationale est un exemple de lieu ou une telle connaissance alternative a droit de cité, mais il n’y en a pas beaucoup, et il ne faut pas compter sur les gouvernements pour les financer. 3- Devenir membre des groupes qui se spécialisent dans la protection du bien public, l’eau, les forêts, etc.Il existe plusieurs groupes qui se spécialisent dans la protection des biens publics. Autant la démocratie a été diminuée par les lobbies des riches et des entreprises voulant s’approprier le bien public, autant il faut leur opposer des regroupements de citoyens qui veulent le sauver, 4- Il faudrait aligner les actions politiques sur les discours sociauxLes gens ont la mauvaise habitude de voter contre le gouvernement en place. Dans ces circonstances, ils votent pour celui qu’ils perçoivent comme étant le plus susceptible de battre ce gouvernement. Il faudrait que les gens votent pour leurs idées s’ils veulent un jour les voir au pouvoir, et non contre celles des autres, ce qui ne fonctionne visiblement pas. Au besoin, il faut créer les véhicules qui transporteront ces idées. Évidemment, pour ce faire, il va falloir un changement assez radical de la façon dont nous considérons les élections et sans aucun doute un changement du mode de scrutin qui augmente sensiblement l’égalité des chances. Ce ne sont là que quelques suggestions d’actions à entreprendre. Toutes me semblent importantes et aucune n’est décisive. Il faut donc lutter sur tous les fronts à la fois pour repousser les échéances et parfois empêcher la catastrophe (comme le serait la privatisation du service d’eau à Montréal). |
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Année: 2007