| Le chat dans le sac |
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| Robert Laplante | |
| 07-02-2005 | |
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CHUM : Ce gouvernement a beau se gargariser de tous les lieux communs sur la transparence dans la gestion des fonds publics, le fouillis actuel n’est pas encore assez grand pour le convaincre de faire la seule chose à faire pour redonner confiance aux citoyens : convoquer des audiences publiques!… Le jour même où paraissait un sondage dévastateur établissant à 68% le taux d’insatisfaction à l’égard du gouvernement de notre Premier sous-ministre, la manchette du Devoir nous donnait une primeur dans le dossier du CHUM: les experts choisissent Outremont. Toute une surprise!!! Que de bienfaits aura-t-il porté à l’un de ces auteurs, le soleil de la Floride. Des pages lumineuses, n’en doutons pas, achèveront de convaincre ceux-là qui ne demandent qu’à l’être ou, du moins, à faire semblant de l’être pour habiller d’autres motifs.
Évidemment, le ministre Couillard a déjà pris ses précautions : le rapport Couture Saint-Pierre ne sera qu’une pièce de plus au dossier, une pièce qui néanmoins « cristallisait son opinion » (La Presse vendredi, 4 février). Dure, dure la conciliation de la solidarité ministérielle et des ambitions de carrière. Évidemment il s’agit d’un autre rapport que seuls les happy few pourront apprécier, à l’instar de tous les autres qui s’empilent dans les officines. Ce gouvernement a beau se gargariser de tous les lieux communs sur la transparence dans la gestion des fonds publics, le fouillis actuel n’est pas encore assez grand pour le convaincre de faire la seule chose à faire pour redonner confiance aux citoyens : convoquer des audiences publiques. Dans les circonstances actuelles aucune décision ne parviendra jamais à jeter les bases d’un véritable ralliement derrière le projet. Le CHUM va continuer de grandir comme objet de discorde.
Il y avait quelque chose de pathétique à lire le communiqué émis jeudi par le chef de l’Opposition officielle réclamant un débat d’urgence à l’Assemblée nationale. Ceux-là qui s’étaient déjà beaucoup étonnés de la discrétion péquiste dans ce dossier n’en finiront certes pas d’être surpris par cette réaction si tardive. Les autres, plus habitués ou davantage résignés à voir ce parti s’enliser dans la demi-mesure et le combat velléitaire, n’y verront qu’une preuve supplémentaire de l’impossibilité de rattraper une mauvaise décision en prolongeant les restrictions mentales qui ont servi à maquiller ce dossier depuis le tout début. Le Parti Québécois n’avait pas fait d’excès de transparence dans le choix du site du 6000 Saint-Denis. Et il n’avait pas davantage impressionné par sa rigueur dans la façon cavalière avec laquelle il avait discrédité le site de l’Hôtel –Dieu... Et surtout, il n’avait pas questionné les fondements de la décision de Daniel Johnson d’autoriser la construction du centre hospitalier universitaire de McGill. Le voilà toujours aussi prisonnier de la politique politicienne
La revendication péquiste de la onzième heure ne fait que prolonger la censure sur les deux aspects les plus fondamentaux de ce dossier. En effet, il n’a jamais été démontré que le Québec avait les moyens de se payer deux centres hospitaliers de cette envergure. Et, d’autre part, il n’a jamais été démontré non plus que la configuration de notre système de recherche et de dispensation de soins gagnerait en cohérence avec une organisation bicéphale. Cela incombait d’abord au Parti Québécois de le faire quand il était au pouvoir. Il ne l’a pas fait et c’était une erreur. En refusant de réclamer des audiences publiques sur l’ensemble du dossier et pas seulement sur la question du choix du site, le Parti Québécois ne fait pas que prolonger son erreur, il se défile.
La création de deux centres hospitaliers universitaires repose sur un parti-pris inacceptable : celui de ne pas questionner le rôle et la place des institutions de McGill dans un système national. Rien ne justifie les dédoublements d’équipement, d’effectifs et de structures de gestion. McGill devrait prendre son rôle dans un système national unifié, pas continuer d’exister dans une logique de développement séparé. Les promesses de complémentarité ou encore les exemples de partenariat ne changent rien à l’affaire. McGill peut très bien continuer de poursuivre ses activités mais en s’intégrant dans un ensemble institutionnel défini sur les besoins nationaux et non pas sur l’attribution de ressources qui sont sans commune mesure avec la place de la communauté anglophone au Québec.
McGill se voit déjà attribuer 25% des places d’étudiants en médecine au Québec. C’est trois fois plus que le poids démographique des anglophones du Québec. Et on lui offre 50% du budget total consacré aux centres hospitaliers universitaires à bâtir ! L’Université de Montréal forme 40% des médecins qui pratiquent au Québec, quatre fois plus que McGill et doit se satisfaire du même montant ! Et l’on voudrait nous faire le coup de bonne gestion et de l’austérité budgétaire lorsqu’il s’agit d’évaluer le projet du CHUM ? On veut bien que les péquistes attaquent le gouvernement Charest, mais on voudrait que les coups portent sur les points névralgiques. Il ne serait pas superflu de voir primer le sens de l’État et de nos intérêts nationaux dans cette affaire.
Pendant que le mauvais vaudeville continuait de faire jaspiner le tout Outremont, le ministre Béchard se demandait comment faire pour amener Ottawa à comprendre comment « appeler un chat un chat », pour tenter de régler le lancinant dossier des congés parentaux. Il ne s’attendait sans doute pas à ce que son collègue Couillard puisse filer la métaphore féline grâce à un coup de main de l’Opposition officielle dans le dossier du CHUM. Dans une affaire si confuse qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits, les péquistes ont trouvé le moyen de ne pas aller au fond des choses en perpétuant un cadrage qui permet de garder le chat dans le sac. La lettre envoyée, le communiqué émis, le clip réalisé au bulletin de nouvelles, l’indignation peut continuer de suivre son cours sans vraiment risquer de faire lever le scandale. Les paroles coulent toujours mieux en suivant la courbe des sondages.
Les chats, paraît-il, ont sept vies. |
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