| Stéphane Dion à la barre du PLC : la répression contre le dialogue |
|
| Pierre Serré | |
| 26-02-2007 | |
|
Le 2 décembre dernier, les militants libéraux fédéraux élisaient Stéphane Dion à la tête du Parti libéral du Canada (PLC). Bien des commentaires ont souligné la nouvelle conjoncture politique fédérale. Avec maintenant deux chefs de « haute stature » – Dion et Harper –, le Bloc québécois est désormais sérieusement menacé. Son écroulement, affirme-t-on pour une énième fois, entraînerait celui du Parti québécois et de l’option indépendantiste. Le nouveau PLC pourrait donc faire oublier quelques petites erreurs passées et de nouveau charmer les Québécois, ainsi que l’ont fait ses prédécesseurs Jean Chrétien et Pierre Elliott Trudeau. En vertu d’un retour d’une certaine éthique chez les libéraux et d’un certain « respect » de la division des pouvoirs à Ottawa, M. Dion pourrait bénéficier de l’ethnicisme de ses frères et sœurs de sa province natale. Il nous semble cependant que le couronnement de M. Dion signifie plus fondamentalement que le PLC a délibérément choisi de s’enfoncer dans la ligne dure contre le Québec. De tous les candidats à la chefferie libérale fédérale, les militants ont choisi celui qui était le plus hostile envers les droits politiques du Québec. Stéphane Dion est notamment le parrain de la Loi sur la Clarté référendaire. Cette loi soumet la formulation question référendaire et l’interprétation de la réponse au bon vouloir du Canada anglais. Si ce dernier décide qu’elles ne sont pas légitimes, aucun résultat référendaire ne peut tenir. Un affrontement politique majeur en découle, ce qui est le but recherché. Plus encore, cette même Loi sur la Clarté référendaire légitime toutes les interventions du gouvernement fédéral au mépris des règles référendaires québécoises. En choisissant d’encadrer le gouvernement québécois, M. Dion a affirmé haut et fort que le gouvernement fédéral n’a aucun encadrement à respecter et qu’il peut s’immiscer comme bon lui semble dans les affaires internes du Québec. Bref, par cette loi, le Canada anglais réduit considérablement le droit à l’autodétermination de la nation et s’arroge le droit de menacer et d’intimider un électorat qui aurait choisi la liberté plutôt que la soumission. La course à la chefferie libérale a d’autre part montré que le mot « nation » est honni chez M. Dion. Ce dernier s’est opposé avec la dernière énergie à toute reconnaissance de la nation québécoise qui puisse avoir des conséquences politiques. C’est tout le contraire du candidat qui a mené la course durant presque toute la campagne, Michael Ignatieff, même si, dans la bouche de ce dernier et dans celle de tout bon libéral, le mot « nation » n’avait d’autre signification que l’insignifiance sur le plan politique. Les militants libéraux auraient pu choisir un candidat nettement moins irritant pour le Québec. Il n’en est rien. M. Dion n’avait que de très rares appuis au Québec, contrairement à M. Ignatieff. La voix des délégués québécois aurait pu être entendue, mais elle ne l’a pas été. M. Dion est par conséquent une créature canadienne, non québécoise. Son orientation politique ne mise pas sur le dialogue mais sur la répression, celle de l’identité québécoise. Elle s’inscrit parfaitement dans la foulée des Trudeau, Chrétien et Martin. Pourquoi donc le PLC s’est-il donc entiché d’un tel paria, d’un véritable boulet au Québec ? En quoi le rapprochera-t-il du pouvoir à Ottawa ? On doit ici retourner à la volonté politique qui a vu M. Dion se faire élire. En outre, le nouveau chef traduit au sein du PLC l’évolution démographique du Canada. La majorité des députés libéraux fédéraux proviennent des circonscriptions fédérales avec minorité immigrée importante. Une telle proportion était impensable il y a 40 ans (plus de huit millions d’immigrés ont été reçus au Canada depuis cinquante ans). Les élus qui proviennent de ces circonscriptions sont les premiers à ne pas souscrire au Canada binational. Dans ce segment de l’électorat, il n’existe pas de droit politique à l’autodétermination pour le Québec. Le Canada est pour eux une mosaïque multiculturelle dont l’unité nationale doit être préservée à tout prix. Il ne saurait y avoir de dialogue à établir avec un groupe ethnique qui remet en question le régime politique canadien et qui contrôle malencontreusement l’une des provinces du Canada. Ce lien prépondérant de représentation se traduit déjà dans les rapports de force au sein du parti. Il s’est traduit dans le choix du chef et il se traduira dans la constitution du futur conseil des ministres du futur Premier ministre Dion, si tant est que cela arrive. Tout simplement parce que les députés libéraux actuels auront un ascendant marqué (expérience, notoriété, prestige) sur les futurs nouveaux députés libéraux qui seront élus lors de la prochaine élection générale. Alors que le Canada devrait montrer la voie en matière de développement démocratique, les libéraux poursuivent dans la voie de la répression. S’il veut rompre avec cette logique qui mène soit à l’indépendance, soit à l’effacement de l’identité québécoise, M. Dion devra poser au moins trois gestes de réconciliation, nonobstant ce qu’en pensent les libéraux provinciaux du Québec. Il devra premièrement abroger la Loi sur la Clarté référendaire pour plutôt encadrer solidement les interventions fédérales lors d’un éventuel référendum de telle sorte que sera pleinement respecté le droit à l’autodétermination du Québec. Il devra ensuite reconnaître la nation québécoise en tant que communauté politique qui nécessite des aménagements constitutionnels pour en assurer la survie et l’épanouissement. Qu’il y ait sur le territoire québécois une minorité anglophone qui constitue le prolongement de la majorité canadienne ne devrait pas constituer un obstacle à cette reconnaissance. Il devra enfin changer le mode de scrutin majoritaire actuellement en vigueur. Ce dernier est largement responsable de la constitution d’une dynamique d’exclusion du Québec de la gouverne politique fédérale. À cet égard, rappelons qu’aucun gouvernement, depuis 1993, n’a joui de l’appui d’au moins 30 % des électeurs inscrits. Paul Martin et Stephen Harper n’en avaient même pas 23 %. Depuis 1968, d’ailleurs, un seulement gouvernement fédéral a pu jouir de l’appui de plus de 35 % des inscrits. Il s’agit du gouvernement conservateur de Brian Mulroney en 1984. Dans la dynamique actuelle, le Canada est gouverné par une minorité. Il n’y est nul besoin d’obtenir l’appui des fédéralistes nationalistes du Québec pour accéder au pouvoir. Cela est vrai depuis l’arrivée du Bloc québécois, cela était aussi vrai auparavant. La dynamique électorale fédérale permet l’exclusion du Québec. Ce dernier est alors considéré comme un problème qu’il faut régler sans rechercher quelques arrangements constitutionnels mutuellement satisfaisants. La dynamique électorale fédérale est structurellement faite de répression politique plutôt que de dialogue. M. Dion a annoncé qu’il renoncera à sa citoyenneté française. S’il veut rapprocher le Québec du reste du Canada et s’il veut réellement maintenir l’unité du pays, il devra infléchir son parti dans le sens du dialogue. À l’inverse, son élection signifiera la poursuite de la répression culturelle, beaucoup d’énergies et de temps perdus. Elle implique que notre nation en fera les frais et que l’indépendance demeurera sa seule option valable. |
| < Précédent | Suivant > |
|---|











Recherche dans la revue
Année: 2007