Numéro du centenaire

2017janvierfevrier250

L'exceptionnel numéro du centenaire, grand format couleur, retrace l'évolution de la pensée nationale sur tout un siècle.

 

Allocution de Robert Laplante lors du lancement
En  vente à la boutique

Dans le numéro de Mars 2017

Mars 2017

Vol. CVII, no 3

Éditorial - La politique du non-être

2017mars250Le gouvernement libéral ne va nulle part. Et c’est là où il veut aller. Dix démissions, des scandales nauséabonds, des reculs, des reports et… toujours la même arrogance. Jouant de tous les trucs et astuces que la politique politicienne lui octroie d’office grâce au soutien blindé d’une minorité de blocage et de l’impuissance caricaturale des partis d’opposition, il survit à sa propre maladresse. Il est à l’aise dans la médiocrité prétentieuse. Et cela le laisse bien en phase avec celle que distille chaque jour un complexe médiatique qui n’en finit plus de décrocher du réel pour traiter le Québec comme une grossière farce.

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Les pouvoirs constituants québécois et autochtones (première partie)

Première partie

1. Le pouvoir constituant du peuple québécois et l’accession à l’indépendance

Le Canada est une fédération multinationale1. Son caractère fédéral est inscrit dans la Constitution, notamment aux articles 91 et 92 de la Loi constitutionnelle de 1867, qui partagent les compétences législatives des deux ordres de gouvernement, fédéral et provincial. Le caractère multinational du Canada n’est pas reconnu par la Constitution : ni la nation canadienne ni la nation québécoise n’y est mentionnée. Seuls les peuples autochtones ont reçu en 1982 une reconnaissance constitutionnelle par l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Cette reconnaissance est toutefois mitigée puisqu’aucun pouvoir constituant n’est attribué à ces derniers.

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Le référendum d’octobre 1995 dans L’Action nationale

logo100eBLEU150Nous nous intéressons ici à la manière dont L’Action nationale présente le projet de souveraineté du Québec dans le contexte de l’approche du référendum du 30 octobre 1995. Nous identifions les principaux arguments avancés dans la revue pour encourager les Québécois à voter OUI. Plus globalement, nous voulons dégager la vision que les auteurs publiés se font de l’avenir du Québec.

Nous avons commencé le repérage des articles à partir du moment où le gouvernement de Jacques Parizeau entre au pouvoir, en septembre 1994, en ayant promis de déclencher un référendum sur la souveraineté du Québec. Le repérage se termine en janvier 1996 pour voir comment les collaborateurs de la revue réagissent au NON qui a recueilli une courte majorité. Nous avons retenu tous les éditoriaux écrits par Rosaire Morin, directeur de la revue, car ils permettent de bien cerner l’idéologie générale de L’Action nationale. De plus, nous avons sélectionné tous les articles qui présentent de près ou de loin une vision d’un futur Québec indépendant et tous ceux qui exposent des arguments pour le OUI.

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Le démantèlement de la nation (chronique 14)

La période couverte s’étend du 26 novembre 2016 au 20 février 20171

Ottawa : un pouvoir colonial

Le Québec, territoire occupé

Lévis. Au motif que l’aéronautique est une compétence fédérale exclusive, la Cour supérieure a invalidé la décision de la Cour municipale de Lévis contre une école de parachutisme construite sans autorisation (6 janv.). Déjà, les villes de Neuville, Saint-Cuthbert et Terrebonne-Mascouche ont vu leurs schémas d’aménagement invalidés par les cours. Il est désormais impossible pour les municipalités et l’État québécois d’aménager le territoire en fonction de leurs priorités.

Pétrole. TransCanada a besoin d’Énergie Est pour exporter le pétrole des sables bitumineux vers l’Inde. Le Québec, « route des Indes » titre Alexandre Shields, pour 1,1 million de barils par jour sur 625 km de notre territoire, sans aucune retombée pour le Québec (1er mars)

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Réunis pour célébrer

logo100eBLEU150Chers amis, Joyeux Anniversaire !
Joyeux Anniversaire à tous !

