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FRANCOPHONIE: QUEL AVENIR? Le dossier spécial du dernier numéro de L'Action nationale

 

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triangleAnnée: 2005 triangleNumero: Mai triangleCategorie: Comptes rendus
Pierre Vennat: Général Dollard Ménard. De Dieppe au référendum. Version imprimable
Robert Laplante   
06-05-2005

Pierre Vennat
Général Dollard Ménard. De Dieppe au référendum. Montréal, Art Global, 2004

Pierre Vennat a déjà signé plusieurs ouvrages qui ont largement contribué à réhabiliter auprès du grand public la place des Canadiens français dans l’histoire militaire du Canada. Ses ouvrages ont, en outre, permis de faire les nuances qui s’imposent au sujet des interprétations qui ont marqué la scène idéologique en ce qui concerne la participation à la Grande Guerre (Les Poilus québécois) ou encore à la Deuxième Guerre mondiale (Les Héros oubliés).

Les relectures qu’il a faites ont mis en valeur le courage, la compétence et les faits d’armes des soldats de métier, des volontaires et des conscrits dans les grands conflits qui ont façonné le vingtième siècle. Il poursuit ce travail avec Général Dollard Ménard. De Dieppe au référendum.

Le héros du débarquement de Dieppe a été une légende vivante, en son temps considéré comme la plus grande figure militaire de notre peuple. Il était important de raviver le souvenir et de faire le travail de mémoire en rédigeant sa biographie. Pierre Vennat s’en acquitte ici d’une façon admirative sans être complaisante. Il nous présente un homme au parcours d’abord fulgurant, qui le conduira de l’Inde coloniale à Singapour dans des postes où il se distinguera par sa compétence, sa capacité d’adaptation et sa combativité feront de lui le candidat désigné pour commander les Fusilliers Mont-Royal lors du raid sanglant de Dieppe. Blessé cinq fois au cours de cette opération qui reste une des plus contestées de l’histoire de la Deuxième Guerre, Ménard aura fait preuve là d’un véritable héroïsme.

Cette stature de héros, le Canada, propagande de guerre oblige, l’utilisera abondamment, faisant jouer un rôle de premier plan à Ménard dans les campagnes destinés à mousser le recrutement ou encore la vente des bons de la Victoire. Les choses se compliqueront vite cependant pour ce Canadien-français jugé dérangeant par son franc-parler, sa droiture et son ambition. Celui qui aura réussi à imposer le français dans le commandement des troupes (francophones !) paiera cher son esprit d’indépendance et de revendication. Sa carrière ralentira, d’abord lentement, puis de plus en plus rapidement au fur et à mesure que l’armée complètera sa modernisation. La marginalisation de Ménard conduira à sa mise à la retraite prématurée, à l’âge de cinquante deux ans.

Le personnage restera néanmoins un héros encombrant. Lors des cérémonies de commémoration, par ses déclarations publiques et surtout par sa prise de position en faveur du OUI au référendum de 1980, l’homme s’attirera régulièrement les tracasseries, les manœuvres hypocrites et vexatoires de l’establishment militaire et politique canadian. Le tout culminera dans une « affaire » odieuse et minable, le « procès des généraux » qui l’opposera à deux compatriotes et officiers ( Dextrase et Allard) qui ont sali sa réputation en laissant entendre que son engagement en faveur du OUI s’expliquait comme une séquelle de ses blessures qui auraient affaibli ses facultés. Exemple pathétique de la lutte fratricide et manifestation répugnante de l’esprit de soumission déloyale à son peuple.

Ménard a fini par avoir réparation mais cela n’a pas mis fin aux vexations et à la conduite revancharde de l’État canadian qui l’a tenu à l’écart ensuite des cérémonies du cinquantenaire du débarquement. Nos sociétés nationales et l’Assemblée nationale du Québec, heureusement, ont eu une conduite plus digne et posé les gestes de reconnaissance que ce héros méritait. L’ouvrage de Vennat continue d’honorer la mémoire de cet homme et en cela, il fait oeuvre utile. On lui reprochera avec raison de rester un peu trop anecdotique et d’en rester à de trop laconiques généralités en ce qui concerne la mise en contexte et l’analyse de l’armée canadienne et de sa dynamique francophobe, mais il ne faut pas trop lui en tenir rigueur. Ce livre fait un premier déblayage, il réunit des matériaux qui auraient pu se perdre, il maintient vivants non seulement le souvenir mais l’intérêt pour l’homme et ce qu’il a fait. La vie et l’œuvre du plus grand héros militaire de notre histoire mériteront d’être maintes fois revisités. Pierre Vennat a réussi à raviver l’intérêt et à faire valoir la nécessité de maintenir un questionnement sur ce pan de notre histoire et sur les personnages qui, à l’instar de Dollard Ménard, ont contribué à y incarner une idée de la grandeur et de l’idéal.

 
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