| L’apartheid hospitalier |
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| Robert Laplante | |
| 28-03-2005 | |
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La nouvelle a dû faire jaser dans les chaumières d’Outremont. Le CHUM, plusieurs dizaines de millions plus tard, sera donc là où un compromis boiteux et un mandat tronqué l’avait situé. Nous ne saurons sans doute jamais ce qu’il y avait derrière l’agitation de Paul Desmarais qui avait mobilisé tous ses attelages pour la gare de triage du Canadien Pacifique. Les chamailleries de l’establishment fédéraste sont d’un intérêt limité. Ils seront néanmoins nombreux les loustics à sourire devant le spectacle des puissants qui jaspinent et à voir un magnat se faire donner pareil camouflet sur la place publique. La misère des riches a toujours été un objet de curiosité dans centre-sud comme ailleurs. L’indigence intellectuelle, pour sa part, reste toujours affligeante. En particulier quand elle sévit dans les médias qui ont excellé à tout réduire à l’insignifiance d’une vulgaire partie de souque à la corde. Le babillage sur la victoire de Philippe Couillard, les épanchements sur le crêpage de chignon au conseil des ministres et sur notre Premier sous-ministre qui perd la face, rien n’a été épargné pour ne pas poser la seule question qui importe : pourquoi deux centres ? Le silence qui pèse sur cet inutile dédoublement tient tout autant de la censure que du recul coupable devant l’obscénité. La pensée démissionnaire trafique, sous l’évidence des acquis inquestionnés, des injustices et des privilèges qui ne s’expliquent que par le caractère inachevé du redressement national. Questionner la pertinence et le bien-fondé du dédoublement de cette institution, c’est lever le voile sur les choix à faire quant à la place des institutions nationales dans l’organisation de la société québécoise. Et lever ce voile, c’est accepter de regarder lucidement la place que tiennent la communauté anglophone et ses institutions dans les institutions nationales. Le choix du dédoublement, c’est celui du développement séparé. Quel que soit l’angle sous lequel on l’examine, cette décision ne se défend pas au regard des critères économiques et administratifs usuels. L’Université McGill bénéficie déjà d’un traitement de faveur en se voyant attribuer 25% des places en médecine : c’est trois fois le poids de la minorité anglophone au Québec. Son centre (MUHC) recevra la moitié du budget total pour un projet comportant 200 lits de moins que le CHUM. Ses diplômés représentent seulement 10% des médecins pratiquant au Québec. En comparaison, l’Université de Montréal en forme 40%. Reprenant ces chiffres, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a lancé un appel le 23 mars dernier pour réclamer des audiences publiques. Il a particulièrement insisté sur la dimension linguistique de ce choix. Il est absurde de prétendre intégrer en français et en faire la langue commune des institutions et de la vie publique quand on place ainsi les deux projets sur un même pied d’égalité. Il y a là un refus d’ordonner la vie publique selon les exigences de cohésion nationale. Au moment où la grève étudiante s’enlise sous la médiocrité gestionnaire d’un Jean-marc Fournier plus sectaire que jamais, alors qu’on nous annonce d’autres coupes sombres à l’aide sociale, faire silence sur le dédoublement des centres hospitaliers universitaires tient de la plus puante démission. Un scandale. Les sommes manquantes et bien davantage seront englouties dans la seule duplication des bureaucraties et structures de gestion de ces deux hôpitaux. On ne peut pas s’en tirer avec une pirouette en disant que, de toutes façons, les francophones seront servis en français au MUHC. On ne parle pas ici de prestation de services mais bien de configuration des institutions nationales. On ne s’en tirera pas non plus en plaidant qu’il y a des étudiants et des chercheurs francophones qui vont œuvrer et bénéficier du MUHC. Ils y seront comme des minoritaires dans une institution financée par l’ensemble des contribuables. Personne ne dit que McGill n’est pas un centre d’excellence et rien ne dit qu’il ne pourrait le demeurer en s’inscrivant dans une structure unique. À moins que l’on tienne pour une menace d’avoir à fonctionner selon la règle commune. Never under french rules disaient les orangistes. La vérité, c’est que ce dédoublement constitue un refus de réaménager les rapports de l’Université McGill avec les institutions nationales. S’il est vrai, comme le répètent sans cesse ses dirigeants, que McGill se définit comme une université québécoise, s’il est vrai qu’ils tiennent à témoigner de ce sentiment d’appartenance, on ne comprend pas pourquoi cela ne se traduirait pas par une intégration à un système national de soins et d’enseignement qui réponde aux besoins de l’ensemble de la population et qui fonctionne avec la cohésion requise. Il ne peut y avoir qu’un seul navire-amiral. La vérité, c’est que le gouvernement du Québec et une trop grande partie de l’élite francophone ( en particulier dans le monde universitaire et médical) refusent de faire face aux exigences nationales et aux réaménagements des rapports inter-communautaires que cela implique. Le choix des deux centres, c’est celui de l’apartheid hospitalier. |
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