Membres du comité de rédaction, auteurs, lecteurs, infographistes, personnel d’imprimerie, critiques et blogueurs, c’est une fête pour nous tous. Une fête aussi pour tous ceux et celles qui ne sont pas ici présents, mais qui se trouvent dans cette enceinte chaleureuse et fraternelle que constitue le très mystérieux collège invisible qui rend possible et stimulante la vie d’une revue.

L’Action nationale a cent ans. C’est un véritable exploit. Même si nous avons la certitude et la preuve – tous les numéros des premières années le prouvent – que les fondateurs voyaient loin, on ne peut s’empêcher de se demander si même dans leurs rêves les plus fous leur détermination leur laissait espérer l’horizon du centenaire. Un siècle entier à penser le Québec, à le chérir, à l’admonester, à en désespérer même parfois, mais un siècle toujours à foncer dans l’épaisseur du destin commun avec courage et opiniâtreté.

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Claude Corbo. Tocqueville chez les perdants

Claude Corbo
Tocqueville chez les perdants, Del Busso Éditeur, 2016, 210 pages

Claude Corbo ne cache pas son admiration pour Alexis de Tocqueville. Dès la fin de ses études collégiales, il lit des extraits de De la démocratie en Amérique et depuis, son intérêt pour l’auteur et son œuvre ne s’est jamais tari.

L’essai qu’il propose aujourd’hui reprend en l’étoffant un texte déjà publié sur Tocqueville et le Canada français ; il y ajoute deux textes relatant le point de vue tocquevillien d’abord sur les Autochtones de l’Amérique et ensuite sur l’Algérie coloniale ; le tout précédé d’une courte biographie de Tocqueville. Claude Corbo s’appuie non seulement sur les principales œuvres de l’auteur, mais également sur ses notes de voyage et sa volumineuse correspondance.

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Jean-Charles Panneton, Le gouvernement Lévesque, tome 1

Jean-Charles Panneton
Le gouvernement Lévesque, tome 1. De la genèse du PQ au 15 novembre 1976, Québec, Septentrion, 2016, 359 pages

Il est frappant, à lire le premier des trois tomes de l’ambitieux projet de Jean-Charles Panneton sur le gouvernement Lévesque, de réaliser combien l’histoire se répète et se rejoue avec d’infimes nuances qui n’ont de cesse de nous plonger dans les plus vives comparaisons avec l’actualité politique contemporaine. C’est déjà là un des grands bienfaits de cette lecture.

D’abord, les tiraillements du début des années 1970 au sein de la mouvance indépendantiste afin de fusionner les courants souverainistes – le Mouvement souveraineté-association de René Lévesque, le Rassemblement pour l’indépendance nationale de Pierre Bourgault et le Ralliement national de Gilles Grégoire – nous font immanquablement songer à ce que l’on appelle aujourd’hui le désir de « convergence » qui s’incarne dans OUI-Québec. Ensuite, la fondation du Parti québécois le 14 octobre 1968 n’est pas sans nous rappeler la refondation à laquelle on assiste actuellement autour du nouveau chef du PQ, Jean-François Lisée.

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Bernard Émond. Camarade, ferme ton poste

Bernard Émond
Camarade, ferme ton poste et autres textes, LUX, coll. « Lettres libres », Montréal, 2017, 156 pages

Nous sommes libres, pour rien ; il nous faut réapprendre à être libres pour quelque chose au-dessus de notre liberté.

– Bernard Émond

Jamais le désespoir ne me parut plus allègre qu’à la lecture du dernier essai de Bernard Émond, Camarade, ferme ton poste paru aux éditions Lux. Ayez beaucoup de courage pour affronter l’inutile. Ne vous prenez pas au sérieux, mais ne méprisez pas ce que vous faites. Voilà, me semble-t-il, la tonalité du livre : une grande promenade dans un décor clair-obscur, certes désenchanté, mais où une lumière accompagne néanmoins l’homme-déambulatoire dans chaque zone sinistrée de l’âme humaine. Sa promenade surplombe fort malheureusement un paysage québécois en ruine et, qui plus est, dans un état de « déficit linguistique et esthétique » (p. 38). L’époque est à la laideur, question d’économie ! L’auteur nous offre ses réflexions avec une plume chargée à l’encre du « réalisme socialiste », pour emprunter l’expression de Roland Barthes, et dans une forme où l’auteur a le souci de saisir la structure profonde de la société. Discerner l’important et rejeter l’insignifiant : « Un peuple peut survivre à des siècles d’oppression, mais il ne peut pas survivre à sa propre indifférence » (p. 35). L’auteur, très loin des querelles de clocher, nous offre toujours des réflexions situées à très haute altitude philosophique et qui ne sont pas sans me rappeler la plume légère et dépourvue de toute animosité de Jean D’Ormesson. Amour, deuil, pudeur, gratitude, admiration, dignité humaine et petite bonté pour ne nommer que quelques-uns des thèmes abordés, et qui vont bien au-delà du plaisir de la lecture : ils tendent vers le bonheur véritable. La nostalgie est-elle le reflet d’un manque ? Peut-on la résumer avec la formule de l’auteur ? « C’était beaucoup mieux avant, mais c’est beaucoup mieux maintenant. » (p. 111) Entouré d’un monde aussi incertain que lui, c’est avec humilité et sagesse que le lecteur pourra rendre grâce et « payer sa dette » (p. 61) à cet auteur exceptionnel qui a su prendre conscience qu’il n’était pas au-dessus des choses, mais dedans. Émond est de ces écrivains qui provoque non pas un enthousiasme inutile et bruyant, mais une intime dévotion.

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Simon Harel. Foutue charte, journal de mauvaise humeur

Simon Harel
Foutue charte, journal de mauvaise humeur, Varia, coll. Proses de combat, Montréal, 2016, 231 pages

Rarement dans ma vie de lecteur je fus aussi désarçonné et dubitatif suite à la lecture d’un livre que lorsque j’ai refermé le dernier né de la plume du professeur de « littératures et langues du monde » Simon Harel intitulé Foutue charte. Avant d’en ouvrir les premières pages, je m’étais fait tout un scénario. J’allais plonger dans les pages du bouquin tête baissée, comme un baigneur se jette dans une eau inconfortable et trop froide. J’allais lutter de tout mon être pour endurer jusqu’à la fin la lecture d’un énième texte condamnant la charte des valeurs et le courant conservateur du nationalisme québécois puis, dans un exercice cathartique, j’allais finalement en faire une recension critique relativement assassine traitant des nombreuses lacunes dans la pensée politique d’un auteur trop libéral-progressiste pour moi. Quelle naïveté !

Foutue charte est plutôt le récit de l’existence quotidienne de Simon Harel sous forme de journal. Loin d’être un essai sur l’état de la société québécoise, Harel signe plutôt ici un récit autobiographique à saveur légèrement névrotique. La valeur politique du tout est quasiment nulle et sa valeur littéraire n’est guère moins insignifiante tant l’auteur ne semble pas s’être appliqué à pousser l’art du journal plus loin qu’un adolescent angoissé et moyennement hostile à ses parents ne le ferait lui-même. Mes mots d’introduction sont durs, j’en conviens, et j’éprouve une réelle compassion pour l’auteur en les écrivant tant j’ai senti ce dernier troublé et psychologiquement fragile après avoir traversé une année avec lui grâce aux petites entrées de ses carnets.

L’année de vie que nous donne à lire le professeur Harel commence en effet fort mal. Ce dernier, en vacances à l’Île-du-Prince-Édouard avec sa compagne June et son chien Laïka, se fait apostropher par un badaud local ivre dans un kiosque de crème glacée situé non loin de sa résidence secondaire. En anglais, dans le texte, Harel se fait dire :

I fuck you Quebec! How could you welcome those twisted minds, Homolka, Magnotta! What about the chart now! What about Drainville! You’re an embarrassment to Canadian values. (p. 14)
When will you pay your province bills, you separatists are cowards and idiots… all at the same time! Spoilt brats. (p. 15)

C’en était fait des paisibles vacances de Simon Harel et de sa quiétude insulaire à regarder passer « un peuple entier en Grand Caravan effectu [ant] une de ces transhumances dont on ne connaît pas vraiment la motivation » (p. 26), c’est-à-dire un convoi de Québécois se rendant au traversier de 14 h en partance du quai de Souris pour Cap-aux-Meules aux Îles-de-la-Madeleine, un des plus magnifiques et surprenants archipels d’Amérique du Nord. Quel plaisir pour l’auteur, donc, de voir passer ce « peuple entier » et de s’en sentir détaché ! Quel déplaisir de s’y revoir associé ainsi et d’une manière aussi agaçante, une crème glacée à la main par un tiède soir d’été ! C’est l’énergie vitale d’Harel qui commence, avec cet incident, à s’étioler lentement. Puis les événements s’accélèrent dans un vortex dramatique. Une voiture frappe presque son chien Laïka. Harel pleure avec June. Ils rentrent à Montréal en écoutant de la musique américaine. « Les aigreurs d’estomac commencent » (p. 43). C’est la rentrée.

On suivra donc Simon Harel tout au long de cette année universitaire allant de septembre 2014 à juin 2015. Ça sera l’occasion pour nous, lecteurs, d’apprendre à connaître certains aspects de son existence et de tenter de comprendre la nature des nombreux malaises qui l’habitent. On pourrait croire, en s’inspirant du titre de son ouvrage, que l’infâme débat sur la charte tanguant dangereusement à l’extrême-droite l’a tant tourneboulé qu’il s’en est trouvé psychologiquement gravement affecté, mais il s’agirait d’une lecture erronée du récit de vie maladroit que ce dernier nous donne à lire. Le cas Harel – car c’est véritablement un cas – n’a aucun intérêt, sinon de nous permettre d’inférer, grâce à lui, quelques conclusions sur l’état de cette frange existentiellement démunie de notre population que sont les professeurs d’université à l’automne de leur carrière, tellement spécialisés et enfermés dans un jargon hermétique que leur rapport au monde en devient extrêmement puéril.

Harel, probablement malgré lui, exprime bien ce désarroi face à la vie. Il nous le dévoile d’abord à travers son rapport inquiétant à Facebook. Ses seuls contacts avec les débats politiques prégnants de la société dans laquelle il tente de vivre semblent être par l’intermédiaire de ce réseau social. L’auteur semble incapable de détachement et de distance par rapport aux commentaires lus sur les pages Facebook des « pro-chartistes », qu’il tentera péniblement d’étudier sous un angle d’apparence académique.

L’intuition préalable à la formulation d’une hypothèse circonscrite serait que l’hypertextualité des pages Facebook, domaine de l’expression virtuelle, favorise moins un art de la déclamation et de l’argumentation que l’utilisation du discours à des fins abrégées, en une obligation implicite de rationalisation de la parole à son aspect le plus performatif. (p. 57)

Mais Simon Harel ne nous trompera pas. Derrière ce passage, et certains autres du même acabit, se cache non pas la profondeur analytique d’un penseur des temps modernes, mais une angoisse presque insoutenable de l’auteur face à sa valeur académique, un besoin irrépressible de se prouver à lui-même sa capacité d’écrire dans le langage et la syntaxe détestable des universitaires d’aujourd’hui. À l’image du chat qui ronronne pour se soulager de ses souffrances avant de trépasser, Harel jargonnera quelques fois dans Foutue charte pour apaiser sa peur explicite d’être mis à l’écart dans l’université.

Nos analyses psychologiques seront d’ailleurs rapidement confirmées par l’édifiante entrée du 2 octobre 2014, alors qu’Harel nous confie le plus candidement du monde songer à « relire Romain Gary et [à] prendre deux Advil » (p. 62).

On le comprendra. Allier une obsession puérile pour le débat sur la charte des valeurs avec une utilisation immature des réseaux sociaux dans l’espoir d’en faire un sujet de recherche académique constitue une situation périlleuse pouvant potentiellement à la fois mettre à mal sa réputation de professeur, infliger une dure épreuve d’endurance à son couple et causer, à terme, d’importants troubles psychosomatiques.

C’est donc tour à tour le couple qui souffrira des obsessions de Simon Harel dans les pages qui suivront l’épisode de l’angoisse universitaire, puis la psyché harelienne qui, de son côté, revivra un deuil pénible, celui de sa grand-mère Jeanne, une « bonne catholique ». L’auteur se rappelle avec mélancolie cette douce grand-mère qui lui écrivait des lettres auxquelles il ne répondait pas et tente de s’imaginer ce qu’elle penserait de la charte. Qu’elle serait triste et affligée de voir les femmes musulmanes stigmatisées par des politiciens nationalistes, racistes et xénophobes parce qu’elles portent leur propre version du fichu d’autrefois qu’elle-même portait pour aller à l’église. Quelle serait sa peine, elle qui semble-t-il avait intégré avant l’heure ce qu’allait devenir la doctrine sociale d’une l’Église catholique phagocytée par l’apolitisme libéral protestant post Vatican II. Harel, désemparé, essaiera de prier pour avoir des réponses. Il ne réussira pas. Foutue charte, foutu Bernard Drainville, foutu PQ.

Parallèlement à cet échec spirituel de l’auteur et à l’évocation presque pathétique du deuil non réglé de sa grand-mère, c’est donc le couple qui souffre et la conjointe June qui surgit dans la trame narrative de l’existence d’Harel. Le soulagement est grand pour le lecteur qui trouve en June une personne discrète, responsable et équilibrée qui sait forcer son pauvre compagnon désemparé à calmer son incontinence émotionnelle en le forçant à se distancer, à la maison, des débats Facebook sur la charte. Il était temps ! Harel en était à compiler les « likes » de Bernard Drainville qu’il honnit, et à comparer la popularité de ses sorties prétendument racistes avec la popularité de ses images promotionnelles pendant la course à la chefferie.

Plusieurs pages s’écoulent donc sans que la charte ou la politique québécoise soit mentionnée. Si le soulagement à cet égard est grand tel que nous le mentionnions précédemment, la pertinence de l’écrit n’en grandit pas pour autant. On apprend qu’Harel fait garder son chien à Hudson, qu’il glissera sur le trottoir et se blessera à l’épaule avant d’aller rejoindre sa compagne en mission à Washington pour son anniversaire, qu’il se fera soigner par un ostéopathe de là-bas. Submergé par les demandes de subvention et par la promotion de son nouveau livre pour enfants, écrit sous pseudonyme, ses entrées journalières se distancent.

Le printemps arrive, Harel nous fait gracieusement part de quelques commentaires convenus sur la course à la chefferie du Parti québécois, sa haine de Drainville et de Lisée et d’une étrange digression où il relate ses souvenirs de la crise d’Oka. Lui et sa compagne avaient passé des jours à pleurer devant la télé, enfermés, rideaux fermés, l’air hagard devant l’héroïsme de Lasagne le Mohawk et la méchanceté des Québécois qui s’opposaient aux bons amérindiens venus revendiquer leurs droits ancestraux. Cette attitude émotivement démesurée de l’auteur lors de la crise d’Oka montre bien que les difficultés d’Harel à appréhender sainement le réel ne datent pas d’hier. Nous félicitons June, au passage, d’avoir su grandir et prendre sa place dans le monde des adultes.

Puis l’été, immanquablement, revient. Harel, June et Laïka repartiront en vacances à l’Île-du-Prince-Édouard. Les badauds québécois repasseront en fourgonnette vers le quai de Souris, mais Simon Harel ne reprendra pas de crème glacée.

Que retenir de cet étrange récit ? D’abord, un simple conseil aux lecteurs éventuels de cet ouvrage atypique : ne vous laissez pas berner par le titre spectaculaire et militant. À peine un cinquième du livre traite de la question de la laïcité au Québec, et l’auteur n’en parle que de façon extrêmement superficielle et convenue. Il s’agit, pour lui, d’un caillou dans le soulier de son existence déjà fortement angoissée. Sinon, l’essentiel de ce livre consiste à exposer à la francophonie entière que Simon Harel est un être tourmenté, hypersensible, légèrement immature et incapable de se raisonner dans son usage des réseaux sociaux. Le monde universitaire l’angoisse et seule l’écriture de ses contes pour enfants et ses vacances insulaires semblent lui convenir. On lui suggérera donc peut-être de précipiter sa retraite et de se consacrer à ce qui n’abîme pas davantage son âme écorchée, soit séjourner dans son île et faire vivre son personnage de conte à travers diverses tribulations probablement fort amusantes. Après tout, personne, ici, ne lui veut de mal. On lui souhaite bon courage.

David Leroux
Étudiant en géographie politique, Université McGill

 

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